L’expert indépendant valide le prix de l’OPA de Capgemini sur Altran
Enfin. Alors que le débat faisait rage depuis plusieurs semaines sur le prix de l’OPA de Capgemini sur Altran, le groupe a officiellement déposé hier matin auprès de l’AMF son projet au prix de 14 euros par action. Simultanément, Altran a remis sa note en réponse. Le conseil d’administration d’Altran a rendu à l’unanimité de ses membres votants un avis motivé favorable et recommande aux actionnaires d’apporter leurs titres. Dominique Cerutti, PDG d’Altran, Maurice Tchenio, Gilles Rigal et Christian Bret, en conflit d’intérêts, ont quitté la réunion avant les délibérations et le vote. Le comité des indépendants d’Altran précise s’être réuni 11 fois, dont 9 avec l’expert indépendant.
Finexsi, expert indépendant mandaté par le conseil d’administration d’Altran, juge «équitable d’un point de vue financier» le prix de l’offre à 14 euros par action, estimant par ailleurs que les accords connexes n’ont pas d’influence «significative» sur l’appréciation ou l’issue de l’offre. Reste à comprendre la différence entre «équitable» et «équitable d’un point de vue financier». L’expert précise que ce prix de 14 euros «permet à l’actionnaire de bénéficier de la liquidité sur la valeur fondamentale de ses titres et d’une partie des synergies envisagées par l’initiateur».
Une valeur centrale à 12,9 euros en DCF selon Finexsi
Le prix extériorise une prime de 4,2% sur le haut de fourchette des DCF, «basée sur un plan d’affaires ambitieux qui, selon nous, donne la pleine valeur de la société Altran, sans intégrer de risque d’exécution», ajoute Finexsi. Or, le management d’Altran, interrogé par Finexsi, rappelle que ce plan «constitue des objectifs et pas des prévisions», et que toute analyse de valorisation reposant sur ces objectifs 2022 «doit tenir compte de risques d’exécution», soulignant notamment le caractère «ambitieux et volontariste» de ces objectifs.
Finexsi juge le critère du DCF «le plus pertinent pour appréhender la pleine valeur de la société». Dans un scénario 1, il reprend les objectifs du plan «The High Road 2022» d’Altran, faisant ressortir une valeur centrale de 12,9 euros (pour une fourchette de 12,5 à 13,4 euros). Dans un scénario 2, Finexsi reprend le consensus des analystes, qui table sur des marges inférieures à celles annoncées par Altran. La valeur centrale ressort alors à 12,7 euros (pour une fourchette de 12,2 à 13,2 euros).
Or, sur la base du plan d’Altran, Sorgem, mandaté par l’Adam, valorise Altran à 17 euros (dans une fourchette de 15,3 à 19 euros). Pourquoi ? Finexsi retient un taux d’actualisation de 8,74% et Sorgem de 7,5%. Un écart qui représente 4,3 euros de valorisation par action Altran, précise Finexsi. Et pour ce dernier, le taux retenu par Sorgem «apparait […] hors du spectre de l’appréciation générale du secteur et des analystes», rappelant que les banques présentatrices ont retenu un taux de 9,5%, Société Générale et Bryan Garnier de 9%, et Kepler Cheuvreux de 8,5%. Alors que Sorgem explique avoir retenu le haut de fourchette pris par Altran pour ses tests de dépréciation 2018, Finexsi estime cette référence non pertinente dans ce contexte, «l’objectif de la norme IAS 36 [étant] de vérifier que la valeur comptable des seuls actifs acquis inscrits dans les comptes n’est pas supérieure à leur valeur recouvrable, cette valeur étant appréhendée par référence à une notion de valeur d’utilité et non par rapport à la valeur fondamentale ». De quoi lancer un débat sur le taux d’actualisation….
Ouverture de l’offre prévue le 10 octobre
Par ailleurs, Finexsi estime que la valeur d’Altran ressort entre 10,3 et 11 euros selon la méthode des comparables boursiers (sept valeurs). Alors que Sorgem retient seulement Alten et Akka Technologies, avec une valeur moyenne de 15,5 euros. Mais Sorgem s’est fondé sur des multiples à fin août, alors que Finexsi s’est basé sur la date du 24 juin, avant l’annonce de l’offre.
L’offre est conditionnée à l’apport d’au moins 50,10% du capital social et des droits de vote d’Altran. Capgemini détient déjà 11,43% du capital, acquis auprès d’Apax Partners. S’il détient plus de 90% du capital et des droits de vote à l’issue, Capgemini a l’intention de mettre en œuvre une procédure de retrait obligatoire. Toutefois, si l’initiateur de l’offre n’atteignait pas ce seuil, il se réserve la possibilité de déposer un projet d’offre publique de retrait suivie le cas échéant d’un retrait obligatoire. Ce qui relancerait le débat sur le prix d’offre…
L’opération doit également obtenir le feu vert des autorités européenne et marocaine de la concurrence. Paul Hermelin, PDG de Capgemini, espère ouvrir l’offre dans un mois. Le visa de l’AMF est attendu le 8 octobre pour une ouverture de l’offre le 10 octobre selon le calendrier prévisionnel. L’opération, dirigée par BNP Paribas, CA CIB, HSBC et Lazard, donnera naissance à un leader mondial de la transformation digitale des entreprises industrielles et technologiques avec un chiffre d’affaires de 17 milliards d’euros.
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