La justice allemande sème le doute sur l’action de la BCE
Dans son jugement rendu mardi suite à plusieurs plaintes dirigées contre le Programme d’achat dans le secteur public (PSPP) de la Banque centrale européenne (BCE), la Cour constitutionnelle allemande a conclu que le gouvernement fédéral et le Bundestag ont violé les droits de la constitution allemande en omettant de contester que la BCE, dans ses décisions sur l’adoption et la mise en œuvre du PSPP, n’a ni évalué ni démontré que les mesures prévues dans ces décisions satisfont au principe de proportionnalité.
La plus haute cour allemande estime que l’examen entrepris par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), dans son arrêt du 11 décembre 2018 en réponse à sa demande pour déterminer si les décisions de la BCE sur le PSPP lancé le 4 mars 2015 satisfont au principe de proportionnalité prévu par le Traité sur l’Union europenne (TUE), ne répond pas «aux exigences d’un examen compréhensible quant à savoir si les banques centrales de l’Eurosystème (SEBC) et la BCE observent les limites de leur mandat de politique monétaire». En outre, elle reproche à la CJUE d’ignorer, via ce jugement en contradiction avec ses méthodes habituelles de contrôle de la bonne répartition des compétences entre instances européennes, «tous les effets de politique économique résultant du programme» de la BCE. Selon elle, «la BCE n’effectue pas l'équilibrage nécessaire entre l’objectif de politique monétaire et les effets de politique économique résultant du programme», ce qui viole l’article 5 du TUE et, par conséquent, dépasse le mandat de politique monétaire de la BCE.
Partant de là, la Cour estime que le programme n’enfreignait pas nécessairement l’interdiction du financement monétaire des budgets des Etats membres (article 123 du TFUE), mais que le gouvernement fédéral et le Parlement allemands auraient dû prendre des mesures pour s’assurer que le QE était «proportionné». «Etant donné que la Bundesbank conseille le gouvernement fédéral dans ce type de dossiers, cette responsabilité s’applique également à la banque centrale allemande», ajoute la Cour.
Ultimatum
Par conséquent, elle juge que la Bundesbank ne pourrait plus participer au QE à l’issue d’une période de transition ne dépassant pas trois mois, «à moins que le conseil des gouverneurs de la BCE n’adopte une nouvelle décision démontrant de manière compréhensible et motivée que les objectifs de politique monétaire poursuivis par la BCE ne sont pas disproportionnés par rapport aux effets de politique économique et budgétaire résultant du programme».
Ce verdict, qui ne concerne aucune mesure d’aide financière prise dans le cadre de la crise actuelle liée au coronavirus, clôt la dernière d’une série d’actions en justice devant la plus haute cour allemande, reflet de la profonde défiance qui règne dans la première économie d’Europe à l'égard de la BCE.
Après cette décision relativement inattendue, les investisseurs ont exprimé leurs craintes en vendant les BTP italiens, dont les rendements à 10 ans ont grimpé de 1,75% à 1,88%, ainsi que l’euro, passé dans le rouge face à toutes les autres devises.
Plus d'articles du même thème
-
Des manquements déclaratifs pourraient coûter 1,8 million d’euros à Bourse Direct
Le Collège de l’AMF reproche au courtier en ligne un dispositif de reporting direct des transactions (RDT) incomplet ou erroné, et des défaillances dans son dispositif de surveillance des opérations de marché. Deux transactions réalisées pour le compte de Nicolas Miguet sur Casino et Rallye auraient déclenché le contrôle, ayant conduit à cette mise en cause, selon la défense. -
L’Europe reporte de trois ans la finalisation du cadre réglementaire bancaire de Bâle
Les banques européennes bénéficieront d’un sursis supplémentaire pour appliquer les normes de Bâle relatives aux risques de marché. L’Europe attend de voir comment les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne appliqueront ces normes. -
L'association allemande des fonds de pension rejette la révision de IORP 2 et réclame un nouveau texte
L'association estime que le texte menace les structures existantes de retraite professionnelle sans apporter de bénéfice mesurable aux affiliés.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond en mai
- TotalEnergies pourrait doublement profiter de la guerre au Moyen-Orient
- Atalian s’apprête à passer sous le contrôle de ses créanciers
- Le Crédit Mutuel vante la banque à réseau pour concéder l'inévitable passage au digital
- Berkshire Hathaway mise sur la promotion immobilière résidentielle
- Novobanco galvanise les ambitions de BPCE
Contenu de nos partenaires
-
Résidents de la RépubliqueLa « nouvelle France », le poison identitaire de Jean-Luc Mélenchon
Avec ce slogan comme arme de mobilisation massive et la ville de Saint-Denis comme laboratoire à ciel ouvert, Jean-Luc Mélenchon croit avoir trouvé son « on est chez nous » d’extrême gauche pour 2027 -
Appel au calmePour Donald Trump, la sortie du bourbier iranien passe par une nouvelle trêve au Liban
La spirale de violence au Liban a convaincu le président américain de pousser à un nouveau cessez-le-feu, alors que Téhéran menace de mettre fin aux négociations avec Washington -
EditorialServitude, égalité, fiscalité : l'effroyable utopie de Thomas Piketty
Pour justifier une construction folle ciselée pour exalter l'internationale gauchiste, l'auteur célébré du Capital au XXIe siècle évoque une utopie. N'en croyez rien !