La ligne Truss à l’épreuve des marchés
Maggie est de retour. Désignée comme successeur de Boris Johnson au Royaume-Uni, Liz Truss dit s’inscrire dans les pas de Margaret Thatcher. Au premier, elle emprunte ses accents populistes et son sens de l’opportunisme ; à la seconde, ses tenues vestimentaires et quelques recettes libérales, mais sans les convictions de la Dame de fer. La nouvelle Première ministre – la quatrième en six ans – a de menus problèmes à régler : une croissance en berne, une crise énergétique qui nourrit les tensions sociales, des déficits budgétaires et extérieurs massifs, et une relation compliquée avec l’Union européenne. Les réponses qu’elle y apportera sont dignes d’intérêt pour l’ensemble des investisseurs.
Le programme économique de Liz Truss fleure bon l’anachronisme. La locataire de Downing Street propose de revenir sur les hausses d’impôt et de taxes décidées par son prédécesseur, puis de réduire de manière pérenne la pression fiscale dans un pays où celle-ci reste raisonnable. En stimulant la demande, elle alimenterait donc les pressions inflationnistes au pire moment. Le gouvernement britannique devrait aussi présenter dans les prochaines semaines un programme d’urgence afin de plafonner la facture énergétique des ménages et des entreprises. Il pourrait coûter jusqu’à 150 milliards de livres en dix-huit mois. Dans le nouveau monde annoncé par la guerre en Ukraine, d’autres postes budgétaires, comme celui de la défense, sont voués à s’accroître.
Risque de dérapage
Liz Truss attend de ce stimulus budgétaire qu’il fasse repartir la croissance et, par un cercle vertueux, équilibre ses comptes. A en juger par la dégringolade de la livre sterling et la hausse des taux d’emprunt britanniques, les marchés financiers s’inquiètent davantage aujourd’hui d’un risque de dérapage incontrôlé des finances publiques. Le Royaume-Uni est déjà l’un des pays dont le ratio d’endettement s’est le plus dégradé depuis la pandémie de Covid. L’inflation et la hausse des taux renchérissent le service de la dette, et la protection que conféraient les interventions massives des banques centrales s’estompe.
Dispendieux et inflationniste, le programme de Liz Truss devrait même encourager la Banque d’Angleterre à poursuivre sa politique restrictivepour garder dans son camp les investisseurs étrangers. La dirigeante ne l’entend pas de cette oreille et affirme qu’elle pourrait changer le mandat de l’institution. La banque centrale est loin d’afficher un bilan sans taches, mais une remise en cause de son indépendance, acquise il y a vingt-cinq ans, ferait entrer Londres dans une dangereuse zone de turbulences. Les bond vigilantes, espèce disparue sous nos latitudes à l’ère de l’assouplissement monétaire quantitatif, recommencent à exercer leur surveillance sur les Etats impécunieux, notamment par le biais du taux de change. Un réveil à méditer dans toutes les capitales.
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Washington - Donald Trump a annoncé jeudi une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu au Liban, au moment où les efforts pour arriver à un accord avec l’Iran sont pour leur part au point mort. «Le cessez-le-feu entre Israël et le Liban sera prolongé de TROIS SEMAINES», a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social à l’issue d’une nouvelle réunion entre des représentants des deux pays à Washington. En vigueur depuis le 17 avril, la trêve qui devait initialement s’achever dimanche a offert un certain répit à la population libanaise, dans un conflit qui a déjà fait plus de 2.400 morts et un million de déplacés dans le pays depuis début mars. Donald Trump a assuré que les Etats-Unis «vont collaborer avec le Liban afin de l’aider à se protéger contre le Hezbollah». L’organisation chiite, qui a entraîné le pays dans la guerre le 2 mars en soutien à son allié iranien, a rejeté ces pourparlers et poursuit ses opérations dans le sud du Liban, où Israël entend créer une zone tampon au prix de destructions de villages et de bombardements, qui ont tué mercredi deux journalistes libanaises. Le Hezbollah a lui annoncé avoir tiré des roquettes sur le nord d’Israël en réponse aux «violations» du cessez-le-feu par l’armée israélienne. «Tout le temps du monde " Malgré tout, M. Trump a dit s’attendre à ce que les dirigeants israélien Benjamin Netanyahu et libanais Joseph Aoun se rencontrent «dans les semaines à venir». Le président libanais, qui a jusqu'à présent écarté la perspective d’une telle rencontre, est attendu vendredi au sommet européen d’Ayia Napa, à Chypre, aux côtés de ses homologues égyptien Abdel Fattah al-Sissi et syrien Ahmed al-Chareh et du prince héritier de Jordanie Hussein ben Abdallah. Les Vingt-Sept ont fait savoir qu’ils entendaient évoquer «la situation au Liban et les pourparlers entre Israël et le Liban» et entretenir un «dialogue intensif» avec les Etats de la région. Près de deux mois après son déclenchement le 28 février par Israël et les Etats-Unis, la guerre contre l’Iran continue de peser sur les marchés de l'énergie et sur l'économie mondiale, malgré l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 8 avril. Le trafic est à l’arrêt dans le détroit d’Ormuz, par où transitait avant le conflit 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux, et désormais soumis à un double blocus iranien et américain. Vendredi matin, les cours du pétrole ont encore progressé en Asie, avec le WTI à plus de 97 dollars et le Brent de la mer du Nord à près de 107 dollars. Donald Trump a assuré que le temps jouait contre Téhéran à mesure que se réduisent ses exportations de pétrole. «J’ai tout le temps du monde, mais ce n’est pas le cas de l’Iran», a-t-il écrit jeudi sur Truth Social. Troisième porte-avions Washington maintient une pression militaire, avec l’arrivée dans la région d’un troisième porte-avions, le George HW Bush. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a dit n’attendre que le feu vert des Etats-Unis pour reprendre les frappes. Donald Trump a cependant assuré ne pas avoir l’intention d’utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran, dont il avait menacé début avril d’"éteindre» la civilisation. «Pourquoi utiliserais-je l’arme nucléaire alors que nous les avons complètement anéantis, de manière très conventionnelle?», a-t-il déclaré en réponse à une question de journaliste à la Maison Blanche. Une première session de discussions irano-américaines au Pakistan le 11 avril s'était soldée par un échec. M. Trump a avancé des «divisions» au sein du pouvoir à Téhéran pour expliquer l’ajournement sine die d’un second round qui avait été prévu cette semaine. En réponse, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf et le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei ont donné jeudi un gage d’unité, évoquant sur leurs réseaux sociaux «un Dieu, une nation, un dirigeant, un seul chemin». Alors que le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei n’est pas apparu publiquement depuis qu’il a succédé à son père Ali Khamenei -- tué aux premières heures de la guerre -- le New York Times a affirmé jeudi, citant des responsables iraniens sous couvert d’anonymat, qu’il avait été «grièvement blessé», notamment brûlé au visage, mais restait «vif d’esprit et actif». Les bureaux de l’AFP à Washington, Beyrouth, Jérusalem et Téhéran © Agence France-Presse