L’or dépasse le seuil des 4.000 dollars
L’or a franchi mercredi 8 octobre pour la première fois la barre symbolique des 4.000 dollars l’once sur le marché comptant dans les transactions en Asie, avant de progresser jusqu’à près de 4.050 dollars. Le contrat décembre 2025 s’échangeait à 4.075 dollars (+1,75%). L’or a également dépassé récemment son plus haut historique en termes réels qui datait du début des années 1980.
Le métal jaune a accentué sa hausse avec le blocage des administrations américaines (shutdown) qui se poursuivait mercredi pour le huitième jour, faute d’accord entre la Maison-Blanche et le Congrès sur le budget. Le niveau très élevé des déficits publics, en dehors d’une période de récession, et des dettes dans les pays développés inquiète les investisseurs qui cherchent à se protéger contre le risque d’un debasement des monnaies (forte dépréciation), notamment du dollar. La situation politique et budgétaire compliquée en France, qui s’est aggravée avec la démission du premier ministre Sébastien Lecornu lundi ajoute à ces craintes. Enfin, la perspective d’une expansion budgétaire au Japon avec la probable nomination de Sanae Takaichi, une proche de Shinzo Abe, au poste de premier ministre mais aussi la prochaine annonce du budget d’automne au Royaume-Uni ne sont pas pour apaiser ces inquiétudes. La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva, qui s’exprimait mercredi en amont des réunions annuelles de l’institution qui se tiendront la semaine prochaine, s’est dite préoccupée par la hausse plus rapide de la dette publique dans les économies avancées que dans les pays à faible revenu, et a exhorté les pays à s’attaquer au problème.
Flux vers les ETF
Si les banques centrales ont été d’importantes contributrices au rebond du métal précieux depuis trois ans, ces dernières semaines ce sont les achats massifs de fonds indiciels (ETF) sur l’or qui l’ont propulsé vers ces nouveaux sommets. «Les entrées nettes depuis le début de l’année s'élèvent à 14 millions d’onces, portant le total des avoirs des ETF sur l’or à leur plus haut niveau depuis septembre 2022, relèvent les stratégistes matières premières d’ING. Il y a encore de la place, étant donné que le total actuel reste inférieur au pic atteint en 2020. De nouveaux afflux pourraient pousser l’or encore plus haut.» L’anticipation d’une poursuite de l’assouplissement monétaire aux Etats-Unis, malgré une inflation persistante, ainsi que les risques géopolitiques contribuent également à la force du métal jaune.
Depuis le début de l’année, l’or a déjà progressé de 53,6%. Il s’agit de la plus forte progression annuelle du métal jaune depuis 1979. Le bitcoin, également considéré par certains comme un actif refuge, est également au plus haut et a dépassé cette semaine les 125.000 dollars en séance. Il progressait mercredi de 0,8%, à 122.670 dollars.
L’argent tutoie aussi son record
En parallèle, l’argent s’est également envolé ces derniers mois et affiche une hausse de 71% depuis janvier. Mercredi, le cours au comptant progressait de 3,4%, à 49,45 dollars l’once. Il se rapproche ainsi de ses records historiques de janvier 1980, où il avait atteint 48,70 dollars en clôture et 50,36 dollars en séance, rappelle le Wall Street Journal.
«Structurellement, l’or reste sous-détenu, souligne Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières chez Saxo Bank. Dans les grands portefeuilles institutionnels, les allocations aux lingots oscillent toujours près de leur plus bas niveau depuis plusieurs décennies par rapport aux actions et aux obligations.» De nouvelles entrées de capitaux sont donc possible, selon cet expert, en particulier si les banques centrales ou les grands gestionnaires d’actifs considèrent la récente volatilité des obligations et des devises comme un signe de fragilité systémique.
Des voix qui comptent
Kenneth Griffin, le patron de Citadel, a déclaré à Bloomberg lundi que les investisseurs commençaient à considérer l’or comme un actif plus sûr que le dollar, ce qui lui semble être une évolution très préoccupante. «Nous constatons une inflation substantielle des actifs, qui s'éloigne du dollar, car les investisseurs cherchent des moyens de dédollariser efficacement leurs portefeuilles, c’est-à-dire de diminuer leur exposition face au risque souverain américain», a-t-il indiqué. En écho à ces propos, une autre voix influente de Wall Street, Ray Dalio, le fondateur du hedge funds Bridgewater, juge que l’or est certainement une valeur refuge plus importante que le dollar américain. La hausse record du métal précieux lui rappelle les années 1970, lorsque le métal précieux a connu une forte hausse face à la flambée de l’inflation et à l’instabilité économique.
Pour ce dernier, l’or est une réserve de valeur solide dans un contexte de hausse de la dette publique, de tensions géopolitiques et d'érosion de la confiance dans la stabilité des monnaies nationales : «L’or est un excellent outil de diversification pour un portefeuille, a-t-il affirmé au Forum économique de Greenwich, aux Etats-Unis. Si l’on considère uniquement la répartition stratégique des actifs, l’allocation optimale d’un portefeuille devrait probablement être d’environ 15% en or.» Les stratégistes de Goldman Sachs ont revu lundi en hausse leur objectif sur l’or à fin 2026 de 4.300 dollars auparavant à 4.900 dollars, l’once.
«Nous ne sommes plus dans un marché dominé par l’argent spéculatif à court terme réagissant aux mouvements des taux réels, mais par une demande structurelle persistante pour la sécurité», relève Ole Hansen. Cela explique pourquoi la corrélation qui définissait traditionnellement la relation inverse de l’or avec les rendements réels américains s’est nettement affaiblie, soulignant à quel point d’autres forces – politiques, budgétaires et stratégiques – ont pris le contrôle, selon cet expert.
«La flambée de l’or au-dessus de 4.000 dollars pourrait donc symboliser plus qu’un autre rallye cyclique, estime-t-il. Cela reflète une évolution plus profonde de la psychologie des investisseurs et des flux de capitaux mondiaux. Dans un monde de plus en plus fragmenté, l’utilisation des marchés financiers, des systèmes de paiement et des réserves de change comme d’une arme par l’Occident a érodé la confiance dans les valeurs refuges traditionnelles comme le dollar et les bons du Trésor américains.» Il peut s’agir d’une réévaluation collective de l’idée de confiance, de souveraineté et de ce que signifie vraiment être «en sécurité». «En ce sens, le marché ne se contente pas de remettre en question l’ordre ancien, il est peut-être déjà en train d’intégrer le prochain», observe le stratégiste de Saxo Bank.
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