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Une normalisation – seulement partielle – aux Etats-Unis ne résout pas tout
La première année du second mandat de Donald Trump a été marquée par une grande radicalité des politiques économiques. Les hausses de tarifs douaniers ont largement dépassé ce qui avait été anticipé durant la campagne. La Maison-Blanche a accentué encore l’expansion budgétaire, ajoutant de nouvelles mesures à la prolongation des baisses d’impôts de 2017. La politique migratoire a été drastique : selon le Pew Center 1,4 million de personnes nées à l’étranger ont quitté les États-Unis au premier semestre 2025. Parallèlement, la Maison-Blanche s’est engagée dans une confrontation rhétorique directe avec la Fed.
Réponses hétérodoxes
La radicalité des politiques économiques aux États-Unis a déclenché des réponses “hétérodoxes” dans le reste du monde. La Chine a menacé de restreindre l’accès aux terres rares. Sous la pression américaine, ou pour éviter les effets de déversement, certains pays émergents relèvent leurs propres barrières au commerce et aux investissements chinois. Cette tentation se fait jour en Europe. Les craintes de démondialisation ont poussé l’Allemagne à une conversion inattendue à l’activisme budgétaire afin de créer une alternative interne à la demande extérieure. Au Japon, la guerre commerciale a contribué à l’impulsion budgétaire annoncée par le nouveau Premier ministre.
2026 pourrait-elle marquer le début d’une normalisation ? Des signes timides laissent penser que les États-Unis s’éloignent des aspects les plus brutaux de leur approche commerciale. Pékin a habilement exploité les inquiétudes relatives à l’accès aux terres rares pour obtenir un recul partiel de Washington sur les droits de douane imposés au printemps, ainsi que sur certains aspects des restrictions américaines à l’exportation de semi-conducteurs vers la Chine. Le coût politique de la radicalité commence à apparaître. Donald Trump a été moins impopulaire durant les premiers mois de son second mandat qu’au même stade du premier mais cette « prime » s’est toutefois récemment atténuée. Les victoires des démocrates, qui ont mis l’accent sur la question du coût de la vie, au New Jersey et en Virginie, renforcent au sein de l’administration la nécessité d’éviter d’alimenter davantage l’inflation à l’approche des élections de mi-mandat. La Maison Blanche a consenti à des exemptions ciblées sur des produits de consommation courante. Le choc tarifaire reste important, mais selon le Yale Budget Lab, le tarif effectif moyen – qui atteint encore 16.8% - a baissé de près de 2 points en 3 mois sous l’effet de ce « grignotage ».
Normalisation lente
Un apaisement sur le front de la guerre commerciale contribuerait à améliorer la confiance des entreprises et des consommateurs dans le reste du monde. La normalisation américaine sera toutefois probablement très loin d’être complète en 2026, et les politiques « hétérodoxes » devront être maintenues en dehors des Etats-Unis.
La politique migratoire demeure populaire aux Etats-Unis. La réduction subséquente de l’offre de travail pourrait soutenir les pressions inflationnistes. Les contraintes sur l’offre de travail constituent un argument majeur pour les « faucons » du comité de politique monétaire (FOMC) afin de résister à des baisses marquées des taux directeurs. Cela alimente les frustrations à la Maison-Blanche. La nomination d’un gouverneur « colombe » pour remplacer Jerome Powell en mai 2026 sera un test important de la résilience de la Fed. Sous l’hypothèse que la Cour suprême confirme, dans l’affaire Lisa Cook, l’impossibilité pratique pour le président américain de révoquer un membre du conseil de la Fed, nous pensons qu’une majorité du FOMC permettra de maintenir la Fed sur une approche prudente et qu’elle ne franchira pas le seuil du taux neutre (environ 3 %) en 2026. Cependant, une collision initiale entre le nouveau président de la Fed et le FOMC pourrait provoquer un épisode de volatilité.
Une normalisation en matière de trajectoire budgétaire est peu probable. Il serait c’est vrai très difficile pour la Maison-Blanche de convaincre le Congrès d’adopter une nouvelle couche d’expansion budgétaire en 2026 en raison des divisions internes aux Républicains, mais symétriquement des efforts de réduction du déficit à l’approche des élections de mi-mandat serait contre-productifs politiquement. Cela contribuera à maintenir les rendements obligataires américains de long terme au-dessus de 4 %, avec un certain degré de contagion au reste du monde.
Concurrence chinoise
L’accalmie relative avec les États-Unis dans la guerre commerciale, après un échange de menaces « musclé », pourrait renforcer la conviction de la direction chinoise que ses choix de politique économique – résolument orientés vers le soutien aux secteurs exportateurs et innovants – sont valides. C’était le message central du Quatrième Plénum d’octobre 2025. Le rééquilibrage de la croissance vers la consommation n’est toujours pas une priorité. Cela représentera un défi pour l’Europe. La croissance y a été plus résiliente qu’attendu face au choc tarifaire, renforcé par l’appréciation de l’euro face au dollar – et au yuan. Cependant, alors que les producteurs européens s’ajustent encore à leur perte de compétitivité sur le marché américain, ils sont confrontés à une concurrence chinoise plus agressive. Si une trêve dans la guerre commerciale transatlantique est évidemment bienvenue, les conditions extérieures pourraient ne pas devenir favorables en 2026.
Les Européens devront redoubler d’efforts pour trouver une alternative interne aux exportations en 2026. Heureusement, l’impulsion budgétaire allemande devrait commencer à percoler dans l’économie européenne à partir du second semestre. Les fonds NGEU continueront de stimuler la croissance dans les États du Sud. La France, cependant, ne devrait pas être une source de traction en 2026. Alors que les dernières informations laissent penser que le resserrement budgétaire sera probablement moins fort que prévu, compte tenu des concessions faites par le gouvernement pour faciliter l’adoption au moins partielle d’un budget, l’absence de direction politique claire incitera probablement les ménages à maintenir un taux d’épargne très élevé.
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