Les financements d’infrastructures peinent à attirer les investisseurs institutionnels

La crise a fragilisé le rôle des banques. Mais les opérations souffrent d’une structuration inadéquate pour les investisseurs obligataires
Antoine Landrot

Le marché des infrastructures fait face à la quadrature du cercle. Alors que les besoins dans le monde sont croissants, ses acteurs craignent une raréfaction de la ressource bancaire, et peinent à attirer les investisseurs de marché. C’est ce qui ressort d’un colloque organisé hier par Dexia sur le sujet.

Selon Bruxelles, les besoins dans les secteurs des transports, de l’énergie et des technologies d’information et de communications en l’Europe se chiffrent à 1.500, voire 2.000 milliards d’euros pour les dix ans à venir. Le tout «dans un contexte de restrictions budgétaires inédit», rappelle René Kassis, responsable des infrastructures chez Dexia Crédit Local. Le marché dispose d’industriels forts et n’a pas de difficulté à trouver des apporteurs en capital, qu’ils soient industriels, pouvoirs publics ou fonds d’investissements. C’est du côté de la dette que le bât blesse – sachant que celle-ci représente souvent plus de 80% du montage financier de ces opérations.

La crise est passée par là. Le nombre de banques sur ce marché est aujourd’hui limité à une quinzaine et le marché de la syndication est encore difficile, rendant nécessaire la constitution de «club deals» difficiles à piloter. En outre, «les banques sont tentées de se replier vers leurs marchés domestiques à chaque perturbation grave de leur environnement. Surtout, en raison des règles de Bâle 3, elles ont pris conscience de l’importance de la liquidité et gèrent prudemment leur bilan», indique René Kassis.

La solution serait donc le recours au marché obligataire. Or rien ne se passe. Les émissions faisant appel aux réhausseurs de crédit ont disparu avec la crise et les investisseurs en dette restent à l’écart des projets d’infrastructures. Pour les attirer, «les opérations doivent être structurées autour des contraintes et des attentes de ces investisseurs, au lieu de partir des contraintes de l’infrastructure», souligne René Kassis. Par exemple, la possibilité de remboursement anticipé de la dette d’infrastructure constitue un réel obstacle.

Il reste à savoir quel sera l’effet des initiatives publiques, qu’elles soient européennes (Europe 2020 project bond initiative, dont la consultation est en cours) ou nationales, comme le projet français de véhicule émetteur d’obligations adossées aux contrats de partenariats public-privé.

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