L’inflation dans la zone euro met la pression sur la BCE
L’inflation ne ralentit pas autant que certains auraient espéré, rendant la tâche des banques centrales plus difficile. Après les surprises à la hausse en Allemagne, en France et en Allemagne (hors Italie), l’inflation dans la zone euro a diminué en février mais moins que prévu par le consensus des économistes, tandis que la hausse des composantes les moins volatils s’est accentuée.
L’indice des prix à la consommation calculé aux normes européennes (IPCH) affiche une hausse de 8,5% sur un an, selon des données publiées jeudi par Eurostat. Le consensus Reuters le donnait à 8,2% après une progression de 8,6% en rythme annuel en janvier.
L’inflation de base, qui exclut l'énergie et les produits alimentaires non transformés, est passée de 7,1% à 7,4%. Une mesure plus étroite encore, qui exclut en plus l’alcool et le tabac, est en hausse de 5,6% après 5,3%.
Les prix dans les services, la composante la plus importante de l’inflation sous-jacente, se sont accélérés de 4,4% à 4,8%. Ceux des biens industriels hors énergie de 6,7% à 6,8% et ceux des prix des produits alimentaires non transformés de 11,3% à 13,6%.
A lire aussi : Le regain d’inflation en France et en Espagne fait hésiter les marchés
«L’inflation élevée en Europe ne montre aucun signe d’atténuation pour le moment, souligne Peter Sidorov, économiste senior chez Deutsche Bank Research. Avec une inflation sous-jacente et une inflation alimentaire toujours élevées, et aucun signe d’affaiblissement des tensions sur le marché du travail, il est peu probable que la BCE mette fin de sitôt à son cycle de hausse des taux.»
Sur le marché monétaire, les investisseurs s’attendent à ce que le taux de dépôt soit augmenté lors des réunions de mars et de mai de 50 points de base (pb), puis approchent 4% fin d’année, contre 2,5% actuellement. Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a réitéré jeudi dans une interview à la télévision espagnole la nécessité et la forte probabilité d’une hausse de 50 points de base en mars, tout en laissant ouverte la porte pour d’autres relèvements ensuite. «À ce stade, il est possible que nous continuions sur cette voie, a-t-elle déclaré. De quel montant à chaque réunion, c’est impossible à dire à ce stade.» Cette dernière a rappelé que le taux terminal dépendrait des données à venir.
Banquiers centraux hawkish
Plusieurs membres de la BCE ont montré que les plus restrictifs n’étaient pas prêts à lâcher du lest. Le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, a affirmé mercredi que la BCE pourrait devoir opter pour une hausse de taux importante en mai car l’inflation ne faiblit pas, des préoccupations partagées notamment par Isabel Schnabel, membre du directoire, et Klaas Knot, le président de la Banque des Pays-Bas.
Sur les marchés de taux, les rendements des emprunts d’Etat à long terme se stabilisent après s’être encore tendus jeudi dans le sillage de l’inflation dans la zone euro en février. A 2,72%, celui du Bund à 10 ans a pris 30 pb en une semaine, à un plus haut depuis mi-2011. Le mouvement est identique ailleurs dans la zone euro. A l’image des taux, les marchés actions sont quasi-étales après des pertes en début de matinée, affectés par les craintes sur l’inflation et les taux.
(avec Reuters)
Plus d'articles du même thème
-
Les gouverneurs de la Fed se préoccupent de l’IA
Le compte-rendu de la dernière réunion du Comité de politique monétaire, de même que les interventions des gouverneurs comme John Williams, montrent que l’intelligence artificielle est devenue désormais la principale source d’inquiétude concernant l’inflation à court et moyen terme. -
Kevin Warsh nomme les responsables de ses cinq groupes de travail sur la Fed
Le nouveau président de la Fed a annoncé jeudi la liste des responsables des cinq groupes de travail chargés d’examiner une nouvelle approche de la banque centrale sur les aspects clés de sa politique monétaire. Dont Mervyn King, ancien gouverneur de la BoE, et l'investisseur Marc Andreessen. -
Les taux longs américains échappent à Donald Trump
Les décisions politiques augmentent les risques sur l’inflation et les taux courts. La croissance de l’IA et la défiance générale, synonyme de prime de terme, se retrouvent dans les anticipations sur les taux longs. Résultat, l’administration Trump paraît loin de pouvoir tenir ses promesses sur le niveau des taux.
ETF à la Une
Amundi lance un ETF sur les actions monde
- BNP Paribas et Caceis veulent sortir du métier des services aux émetteurs
- Les ambitions d’Air France-KLM sont freinées par des vents contraires
- Apple injecte 30 milliards de dollars dans des puces Broadcom conçues aux Etats-Unis
- Michala Marcussen (Société Générale) : «L’Europe pourrait s’inspirer de certaines pratiques chinoises»
- Thales fait parler les synergies pour emporter Exail
Contenu de nos partenaires
-
« Oui, nous devons préparer les guerres d’avenir » : face aux Armées, Macron trace la voie pour la suite
Lundi, à l'hôtel de Brienne, le président a annoncé qu’il donnerait une « vision de la défense à dix ans » lors d’un prochain discours à l’occasion des 150 ans de l’Ecole de guerre, créée en 1876. -
Le grand muetPour son dernier 14-Juillet à l'Elysée, Emmanuel Macron continue de se taire
Après sa première élection en 2017, le chef de l'Etat avait renoncé à la traditionnelle intervention télévisée pour s'extraire de la contrainte d'un rituel médiatique obligé -
Mort de Shemseddine, 15 ans : pourquoi les deux suspects ont-ils été remis en liberté ?
Deux jeunes hommes accusés du meurtre de Shemseddine en avril 2024 ont été libérés en raison d'un vide juridique créé après l'expiration d'un délai fixé au 1er juillet 2026 par le Conseil constitutionnel au Parlement