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Quels sont les effets de la crise budgétaire sur les placements des Français ?
Début septembre, l’Insee publiait les comptes de patrimoine des Français. Que retenir ? Trois choses. Fin 2024, le patrimoine financier des ménages français s’élève à 6.926 milliards d’euros, soit l’équivalent de 3,7 années de revenu. Il se décompose globalement en trois tiers : les dépôts, les titres et l’assurance-vie. Enfin, il est alimenté par trois composantes : l’épargne financière d’abord, qui correspond au revenu non dépensé ; l’endettement ensuite, qui a un peu reculé au cours des dernières années ; la valorisation enfin, qu’elle soit portée par les obligations ou les actions.
Le comportement financier des Français peut être analysé à l’aune des versements, résultante des deux premières composantes. Et depuis le début de l’année 2025, deux faits saillants sont à signaler.
Les placements financiers, hors titres et intérêts, des Français sont en hausse
Tout d’abord, premier fait, cette hausse provient principalement de l’épargne financière des ménages, dont le taux a atteint un niveau record (hors période Covid), à près de 10% au 1er semestre 2025. D’après l’enquête de conjoncture auprès des ménages, l’opportunité et la capacité d’épargner des Français se rejoignent à un niveau élevé.
Une explication tiendrait à leur préoccupation paradoxale vis-à-vis de l’évolution des prix et du chômage. Paradoxale car l’inflation reste basse (1% en octobre) et la hausse du chômage est contenue. Dans une moindre mesure, l’arrêt du désendettement des ménages depuis le début de l’année apporte également sa contribution au rebond des placements financiers. La collecte cumulée de janvier à août 2025 (hors titres et intérêts) s’élève à +44 Md€ contre +32 Md€ sur la même période de 2024. Elle reste toutefois encore inférieure à la période pré-Covid (+64 Md€ en moyenne en 2018-2019).
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2025 retrouve une situation plus « normale » d’arbitrages entre les placements
Deuxième fait, au regard des rendements offerts, la hiérarchie entre les principaux placements financiers a été bouleversée lors des trois dernières années. Dans un sens d’abord, du fait de la lutte contre l’inflation menée par les banques centrales, l’inversion de la courbe des taux a bénéficié aux livrets réglementés et aux comptes à terme. Dans l’autre sens ensuite, la bataille contre l’inflation étant gagnée, la normalisation de la politique monétaire redonne une pente positive à la courbe des taux, soit un prix au temps, chose finalement normale mais inobservée depuis près de 10 ans !
C’est ainsi que les placements sur les huit premiers mois de l’année font la part belle à l’assurance-vie (+35 Md€) et, dans une moindre mesure, aux dépôts à vue (+17 Md€) et aux livrets soumis à l’impôt (+12 Md€). En revanche, la collecte sur les livrets réglementés − Livret A, LDDS et LEP − est beaucoup plus faible (+5 Md€). Les comptes à terme refluent désormais (−6 Md€) et l’épargne logement recule toujours (−18 Md€). Ces arbitrages ont ainsi largement été orientés par les baisses des taux réglementés : de 3% à 2,4% pour le taux du livret A et de 4% à 3,5% pour le LEP à partir du 1er février.
Interrogés début septembre dans le cadre du baromètre Epargne & Placements BPCE / Audirep, les Français ne disent pas autre chose ! Sept détenteurs d’un livret A sur dix signalent que la diminution du taux à 1,7% à compter du 1er août occasionnera une baisse des versements, voire des retraits. Dans le même temps, la préférence pour l’assurance-vie n’a jamais été aussi élevée, avec un renforcement de son image sur toutes les dimensions au cours des six derniers mois, en particulier en termes d’intérêt sur le long terme, de fiabilité, de sécurité et de confiance. D’ici à la fin de l’année 2025, il est probable d’assister aux mêmes arbitrages. Les placements financiers seraient en hausse, à hauteur de 46 Md€ (soit 10 Md€ de plus qu’en 2024), au profit d’abord de l’assurance-vie (à 50 Md€), puis aux dépôts à vue (à 17 Md€) et aux comptes sur livrets fiscalisés (14 Md€).
Quels effets de l’incertitude et de la crise budgétaire ?
Sans surprise, les Français indiquent être averses au risque : 94% refusent tout risque ou acceptent un peu de risque. Ils privilégient la liquidité, à 61% d’entre eux. Les placements de ces dernières années signalent également une forte sensibilité au rendement offert par les différents placements. Sur la période actuelle, ils témoignent d’une inquiétude forte sur la situation politique et budgétaire. Cette inquiétude est grandissante dans le temps, encore plus nettement depuis le début de cette année. Elle est croissante avec l’âge : signalée par trois Français sur quatre, elle l’est par plus de neuf Français sur dix âgés de 65 ans et plus. Elle a principalement deux effets sur les placements financiers :
Tout d’abord, premier effet, plus d’épargne… Une modélisation économétrique usuelle retient un taux d’épargne fonction non seulement du pouvoir d’achat, de l’inflation, du taux d’intérêt, mais également du déficit public. Cet effet dit d’équivalence ricardienne, parfois questionné dans la littérature économique, annonce simplement que lorsque les Français anticipent une hausse des impôts, ils épargnent davantage aujourd’hui pour y faire face demain. La dérive du déficit public depuis deux ans serait ainsi à l’origine d’une hausse de 1,2 point de revenu du taux d’épargne. Plus encore, cette modélisation comme beaucoup d’autres sous-estime le niveau actuel du taux d’épargne. L’effet précédent pourrait être encore plus élevé du fait de l’ampleur de la dérive et de la présence d’effets «non linéaires». En outre, certaines mesures évoquées pour rétablir les finances publiques touchent en particulier les séniors (désindexation des retraites, suppression de l’abattement de 10%...), les mêmes qui, d’après l’Insee, constituent les principaux acteurs de la remontée récente du taux d’épargne, sur fond d’inquiétudes légitimes sur la solidité financière du régime de retraite par répartition.
Une épargne moins risquée
Ensuite, deuxième effet, une épargne moins risquée... Rappelons que le PEA présente un niveau d’encours quasi-inchangé par rapport au précédent pic de 2006 alors que sur cette période le SBF 250 a progressé de 45% ! Force est de constater qu’à chaque crise boursière, les versements vers le PEA se sont taris sur plusieurs années. Rappelons également que s’agissant de l’assurance-vie, le déplacement vers un mix fonds euros – unités de compte plus équilibré depuis une dizaine d’années a connu un coup de frein. Les Français interrogés indiquent d’ailleurs comme répartition optimale une part sur le fonds euros à hauteur de 65%, quand celle-ci a été de 59% sur les six premiers mois de l’année.
Bonne nouvelle, la croissance du PIB en France a atteint un niveau inattendu de +0,5% au 3e trimestre. Toutefois, celle-ci n’est toujours pas tirée par la consommation des ménages, qui reste atone depuis un an et qui en retour complexifie l’équation budgétaire par de moindres rentrées de TVA. Le rétablissement de la trajectoire budgétaire n’est donc pas uniquement une nécessité. Il permettrait de restaurer la confiance des Français et de rallumer le tant attendu premier des moteurs de la croissance.
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