Les offres publiques accélèrent à la Bourse de Paris
L’année 2018 pourrait confirmer la reprise des offres publiques en France constatée depuis deux ans. 40 offres publiques ont été lancées l’an dernier à Paris – après 35 en 2016 –, pour 14,3 milliards d’euros de capital acquis – contre 5,4 milliards en 2016 –, soit la deuxième meilleure année depuis 2011, constate la neuvième édition de l’Observatoire des offres publiques de Ricol Lasteyrie Corporate Finance, membre du réseau EY. Une bonne surprise alors que la campagne présidentielle aurait pu refroidir les investisseurs.
Il convient néanmoins de tempérer cet enthousiasme, puisque la seule offre de Groupe Arnault sur Christian Dior, de 9,5 milliards d’euros, pèse pour deux tiers des montants de l’année. Les deux suivantes, l’offre de Vivendi sur Havas, et de la Banque fédérative du Crédit Mutuel (BFCM) et Mutuelles Investissement sur CIC, s’élèvent respectivement à 1,4 milliard et 895 millions d’euros. «Nous avons davantage de petites opérations que l’an dernier, mais dans tous les secteurs de l’économie», se félicite Sonia Bonnet-Bernard, associée gérante chez Ricol Lasteyrie Corporate Finance.
Les secteurs de l’industrie & matériaux, de la distribution de biens de consommation et des services professionnels ont été les plus actifs avec chacun six opérations. La concentration dans les SSII s’est poursuivie avec cinq rapprochements.
La prime sur l’expertise indépendante ressort à 11%
Ces offres, toutes amicales, ont été à 55% initiées par l’actionnaire de référence ou par la société, et font suite à un changement de contrôle dans 45% des cas. La plupart sont des offres publiques d’achat simplifiées (OPAS), consécutives à une prise de contrôle ou à un achat de bloc. «Les offres hostiles sont assez rares sur le marché français, rappelle Sonia Bonnet-Bernard. Elles nécessitent d’offrir des prix particulièrement attractifs pour les actionnaires et présentent des risques d’exécution plus élevés, sans compter un contexte français où ce type d’offres apparaît agressif». En revanche, les sociétés françaises ont été très actives à l’international. «Les opérations de M&A des sociétés françaises ont progressé de 50% l’an dernier à 250 milliards d’euros. Et la tendance de janvier est de bon augure pour l’ensemble de l’année 2018», souligne Marc Lefèvre, associé France EY.
Si la prime médiane offerte par rapport au dernier cours de Bourse ressort à 19,8%, contre 22,2% en 2016, c’est sans compter la progression des marchés actions l’an dernier (+9,80% pour le CAC 40). D’ailleurs la prime sur le cours moyen 12 mois est de 30,6% (+26,9% en 2016). La prime sur l’expertise indépendante de la cible est de 11% (+8,3% en 2016), et sur celle de la banque conseil de l’acheteur de 14,3% (+9,9% en 2016). Un écartqui s’accroît de nouveau à 3,3 point, alors qu’il avait atteint un point bas de 1,6 point l’an dernier.
Les augmentations de capital devraient s’intensifier
En revanche, le marché boursier parisien n’a pas signé une bonne année, avec une perte nette de 19 sociétés, après les 33 sorties de cote (23 retraits consécutifs à des offres publiques et 10 faillites). «Le nombre d’introductionsen Bourse, 14 contre 17 en 2016, est clairement décevant, poursuit Marc Lefèvre. En revanche, les fonds levés ont plus que doublé à 2,4 milliards d’euros, le troisième meilleur niveau depuis dix ans. Un signal positif pour l’avenir. D’ailleurs, nous anticipons de nombreuses sorties de fonds via la Bourse et un potentiel embouteillage d’IPO à Paris en juin et juillet 2018».
Autre signe encourageant, les augmentations de capital ont fortement rebondi. 107 sociétés (54 en 2016) ont levé 14 milliards d’euros (9,1 milliards en 2016). La taille moyenne de ces opérations a progressé, avec 21 levées de fonds d’au moins 50 millions d’euros, contre seulement 12 en 2016. «Ces opérations, souvent largement sursouscrites, ne sont pas de confort mais servent à financer la croissance de ces sociétés, ajoute Marc Lefèvre. Elles manifestent la poursuite de la désintermédiation de l’économie et le retour de la confiance des investisseurs. Ce mouvement devrait s’intensifier en 2018.»
Dans un contexte d’accélération de la croissance mondiale, particulièrement en Europe, «nous sommes confiants pour 2018, conclut Sonia Bonnet-Bernard. La consolidation actuelle des Bourses est normale après la progression de ces derniers mois. Il ne faudrait toutefois pas qu’elle dure ou que les taux remontent trop brutalement, la confiance des investisseurs pourrait alors en pâtir».
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