La victoire de l’extrême-droite en Italie secoue les marchés obligataires
Les rendements des obligations d’Etat italiennes (BTP) progressent nettement lundi matin après la victoire de l’extrême droite aux élections législatives en Italie, les investisseurs s’inquiétant pour les finances publiques du pays et ses relations avec ses partenaires européens.
Le parti d’extrême droite Fratelli d’Italia a remporté environ 25% des suffrages aux élections législatives anticipées qui se sont tenues dimanche, devenant ainsi la première force politique en Italie. Avec ses alliés de La Ligue et de Forza Italia, les partis de Matteo Salvini et de Silvio Berlusconi, Fratelli d’Italia réunit quelque 43% des voix, assurant à cette coalition une majorité relative dans les deux chambres du Parlement.
En réaction, le taux du BTP à dix ans prend 13,8 points de base, à 4,492%. Celui du Bund allemand de même maturité, le titre de référence dans la zone euro, gagne 9,4 points de base, à 2,121%.
Sur le marché des changes, l’euro, qui évolue à ses plus bas niveaux depuis 2002 face au dollar, recule de 0,3% à la mi-journée, à 0,9665 dollar.
Un pays lourdement endetté
Le succès de Fratelli d’Italia et de sa dirigeante, Georgia Meloni, qui revendique déjà la présidence du Conseil, préoccupe les marchés obligataires, l’Italie étant un pays fortement endetté et les craintes de récession étant élevées dans la zone euro, où les taux d’intérêt remontent dans un contexte de forte inflation et de ralentissement de l'économie.
Alors que la dette publique de l’Italie représente quelque 150% de son produit intérieur brut (PIB) et que sa croissance est chroniquement faible, la confiance des investisseurs dans la politique budgétaire de Rome est cruciale pour la stabilité des rendements obligataires italiens. Cette dernière dépend également du soutien apporté par la BCE, généralement soumis au respect par Rome d’une politique budgétaire prudente et à la mise en œuvre de réformes économiques visant à améliorer la croissance.
Dans ce contexte, les propos que tiendra la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, qui sera auditionnée à partir de 15h00 par la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, seront attentivement suivis par les investisseurs.
En dépit des tensions sur les marchés de la dette italienne, l’indice vedette de la Bourse de Milan, le FTSE Mib, s’adjuge 0,5% à 21.175 points, réalisant la meilleure performance parmi les Bourses européennes. L’indice avait chuté de 3,4% vendredi, accusant ainsi une baisse de 4,7% sur l’ensemble de la semaine.
Le budget 2023, priorité du prochain gouvernement
A court terme, les risques de tensions sur les marchés restent modérés, estime Barclays dans une note diffusée lundi. La priorité du nouveau gouvernement sera de boucler le projet de budget pour 2023 et, «compte tenu du peu de temps dont il disposera pour le finaliser, nous pensons qu’il pourrait devoir s’appuyer sur les projections budgétaires que le gouvernement Draghi présentera d’ici à la fin du mois», souligne la banque.
Barclays avertit toutefois que les risques pourraient s’intensifier à moyen terme, l’impact budgétaire des mesures comprises dans le programme de la coalition de droite étant estimé entre 30 milliards et 70 milliards d’euros, ce qui représente 1,5% à 3,9% du produit intérieur brut (PIB).
Dans ce contexte et alors que la composition du nouveau gouvernement ne devrait pas être connue avant plusieurs semaines, le nom du prochain ministre des Finances, un poste crucial, est particulièrement attendu, indiquent les analystes de Danske Bank. Un ministre des Finances technocrate permettrait d’apaiser les craintes du marché au sujet de la politique budgétaire et du respect des règles européennes en la matière, ajoutent-ils.
En effet, le nouveau gouvernement étant composé majoritairement de partis aux positions historiquement anti-européennes, le risque d’une perte de confiance dans les finances publiques de l’Italie à l’avenir augmente, souligne Franziska Palmas, économiste senior pour l’Europe chez Capital Economics.
«Les inquiétudes concernant les finances publiques de l’Italie pourraient éclater à tout moment vu l’ampleur de la dette publique du pays» et le contexte actuel de resserrement monétaire, de ralentissement économique et de crise énergétique qui pèse sur les ménages et les entreprises, prévient-elle.
Plus d'articles du même thème
-
Les Etats-Unis tentent d’éviter un blocage budgétaire avant les élections
La Chambre des représentants a adopté un projet de loi visant à reporter le débat sur le financement annuel fédéral au-delà des élections de mi-mandat du 3 novembre. Reste à le faire passer au Sénat, où les délais semblent trop courts pour un accord bipartisan -
La Fed prépare une réunion monétaire incertaine
Entre les discours plus restrictifs de Kevin Warsh et les tensions en Iran, les marchés ont relevé à près de 40% la probabilité d’une hausse de taux ce mercredi à l’issue de la réunion du Comité de politique monétaire de la Fed. Une telle hausse surprise, non téléguidée par le président de la banque centrale, serait une première en dehors des périodes de crise. -
La démission surprise du gouverneur de la Banque d'Indonésie place le pays sous surveillance
La première sous-gouverneure a été nommée par intérim, mais les investisseurs scrutent la désignation du successeur de Perry Warjiyo. Elle sera considérée comme un révélateur du niveau d’indépendance à venir de la banque centrale.
ETF à la Une
L&G AM lance le premier ETF UCITS exclusivement dédié aux obligations d’Etat africaines
Contenu de nos partenaires
-
Effets en cascadeAgriculture française : le scénario du pire
La France souffrira longtemps cet été cataclysmique pour son agriculture. Les ravages ne vont pas toucher seulement les finances des agriculteurs et la pérennisation de leurs exploitations, mais toute l'économie française, durablement -
RéservesMédecins libéraux : l'inquiétude grandit sur l'avenir de leur retraite complémentaire
Un prochain décret pourrait réduire les ressources de la caisse autonome chargée des retraites complémentaires des praticiens -
Tête dureIran : Mojtaba Khamenei, toujours invisible, renforce la radicalité du régime
Le nouveau Guide suprême a effectué ses premières nominations majeures, donnant une place encore plus centrale aux Gardiens de la révolution