Tom Stephens (Schroders) : « L’écosystème ETF, la gestion active et la construction de portefeuille moderne convergent fortement »
- Tom Stephens dresse un premier bilan de la nouvelle activité de Schroders sur les ETF actifs.
- Les souscriptions nettes dépassent deux milliards d’euros depuis le début de l’année 2024.
- Cinq nouveaux produits sont en préparation et de nombreux recrutements sont planifiés en Europe.
L’Agefi : Dix mois seulement après son lancement, votre activité d’ETF actifs en Europe frôle déjà les 3 milliards d’euros d’encours. Qui sont vos clients ?
Tom Stephens : Nous avons lancé à ce stade quatre ETF actifs, qui s’appuient sur notre équipe de gestion quantitative : un sur les actions internationales, un sur les actions américaines, un sur les obligations d’entreprises investment grade, ainsi qu’une version de la stratégie sur les actions internationales personnalisée pour un gestionnaire d’actifs nordique. Les souscriptions nettes depuis le début d’année dépassent 2 milliards d’euros, ce qui place Schroders au premier rang de la collecte pour les ETF actifs sur le marché européen. Nous bénéficions d’une forte demande de la part des investisseurs institutionnels, des gestionnaires d’actifs et des gestionnaires de patrimoine, à savoir les acheteurs traditionnels d’ETF, pour leur allocation tactique comme stratégique. Nous commençons également à percevoir un intérêt des particuliers en direct, à travers les courtiers en ligne.
Comment en êtes-vous venus à créer un ETF sur-mesure pour un investisseur nordique ?
C’est un partenaire de longue date qui souhaitait accéder à notre expertise de gestion active et responsable à travers le format ETF, dont il apprécie la simplicité en termes de structure opérationnelle et la transparence quotidienne. Les équipes de gestion quantitative et de durabilité ont longuement travaillé avec ce client, avant même le lancement de notre activité ETF. Mis sur le marché en janvier, cet ETF dépasse 800 millions de dollars d’encours et continue à croître très rapidement. Notre client voulait un produit accessible à d’autres investisseurs et de fait, nous voyons beaucoup de marques d’intérêt dans les pays où l’ETF est disponible.
Pourquoi avoir choisi pour vos premiers ETF des stratégies quantitatives à faible « tracking error » ?
Nos ETF actions sont gérés selon les process de notre équipe QEP (quantitative equity portfolios), qui suivent une approche que l’on peut qualifier de « quantamentale » : les données d’entrée sont quantitatives, issues de plus de 200 bases de données différentes, mais elles viennent étayer une analyse fondamentale des entreprises, suivie par une sélection de titres « bottom-up » (entre 400 et 500 pour l’ETF d’actions internationales par exemple). L’objectif est effectivement de rester proche de l’indice de référence, avec une cible de surperformance de 1%, quel que soit l’environnement de marché. Le budget de « tracking error » est d’environ 1,5%, avec la possibilité de sur- ou sous-pondérer un titre de 50 points de base au maximum, une marge de manœuvre que nous comptons exploiter à plein. Ces stratégies à faible tracking error sont celles que veulent les clients aujourd’hui en cœur de portefeuille, pour dégager de l’alpha avant même de choisir leurs allocations stratégiques de forte conviction.
Cette tendance est-elle amenée à durer ?
Nous sommes convaincus que la gestion active va jouer un rôle majeur dans les portefeuilles, sur l’ensemble des classes d’actifs, y compris non cotées. Cela se voit aussi à travers la croissance du marché des produits structurés, que l’on commence à voir sous format ETF (covered call, buffer…). Ce sont des développements que nous regardons avec intérêt. Ces produits font partie de la construction de portefeuille moderne qui, au-delà de la génération de surperformance, cherche à dégager des revenus pour faire face à l’environnement de marché volatil. L’écosystème ETF, la gestion active et la construction de portefeuille moderne convergent fortement.
Comment comptez-vous compléter votre gamme ?
