Les créations d’emplois chahutent les marchés aux Etats-Unis

Les créations de postes se sont élevées à 172.000 le mois dernier outre-Atlantique, deux fois plus qu’anticipé par les économistes. Le chiffre d’avril a également été relevé. En renforçant les paris sur une hausse des taux de la Fed, la statistique a fait plonger Wall Street vendredi.
Agefi-Dow Jones
Chômage emploi USA unemployment job workers
Le taux de chômage aux Etats-Unis en mai ressort à 4,3%  -  AdobeStock.

L’économie américaine a créé davantage d’emplois que prévu en mai, selon les statistiques officielles publiées vendredi, et nettement plus qu’anticipé, ce qui a fait paniquer les marchés vendredi. Les taux américains à 2 ans ont gagné 11 points de base (pb) à 4,16% en réaction à ces chiffres de l’emploi ; ceux à 10 ans ont aussi rebondi d’environ 8 pb à 4,54%, car la solidité du marché du travail aux Etats-Unis pourrait faciliter une hausse de taux de la Fed, ou au moins l’inciter à ne pas les baisser dans un contexte d’accélération de l’inflation.

Sur les marchés de futures, la probabilité d’une hausse de taux d’ici à décembre 2026 ou mars 2027 a nettement augmenté, ce qui a donc fait plonger les marchés actions américains vendredi après-midi : -2,6% pour le S&P 500, -4,77% pour le Nasdaq 100 ! L’euro a également reculé face au dollar, à 1,153.

565.000 créations sur trois mois

Le département américain du Travail avait indiqué plus tôt la création de 172.000 postes nets aux Etats-Unis en mai, contre 80.000 anticipés par les économistes interrogés par le Wall Street Journal. Le chiffre pour le mois d’avril a également été relevé, à 179.000 emplois contre 115.000 estimés initialement, de même que celui de mars, à 214.000 emplois contre 185.000. Le taux de chômage, issu d’une enquête séparée auprès des ménages, s’est établi à 4,3% en mai, comme en avril et conformément aux attentes des économistes.

«L’enquête auprès des entreprises est très bonne : elle indique que les créations d’emplois ont été très significatives avec un chiffre de 565.000 en agrégé sur les trois derniers mois, Bastien Drut, responsable stratégie & analyse chez CPRAM. Il faut remonter à plus de deux ans pour voir une dynamique aussi forte. Plusieurs éléments du rapport semblent confirmer une stabilisation du marché du travail, ce qui va mettre directement la pression sur la Fed, déjà confrontée à l’accélération de l’inflation.»

L’expert note deux autres bonnes nouvelles. L’emploi dans l’intérim augmente pour le cinquième mois de suite, et le nombre d’heures travaillées par les non-cadres progresse de 1,4% sur un an, un plus haut depuis mi-2023. En revanche, le salaire horaire moyen progresse de 3,4% sur un an, son rythme le plus faible depuis environ cinq ans.

Réunion les 16 et 17 juin

Les analystes signalent également une progression depuis trois mois dans le secteur privé hors santé, ce qui n’était pas arrivé depuis plus de deux ans. Mercredi, le spécialiste de la gestion des paies ADP avait également annoncé 122.000 créations dans le secteur privé en mai, après 105.000 en avril et 61.000 en mars (+288.000 sur trois mois).

Ce rapport sur l’emploi est le dernier avant la prochaine réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed), prévue les 16 et 17 juin. Ce sera la première présidée par Kevin Warsh, qui a succédé en mai à Jerome Powell à la tête de la banque centrale américaine.

Jeudi soir, un haut responsable de la Fed a réaffirmé sa conviction que l’inflation aux Etats-Unis était trop élevée, et que le choix de la Fed n’était désormais plus qu’entre une hausse des taux et un maintien à leur niveau actuel, dans une fourchette de 3,50% à 3,75%. «La question est de savoir si nous devons relever les taux d’un quart ou un demi[-point de pourcentage] et de voir si nous pouvons juguler ce phénomène» d’inflation, a indiqué le président de la Fed de Kansas City, Jeff Schmid, à des journalistes.

«Si Kevin Warsh espérait engager une baisse des taux à son arrivée, cette perspective semble désormais exclue. Au-delà des divergences internes à la Fed, la vigueur actuelle du marché du travail ne justifie tout simplement pas un assouplissement monétaire», estime Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN Amro Investment Solutions, qui ne s’attend toutefois pas à ce que la banque centrale relève ses taux en juin. «L’inflation a certes progressé, mais les signes de diffusion au reste de l’économie demeurent limités et la croissance des salaires réels reste négative», conclut-il.

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