A Aix, les acteurs de l'économie attendent l’impact des hausses de taux
Les dirigeants croisés aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, ce week-end, s’interrogeaient pour savoir quand, et dans quelle mesure, la hausse des taux affectera l'économie. Bien que les banquiers centraux aux Etats-Unis et en Europe aient relevé les taux au rythme le plus soutenu depuis plusieurs décennies pour tenter d’endiguer la flambée d’inflation, la plupart des économies ont échappé jusqu’ici aux récessions douloureuses que les précédents cycles de resserrement monétaire ont provoquées.
«Il n’existe pour le moment pas de réel consensus sur l’augmentation des taux chez l’ensemble des acteurs économiques», a dit à Reuters Jérémie Delecourt, directeur général délégué de la société de private equity Ardian. «Que chacun se pose la question rend la situation intéressante. Il y a ceux qui restent optimistes, et d’autres plus pessimistes.»
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a rappelé lors d’une intervention à Aix que le point haut pour les taux de la zone euro était proche après une augmentation cumulée de quatre points de pourcentage sur l’année écoulée. Mais il a également indiqué que les taux d’intérêt seraient maintenus à un niveau élevé aussi longtemps qu’il le faudra pour garantir que l’inflation revienne vers l’objectif de 2% de la BCE d’ici 2025 - objectif qu’il n’est pas question de remonter, a assuré le gouverneur, à 3% par exemple comme le préconise l'économiste Olivier Blanchard.
La BCE a porté ses taux le mois dernier à leur plus haut niveau en 22 mois et promis une haute hausse ce mois-ci, avec la possibilité d’un tour de vis supplémentaire en septembre.
Jean-Louis Girodolle, qui dirige la banque Lazard en France, a estimé de son côté devant un panel que les banques centrales risquaient de lutter contre l’inflation avec le même zèle que face à la déflation, et d’aller trop loin. «L’autre scénario, que moi je redoute, c’est celui de l’atterrissage manqué, où les banques centrales seraient dans un scénario de durcissement plus durable car elles considèrent jouer leur crédibilité», a-t-il dit. «On entre dans une zone de risques. Il va falloir un pilotage fin de la politique monétaire», a ajouté le banquier d’affaires.
Effet en fin d’année
L’impact des hausses de taux se fait sentir moins vite que d’habitude, car de nombreux ménages et entreprises ont abordé cette période de renchérissement de l’argent avec des niveaux de cash solides.
«La transmission (de la politique monétaire) se fait attendre, mais ça va mordre, je dirais vers la fin de cette année», a indiqué Aylin Somersan Coqui, responsable de l’assureur crédit à l’export allemand Allianz Trade. «Je vois une bonne dose d’optimisme sur le court terme, mais je vois beaucoup de risques baissiers s’il y a une erreur de politique, en particulier de la part des banques centrales», a-t-elle ajouté.
Selon elle, les hausses de taux commenceront en effet à mordre à un moment où les bénéfices des sociétés et la croissance globale de l'économie se tasseront. Les élections qui approchent dans de nombreux pays l’an prochain et le retour à une politique budgétaire moins dispendieuse pourraient entraver les efforts des gouvernements à aider les entreprises en difficulté.
Du côté des entreprises, la question se posera lors des opérations de refinancement. «Nous pouvons nous attendre à ce que les niveaux de dette soient ajustés au cas par cas sans provoquer de crise systémique», a dit Daniel Barneix, à la tête de l’AFTE, l’Association française des trésoriers d’entreprises et également directeur financier adjoint de Saint-Gobain.
A lire aussi: Ludovic Subran : «La zone euro estime avoir fait le job pour éviter des accidents financiers»
Malgré l’ensemble de ces risques et incertitudes, les tenants d’une politique monétaire stricte estiment qu’il reste préférable de resserrer un peu trop les taux que de voir le combat contre l’inflation élevée faire long feu.
«Il faut vraiment éviter d'être accommodant sur les taux parce qu’alors, il y a un gros risque que l’inflation fasse son retour, et alors ce sera dur et de longue durée», a indiqué à Reuters Veronika Grimm, une des cheffes économistes du gouvernement allemand.
(avec Reuters)
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