L’inflation américaine complique la tâche de la Fed
L’inflation a encore accéléré en octobre aux Etats-Unis pour atteindre 6,2% sur un an (0,9% sur un mois), son niveau le plus élevé depuis novembre 1990 selon les données publiées mercredi par le département américain du Travail. C’est bien plus que les prévisions des économistes qui tablaient sur 5,9% (et 0,6% sur un mois). De quoi compliquer encore la tâche de la Fed, qui assure que l’inflation reste temporaire. Les prix ont à nouveau été tirés par les cours de l’énergie, qui ont crû en octobre de 30% sur un an et de 4,8% sur un mois outre-Atlantique.D’où l’inquiétude président Joe Biden, qui a aussitôt déclaré qu’inverser la tendance de l’inflation est devenue «une priorité absolue (…). L’inflation fait mal au portefeuille des Américains», indique le communiqué de la Maison-Blanche.
Parmi les autres secteurs contributeurs : l’alimentation, avec des prix en hausse de 5,3% sur un an et de 0,9% sur un mois ; les voitures d’occasion, avec +26,4% sur un an et encore +2,5% sur un mois après une pause cet été ; ainsi que les voitures neuves (+9,8% et +1,4%) à cause des problèmes d’approvisionnement en semi-conducteurs qui limitent l’offre, les services de transport (+4,5%) malgré des tarifs aérien encore en baisse (-4,6%), les loyers (+3,5% et +0,5% avec la plus forte hausse mensuelle depuis juin), et les autres services plus généralement.
Une période qui devrait durer six mois
Dans ce contexte, les marchés qui semblaient s'être alignés sur la vue des banques centrales anticipent désormais que l’inflation va perdurer davantage. Les points morts d’inflation (breakeven) obtenus au travers des bons du Trésor indexés à 2 ans sont montés mercredi de 3,12% à 3,32%, un record depuis un dépassement momentané des 3,5% en septembre 2005. Pour Laura Rosner-Warburton, économiste chez MacroPolicy Perspectives, les Etats-Unis entrent dans une période d’inflation exceptionnellement élevée qui devrait durer six mois, notamment à cause «des goulets d’étranglement non résolus à l’approche des fêtes» et potentiellement encore une bonne partie de 2022. Les investisseurs avec des vues à plus long terme pourront se rassurer en se disant que les niveaux des «breakeven» diminuent avec les maturités (3,10% à 5 ans et 2,70% à 10 ans désormais).
«Les prix du pétrole ont à nouveau rebondi et, entre la réouverture plus large des économies et l’Opep+ qui ne fait pas de zèle pour produire plus, il n’y a pas de raison que ça se calme à très court terme. Logiquement, les effets de comparaisons (2022 vs 2021) devraient entraîner une nette modération de la contribution de l’énergie au début du printemps prochain, tout comme pour les voitures d’occasion, nuance Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF. Mais d’autres catégories de services sensibles à la réouverture (billets d’avion) devraient ajouter de l’inflation dans l’autre sens.»
Les marchés de swaps, qui «valorisaient» la première hausse des taux Fed funds à septembre 2022 depuis plusieurs semaines, l’anticipent désormais pour la réunion de juillet 2022. Comme la Maison-Blanche pour des raisons politiques, la banque centrale, dont la nouvelle stratégie commande de ne pas relever le taux directeur tant que l’emploi n’est pas revenu à un niveau optimal dans toutes ses composantes, espère que les facteurs de modération l’emportent sur les facteurs de tension et que l’inflation enclenche enfin sa descente. «Je serai enclin à penser que la Fed va éviter de donner des signaux ‘hawkish’ avant le printemps, mais la pression médiatique et politique pour durcir le ton, à défaut de durcir la politique, est très élevée», conclut Bruno Cavalier.
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