Le réassureur s’apprête à étrenner son troisième directeur général en moins de trois ans, faute d’avoir su préparer la succession de Denis Kessler. Pendant ce temps, ses actionnaires pleurent.
Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L’Agefi.
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Difficile de réussir son entrée et sa sortie. Arrivé comme le messie pour sauver Scor de la faillite il y a vingt ans, Denis Kessler est toujours disposé à quitter la présidence du réassureur au terme de son mandat, en 2024. La succession de cette figure éminente du monde des affaires, qui a fait voter l’an dernier le report à 72 ans de la limite d’âge statutaire, vire pourtant au mauvais feuilleton. Avec le départ de Laurent Rousseau et l’arrivée de Thierry Léger, Scor s’apprête à étrenner un troisième directeur général en moins de trois ans.
Le premier, Benoît Ribadeau-Dumas, avait à peine eu le temps de poser ses valises au siège du groupe, début 2021. La nomination d’un complet néophyte en matière d’assurance faisait craindre l’erreur de casting ; quelques mois plus tard, le groupe remaniait son plan de succession en écartant l’ex-directeur de cabinet d’Edouard Philippe et en promettant de scinder les fonctions du PDG. Laurent Rousseau, entré chez Scor il y a treize ans, présentait d’autres garanties. Apprécié en interne comme auprès de la communauté financière, il n’a pu s’émanciper de la tutelle de son patron. Entre les deux hommes, les relations se seraient rafraîchies à mesure que les difficultés du réassureur s’accroissaient. Le plan de redressement dévoilé en urgence en novembre a cristallisé ces tensions, jusqu’à la rupture.
Bonne réputation
Thierry Léger réussira-t-il à s’imposer ? Issu des rangs de Swiss Re, ce Franco-Suisse jouit d’une excellente réputation dans le marché, à un détail près : il n’a jamais été patron d’une entreprise comparable en taille. Le groupe a beau mettre en avant la rigueur du processus qui a conduit à sa sélection, les investisseurs ont sanctionné cette énième péripétie. Voilà des années en effet que la gouvernance de Scor distille le poison du doute. Tant que les résultats étaient au rendez-vous, les actionnaires pouvaient se satisfaire de la concentration des pouvoirs, et repousser même du bout des lèvres les campagnes activistes comme les injonctions des agences de conseil en vote. Mais sur cinq ans, la perte de valeur boursière atteint 40%, très loin des performances des grands concurrents européens de Scor. L’action vaut moitié moins que le prix de 43 euros auquel Covéa prétendait racheter son compatriote en 2018, avant qu’une épique bataille d’ego et d’avocats ne torpille l’offensive.
L’incapacité du réassureur à stabiliser sa gouvernance conforte, hélas, les partisans d’un modèle anglo-saxon qui prône la séparation systématique des fonctions de PDG et veut qu’un directeur général ne devienne pas président de la même société. Comptable de la situation, le conseil d’administration de Scor, peuplé d’autres grands noms de la place financière de Paris, serait bien inspiré d’assurer les conditions d’un passage de témoin serein. Il n’a que trop tardé.
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