Policy mix, le code a changé
Si le coût de votre dette augmente encore plus vite que celui de l’Italie à l’heure où Giorgia Meloni triomphe dans les urnes, la situation est grave. Le gouvernement britannique a perdu en quelques jours la confiance des investisseurs. Les rendements obligataires explosent, la livre sterling, monnaie de réserve, plonge et les appels à une intervention d’urgence de la Banque d’Angleterre se multiplient. Le choc, par sa violence, est digne de ceux qui frappent les pays émergents trop impécunieux. La faute à un programme budgétaire qui pérennise des baisses d’impôts massives dont l’économie n’a guère besoin, et qui subordonne son financement au bon vouloir des marchés et au retour de la croissance. Pourtant, Londres était prévenu. Appliquer en 2022 les recettes du début de l’ère Thatcher peut vous ramener jusqu’aux années 1970, vers la route infamante du Fonds monétaire international.
Les investisseurs passent aujourd’hui au crible le délicat dosage entre politique monétaire et politique budgétaire. Durant une décennie, la première a cherché à compenser par ses largesses le caractère contracyclique de la seconde, quand les Etats tentaient de restaurer des finances publiques abîmées par la crise financière puis celle de la zone euro. Ces injections massives de liquidités ont alimenté l’inflation des prix des actifs financiers et les inégalités de patrimoine. Deux ans de Covid ont bouleversé le logiciel : en 2020 et 2021, la politique budgétaire est devenue nettement expansionniste avec l’appui illimité des banques centrales. Dans des économies tournant à pleine capacité ou presque, ce cocktail a vite montré lui aussi ses limites. L’inflation est repartie en flèche, avant même que la guerre en Ukraine ne lui donne un caractère plus durable.
L’inflation change tout
L’année 2022 marque le troisième temps de ce policy mix. Déplorant les effets de leurs actes, les banquiers centraux ont engagé avec retard un cycle de resserrement d’une rapidité et d’une ampleur jamais vues dans l’histoire récente. Les gouvernants, eux, tardent à sortir du quoi qu’il en coûte, comme l’illustre le projet de loi de Finances de la France, mi-chèvre mi-chou. La vie chère accroît la demande de protection des citoyens, et de l’investissement dans la transition énergétique jusqu’à la défense, la hausse de la dépense publique reste d’actualité. Mais avec la fin de l’argent gratuit, conjuguée à d’énormes stocks de dette, les créanciers des Etats retrouvent de la voix. Toute politique budgétaire mal calibrée peut engendrer, par effet de balancier, un nouveau tour de vis monétaire ou bien la désertion des investisseurs.
Le Royaume-Uni le vérifie à ses dépens mais le coup de semonce vaut pour tous ses voisins.
Plus d'articles du même thème
-
Les finances publiques sont au bord de l’étouffement
La Cour des comptes lance un ultimatum au gouvernement : ou des mesures rectifiant la trajectoire de la dette publique sont prises maintenant, ou la France va étouffer sous le poids des intérêts à payer, qui pèsent pour la moitié du déficit budgétaire. -
Au Royaume-Uni, Andy Burnham défie Keir Starmer
Le maire travailliste du Grand Manchester, qui vient d’être élu à la Chambre des communes, jouit d’une popularité bien plus forte que l’actuel premier ministre, qu’il pourrait pousser vers la sortie. Keir Starmer compte, quant à lui, résister. -
La Banque d’Angleterre patiente face à l'inflation
Par sept voix contre deux, le comité de politique monétaire de la BoE a maintenu son taux à 3,75%. Il a préféré ne pas anticiper les effets de second tour du choc énergétique, notamment à cause des taux d’intérêt bancaires déjà élevés.
ETF à la Une
Amundi étoffe sa gamme d'ETF actifs obligataires
- C'est la fête du slip à la Bourse de Paris
- Le vendeur à découvert Grizzly Research multiplie les attaques sur les sociétés cotées européennes
- Scor indemnisera Covéa à hauteur de 488,3 millions de dollars dans le cadre d'une procédure d'arbitrage
- Première bougie pour Antonio Filosa chez Stellantis, mais l’étincelle reste à venir
- Alphabet entre dans l’indice Dow Jones, un symbole plus qu’une reconnaissance
Contenu de nos partenaires
-
IdentitésExtrême droite : le grand renversement
La famille du résistant honoré par la République a refusé la présence de représentants du Rassemblement national, au nom de la « continuité historique » entre eux, les collaborateurs et les nazis qui assassinèrent le grand historien -
Projet de loi d'urgence agricole : tout savoir sur la bataille de l’acétamipride au Sénat
Ce lundi, les sénateurs vont examiner le projet de loi d'urgence agricole (PLUA). Contrairement aux députés, ils devraient voter en faveur de la réintroduction de l’acétamipride -
Présidentielle 2027 : la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon soutient Edouard Philippe
Sur France Inter, lundi 29 juin, Maud Bregeon a annoncé soutenir Edouard Philippe dans la course à l'Elysée. La porte-parole du gouvernement a justifié son choix par le « risque absolument majeur d'un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise »