L’Opep+ espère soutenir les prix du pétrole jusqu’en 2024
L’impact est limité, mais il pourrait être durable. En réaction à de multiples décisions prises le week-end dernier par les pays de l’Opep+, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés, dont la Russie, le cours du Brent a grimpé dimanche soir jusqu'à 78,5 dollars le baril avant de s’affaisser légèrement. Lundi, il gagnait encore 1,4% sur son niveau de vendredi, à un peu plus de 77 dollars.
L’Arabie saoudite a décidé dimanche de baisser considérablement sa production de pétrole en juillet, une décision qui s’ajoute à un accord conclu au sein de l’Opep+ visant à limiter l’offre de brut jusqu’en 2024 alors que le cartel cherche à faire remonter les cours de l’or noir. Le ministère saoudien de l’Energie a annoncé que la production du pays tomberait à 9 millions de barils par jour (bpj) le mois prochain, contre environ 10 millions de bpj en mai, la plus forte réduction depuis des années.
1,4 million de barils
A l’issue de sept heures de discussions à Vienne, l’Organisation a par ailleurs décidé de continuer à limiter l’offre jusqu’en 2024. Les objectifs globaux de production des membres de l’Opep+ vont être réduits de 1,4 million de barils par jour supplémentaire (bpj) à compter de 2024 par rapport aux objectifs actuels pour les ramener au total à 40,46 millions de bpj, a précisé l’organisation. Bon nombre de ces réductions ne seront cependant pas réelles, car l’organisation a revu à la baisse les objectifs de la Russie, du Nigeria et de l’Angola afin de les aligner sur leurs niveaux de production actuels.
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Les Emirats arabes unis ont en revanche été autorisés à augmenter leur production, d’environ 0,2 million de bpj à 3,22 millions de bpj. La Russie, elle, a décidé de prolonger jusqu'à fin décembre 2024 son programme de réduction de sa production de pétrole de 500.000 bpj, a déclaré dimanche le vice-Premier ministre Alexandre Novak.
Avertissement aux spéculateurs
L’Opep+, qui produit environ 40% du brut mondial, a déjà réduit sa production de deux millions de bpj, ce qui représente 2% de la demande mondiale, dans le cadre d’un accord décidé l’an dernier. En avril, l’organisation a annoncé ajouter à ces deux millions de bpj de nouvelles baisses de production pour un volume total d’environ 1,6 million de bpj à compter de mai jusqu'à fin 2023.
Selon des analystes, la décision de dimanche de l’Opep+ est un avertissement aux personnes pariant sur une baisse des cours du brut.
«Cela signale clairement au marché que l’Opep+ est disposé à mettre et à défendre un prix plancher», a déclaré Amrita Sen, cofondatrice du groupe de réflexion Energy Aspects.«Les Saoudiens ont mis à exécution leurs menaces contre les spéculateurs et ils veulent clairement des prix du pétrole plus élevés», a souligné pour sa part Gary Ross, spécialiste de l’Opep et fondateur de Black Gold Investors.
Inversion des courbes
Contrairement à la baisse de production «surprise» d’avril dernier qui n’avait entraîné qu’un rebond temporaire des prix, la décision de ce week-end pourrait avoir des conséquences plus durables. Les analystes d’UBS estiment que le risque de voir le cours du pétrole repartir à la baisse est plus limité qu’au printemps «car nous sommes dans la saison de forte demande d’or noir et le marché devrait se resserrer rapidement». Ils évaluent l’impact à «près de 5 dollars par baril» et anticipent toujours un retour du prix du Brent vers 90 dollars.
Alors que le monde produit plus de pétrole qu’il n’en consomme depuis le troisième trimestre 2022, la situation pourrait fortement s’inverser au second semestre de cette année. Les spécialistes d’UBS anticipent un déficit d’offre supérieur à 1,5 million de barils par jour sur la période et même de 2,3 millions si l’Arabie saoudite maintient jusqu'à la fin de l’année la baisse de production annoncée pour juillet. La nouvelle politique de l’Opep+ pourrait en outre induire un déficit de 0,8 million de barils par jour en 2024 alors que les analystes de la banque suisse anticipaient jusqu'à présent un surplus de 0,2 million de barils quotidiens.
(Avec Reuters)
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