La banque centrale a augmenté significativement la taille de son programme de rachats d’urgence (PEPP) et revu en forte baisse ses prévisions de croissance et d’inflation.
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Xavier Diaz
Christine Lagarde, la présidente de la BCE, lors de la conférence du presse du 4 juin 2020.
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Photo Adrian Petty / European Central Bank
La Banque centrale européenne (BCE) a devancé les marchés. Hier, lors de la réunion de son conseil des gouverneurs, elle a non seulement augmenté plus que prévu son programme d’achats d’urgence PEPP (pandemic emergency purchase programme) lancé fin mars pour faire face au choc économique provoqué par le coronavirus mais elle a aussi prolongé sa durée et communiqué sur le réinvestissement des tombées des obligations achetées. «Ces mesures étaient largement attendues car au rythme actuel, la BCE aurait atteint les limites du programme en septembre», souligne Nicolas Forest, directeur de la gestion obligataire chez Candriam.
Le PEPP est porté à 1.350 milliards d’euros (+600 milliards contre 500 milliards anticipés) jusqu’à fin juin 2021 (au lieu de fin 2020). Les tombées seront réinvesties jusqu’à fin 2022. «En d’autres termes, cela exclut tout ‘tapering’ (arrêt des achats, ndlr) avant 2023 alors qu’il est probable que le PEPP sera arrêté le premier suivi par les autres programmes, note Samy Chaar, chef économiste chez Lombard Odier. C’est important car cela va permettre à la BCE de dévier plus et plus longtemps de sa clé de capital».
Large consensus
Au-delà de cet aspect technique, non négligeable, la BCE se trouve aussi face à une situation économique exceptionnelle qui la contraint d’agir vite. Christine Lagarde, sa présidente, a indiqué que le montant de 600 milliards d’euros supplémentaires avait fait l’objet d’un large consensus. A la veille du conseil, certaines voix s’étaient élevées contre une augmentation du PEPP. Mais la zone euro est confrontée à un niveau d’incertitude économique extraordinaire et la BCE prévoit une contraction de 8,7% (-9,4 points par rapport à la prévision de mars) du PIB cette année avant un rebond de 5,2% en 2021 et de 3,3% en 2022.
«Ses vues sur l‘économie ne sont pas très optimistes et même beaucoup plus pessimistes que celles du consensus pour 2020 (-7,6%), souligne Patrice Gautry, chef économiste chez UBP. Les prévisions sur l’inflation ne sont pas plus optimistes car elle devrait s’établir à 1,3% en 2022, soit très en dessous de l’objectif de 2%». Un point critique pour la banque centrale. Les perspectives d’inflation sont d’autant plus faibles que la baisse des cours du pétrole pèse sur les prix. La BCE anticipe un indice des prix en hausse de 0,3% cette année et 0,8% en 2021. «Le niveau d’inflation en 2022 explique pourquoi tous les programmes de rachat d’actifs et les réinvestissements sont prévus pour durer si longtemps», constate Samy Chaar. «L’argument d’une inflation en dessous de ses objectifs pourra être utilisé à loisir les prochains trimestres si la BCE doit de nouveau adapter ses mesures et ainsi imposer un consensus au sein du conseil des gouverneurs», renchérit Patrice Gautry. Une nouvelle augmentation du PEPP est probable, surtout s’il est poursuivi jusqu’à fin juin 2021, selon HSBC.
Donner du temps aux Etats
Pour Nicolas Forest, la BCE ne règle toutefois pas tous les problèmes liés à cette récession exceptionnelle, mais elle donne ici du temps et un soutien significatif aux Etats et aux entreprises. Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a rappelé que le PEPP doit permettre de faire face au resserrement des conditions financières, à un moment où l’économie a besoin de conditions favorables, et d’éviter la fragmentation au sein de la zone euro qui menace toujours. «Les dépenses budgétaires énormes sont au premier plan du soutien des économies, la BCE donne le coup de pouce nécessaire et réduit la pression sur le marché pour absorber les émissions d’obligations afin de les financer», poursuit Jon Day, gérant obligataire chez Newton (BNY Mellon IM). L’Allemagne a annoncé une rallonge budgétaire de 130 milliards d’euros et l’Union européenne doit encore adopter son programme de relance commun de 750 milliards.
Lors de la conférence de presse en ligne après le conseil, Christine Lagarde a répondu aux nombreuses questions sur la décision de la Cour de Karlsruhe qui a enjoint à la BCE de démontrer sous trois mois que ses rachats de dette publique (PSPP) sont proportionnés aux objectifs de son mandat, sous peine de devoir suspendre ce programme en Allemagne. La présidente de la BCE a rappelé que la BCE était sous la juridiction de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) qui avait déjà statué sur le PSPP, à la demande de la Cour constitutionnelle allemande, jugeant ce programme conforme à son mandat. «La BCE a ouvert une porte pour trouver un compromis avec la Cour constitutionnelle allemande», indique Sébastien Galy, stratégiste chez Nordea. Christine Lagarde s’est déclarée confiante dans le fait qu’une bonne solution sera trouvée, qui ne compromette ni l’indépendance de la BCE, ni la primauté du droit européen, ni les décisions de la CJUE, afin d'éviter une interruption du programme de rachat d’actifs en Allemagne.
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