Pétrole : le trou d’air de la production n’aura pas lieu
C’est mathématique. Ou plutôt, physique. Depuis la crise pétrolière de 2014-2016 due à l’explosion des huiles de schiste, l’industrie est entrée dans une phase de sous-investissement qui finira par se payer. C’est en tout cas le discours tenu par de nombreux acteurs du domaine depuis plusieurs années. Pourtant, les années passent et le trou dans la production d’or noir qui devait être la conséquence logique de la chute des dépenses ne se produit pas.
Les investissements dans le pétrole et le gaz en valeur absolue restent fortement déprimés par rapport à leur niveau du début des années 2010. En 2023, ils devraient s’élever à 580 milliards de dollars selon le cabinet d’études spécialisé sur les sujets énergétiques Rystad Energy, loin des 900 milliards frôlés en 2014. Depuis 2016, jamais la barre des 600 milliards n’a été franchie. Mais ces chiffres n’impliquent pas forcément un sous-investissement du secteur.
5% de moins qu’en 2014
«Contrairement à l’opinion générale, le monde investit des sommes suffisantes dans la production de combustibles fossiles pour satisfaire la demande. Les économies de coûts permettent aux opérateurs de produire la même quantité de pétrole à moindre coût, et nous ne prévoyons pas de crise de l’approvisionnement en pétrole due à un sous-investissement dans l’immédiat», estime Espen Erlingsen, responsable de la recherche amont chez Rystad Energy.
Le spécialiste estime que les coûts «dans la plupart des segments ont reculé de 20% à 30%» depuis 2014. Pour prouver ses dires, il a estimé la production totale de barils qui pouvait être attendue sur l’ensemble de la durée de vie de tous les forages complétés chaque année. Le potentiel des 88.000 forages réalisés en 2014 s’élevait à 37 milliards de barils, selon Rystad, contre 32 milliards pour les 55.000 creusés l’an dernier. Soit une perte de seulement 15% avec 37% de forages en moins. Pour 2023, Rystad estime à 35 milliards le potentiel des forages complétés. Soit 5% de moins qu’en 2014, qui était une année de «surinvestissement». Et le cabinet de conclure que, selon ses estimations, «une pénurie de l’offre due au sous-investissement est peu probable à court terme». En ce sens, il n’anticipe d’ailleurs pas d’augmentation des dépenses en 2024 et 2025 (voir graphique).
Un phénomène qui, au-delà des craintes liées à la santé de l’économie mondiale, aide à expliquer pourquoi le prix du Brent reste bloqué sous 80 dollars malgré la récente décision de l’Opep et de ses alliés de réduire encore leur production.
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