Nous voulons nous assurer que les clients des plateformes digitales – de plus en plus friands de portefeuilles modèles – aient accès à une gamme complète de briques de base pour leurs expositions actions et obligations sous format ETF.
Envisagez-vous de loger dans des ETF des stratégies à forte conviction ?
C’est un développement que Schroders, qui pratique la gestion active depuis 220 ans, doit regarder avec beaucoup d’attention. Il faut que cela réponde à une demande des clients et que les gérants soient prêts. Il s’agit de voir si le format ETF apporte une valeur ajoutée à la gestion de conviction comme il en apporte à l’approche QEP. Cela soulève des questions liées à la liquidité du sous-jacent, aux limites de capacité de la stratégie et à la possibilité de continuer de dégager une surperformance dans le temps. Nous allons commencer par observer ce qui se passe sur le marché, y compris l’utilisation des règles de transparence du portefeuille sur une base non quotidienne introduites par les régulateurs. Il s’agit notamment de s’assurer que cette moindre transparence ne se traduit pas par des frais de transaction (spreads bid-ask) plus élevés pour les clients, ce qui nuirait à la performance nette.
Quels sont vos projets de développement en France ?
Nous sommes en train de recruter un commercial spécialiste des ETF pour la zone FraBeLux. Nous faisons de même pour la zone germanophone et pour la Suisse, qui sont les autres marchés sur lesquels nous souhaitons mettre nos efforts prioritairement en Europe.
Vous avez occupé, par le passé, des postes en lien avec les métiers de « capital market » au sein de l’écosystème ETF. Est-ce important de maîtriser ces aspects techniques ?
Ma fonction chez Schroders est plus large et je m’appuie sur Jonathan Ulinder, notre EMEA head of capital markets. Il forme nos teneurs de marché à nos ETF actifs, afin de garantir que notre offre de liquidité soit de premier ordre et à la hauteur de celle des autres ETF indiciels. Un recrutement est aussi en cours pour l’épauler.
Ces fonctions sont basées à Londres…
Effectivement. Il pourrait toutefois être intéressant à terme d’avoir des relais sur les principaux marchés d’Europe continentale : Francfort et Paris sont des centres importants, où certains de nos participants autorisés ont des opérations. Il s’agit aussi de pouvoir répondre aux demandes spécifiques de nos clients locaux. Pour l’instant, nous formons en interne les équipes.
Le marché des ETF actifs est essentiellement américain à ce stade. Pensez-vous que l’Europe puisse rattraper son retard ?
Certes, les Etats-Unis représentent environ 2.000 des 2.200 milliards de dollars d’encours globaux des ETF actifs, contre 127 milliards pour l’Europe. Mais celle-ci – tout comme l’Asie d’ailleurs – se développe très vite, avec une croissance de l’ordre de 28% depuis le début de l’année. Le taux de croissance annuel moyen des ETF actifs est deux fois supérieur à celui des ETF indiciels, ce qui pourrait porter leur encours en Europe à 400 milliards de dollars d’ici cinq ans.
Quels facteurs vont soutenir cette croissance en Europe ?
Elle devrait être portée par les clients particuliers et les canaux directs. En Allemagne, outre les plans d’épargne et leurs 600 milliards d’euros d’encours, on attend pour 2027 de nouveaux produits d’épargne-retraite, investissables en ETF. En France, en Espagne et au Royaume-Uni aussi, il y a des campagnes pour inciter les particuliers à investir davantage sur les marchés. Cet essor du marché retail est important au niveau de l’écosystème, car cela devrait renforcer le poids des transactions réalisées via des Bourses, sachant qu’aujourd’hui, les institutionnels ont surtout recours aux marchés de gré-à-gré. Enfin, le passage au règlement-livraison en T+1 en Europe et au Royaume-Uni – prévu en octobre 2027 – pourrait être un facteur de différenciation pour les ETF, qui y seront soumis, alors que les fonds traditionnels devraient conserver des délais de règlement-livraison plus longs.
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