Une nouvelle restructuration à la Société Générale ne plairait pas aux investisseurs
Venant d’un financier, le conseil n’est pas si fréquent. Alors que les investisseurs ont tendance à applaudir l’annonce de plans de réductions des coûts, les analystes d’UBS prient les dirigeants de la Société Générale de se garder de lancer une nouvelle restructuration.
Le spécialiste de la banque suisse, Jason Napier, est arrivé à cette conclusion après avoir rencontré plusieurs investisseurs lors d’une tournée parisienne. «Presque toutes les réunions ont donné lieu à une discussion sur un éventuel nouveau plan de réduction des coûts dans la banque de détail française», indique l’analyste. En effet, il estime que la Société Générale ne parviendra pas à réduire le coefficient d’exploitation de cette division à 60% en 2026. Jason Napier prévoit plutôt une proportion de 65%. Atteindre le niveau ciblé supposerait des revenus 9% supérieurs, soit 900 millions d’euros de plus, ou des coûts 8% plus bas, soit 520 millions d’euros d’économies.
En dépit de cet écart, l’analyste ne croit pas «que les investisseurs accueilleraient favorablement qu’un nouveau budget de restructuration soit ajouté au plan de 1,7 milliard d’euros déjà annoncé pour la période 2023-2026». A l’inverse, il mise plutôt sur une «nouvelle rationalisation prudente des coûts, financée par les dépenses opérationnelles habituelles» pour améliorer les perspectives de retours sur capitaux tangibles à long terme.
A lire aussi: Le pari à double tranchant de Slawomir Krupa à la Société Générale
Rachat d’actions plutôt que réduction des coûts
En ce sens, Jason Napier avance trois arguments contre le lancement d’un plan de restructuration supplémentaire.
Il juge d’abord que les précédents efforts de réduction des coûts lancés par la Société Générale ont généré des gains modestes. Il estime à 3,3 milliards d’euros les charges exceptionnelles liées aux plans d’économies réalisés depuis 2017, soit 14% de la capitalisation boursière actuelle de la banque. Pour la seule banque de détail, le montant s’élève à 1,1 milliard d’euros selon UBS. Malgré ces dépenses, «la base de coûts a continué de croître plus rapidement que les revenus», note l’analyste. Il rappelle en outre qu’au moment de l’annonce de la fusion des réseaux Société Générale et Crédit du Nord, la banque prévoyait de diminuer sa base de coûts, qui s’élevait à 5,4 milliards d’euros en 2019, de 450 millions d’euros à horizon 2025. Or, l’analyste, qui reconnaît que la stratégie a pu changer depuis, notamment avec les investissements consentis pour développer BoursoBank, anticipe pour l’an prochain des coûts 700 millions plus élevés qu’en 2019 à périmètre comparable.
Jason Napier considère par ailleurs que la Société Générale ne génère pas suffisamment de trésorerie pour servir un rendement dans la moyenne du secteur à ses actionnaires tout en lançant un nouveau plan de restructuration. Enfin, l’analyste estime qu’il serait plus rentable pour la banque - et pour ses actionnaires - de racheter ses propres actions plutôt que de consacrer une nouvelle enveloppe pour réduire ses coûts.
Autant de recommandations qui n’empêchent pas Jason Napier d’apprécier l’action Société Générale qui est sa préférée parmi les banques françaises et pour laquelle il vise un cours de 33,8 euros, soit 10% au-dessus de son niveau actuel. Qui aime bien, châtie bien.
A lire aussi: La prime de risque sur les banques françaises progresse mais reste loin des dernières crises
Plus d'articles du même thème
-
Byway Capital et Bpifrance prennent une participation minoritaire dans La Tête dans les Nuages
Les deux investisseurs ont injecté 27 millions d’euros dans la société française, spécialisée dans le divertissement indoor et cofondée par un ancien pilote français de Formule 1. -
UniCredit dévoile son jeu pour mettre la pression sur Commerzbank
La banque italienne a présenté ses perspectives pour sa concurrente allemande dans l’hypothèse où elle en prendrait le contrôle. L’offre publique débutera le 5 mai. -
Les banques européennes abordent le choc géopolitique avec un faible ratio de créances douteuses
Malgré les défaillances d’entreprises en hausse un peu partout depuis des mois, les banques détiennent globalement moins de prêts non performants qu’en 2022, notamment issus de l’industrie.
ETF à la Une
UniCredit lance ses premiers ETF en partenariat avec BNP Paribas AM
- HSBC va revoir sa politique de télétravail en France d’ici l’été
- La banque Delubac taille dans ses effectifs pour faire face à des difficultés financières
- TotalEnergies annonce la couleur avant ses résultats trimestriels
- Lunettes connectées : le pari à haut risque d'EssilorLuxottica
- L'entrée en relation bancaire numérique embarrasse les réseaux traditionnels
Contenu de nos partenaires
-
Prix de l’énergie : les mesures d'aides aux entreprises vont se « poursuivre en mai », indique Roland Lescure
Alors que les prix du carburant ont flambé en raison de la guerre au Moyen-Orient, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, indique que Sébastien Lecornu doit faire de nouvelles annonces « en fin de journée » -
Apple : Tim Cook va quitter la direction du groupe début septembre
Tim Cook va passer la main à John Ternus, responsable des produits physiques (de l’iPhone au Mac), début septembre et va devenir président du conseil d’administration de la firme à la pomme -
Immigration: Bruno Retailleau veut mettre l'Espagne « au ban des nations européennes »
Paris - Le candidat de LR à la présidentielle, Bruno Retailleau, veut «mettre à ban des nations européennes» l’Espagne du Premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, après son annonce de régularisation massive de près d’un demi-million de sans-papiers pour soutenir l'économie de son pays. A rebours du durcissement migratoire observé dans une grande partie de l’Europe, l’Espagne a lancé il y a une semaine un vaste plan de régularisation de sans-papiers. «On ne peut pas supporter la régularisation massive telle que M. Sanchez la fait», a affirmé sur LCI le patron des Républicains qui craint que les immigrés qui obtiennent des papiers en Espagne ne traversent ensuite la frontière pour rejoindre la France. Considérant la décision du gouvernement de centre gauche espagnol «contraire à l’esprit européen», il a promis de «rétablir les contrôles aux frontières», assurant que la France était autorisée à adopter ce genre de mesure en cas de «crise». «Je mettrais (l’Espagne) au ban des nations européennes», a ajouté l’ancien ministre de l’Intérieur. Pour imposer cette mesure, le patron de LR compte sur les pays européens qui sont «en majorité» dirigés par la droite. «Heureusement aujourd’hui l’Europe a changé», a-t-il estimé. L’Espagne est l’une des trois principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, avec l’Italie et la Grèce, majoritairement via son archipel des Canaries, au nord-ouest de l’Afrique. © Agence France-Presse