Scor plonge en Bourse après le départ surprise de Laurent Rousseau
Le marché n’aime pas les surprises en termes de gouvernance, bien qu’il soit habitué aux rebondissements chez Scor. Après avoir annoncé jeudi soir le départ impromptu de son directeur général en place depuis moins de deux ans, Laurent Rousseau, remplacé par Thierry Léger à compter du 1er mai 2023, jusqu’ici directeur de la souscription du réassureur suisse Swiss Re, Scor plonge en Bourse. Le titre du groupe de réassurance français abandonnait 7,8% en fin d’après-midi, à 22 euros.
Gain d’un profil expérimenté
Les analystes s’accordent pourtant sur la qualité du profil de Thierry Léger. «Nous considérons la nomination de Thierry Léger au poste de directeur général comme un élément positif pour Scor. Il a une solide expérience chez Swiss Re en matière de résolution de problèmes (….) et son travail plus récent en tant que chef de la souscription, où il a adopté une approche plus pragmatique que certains de ses prédécesseurs pour restaurer la rentabilité, a fait ses preuves», considèrent les analystes de JPMorgan dans une note. Jefferies souligne aussi le profil rassurant de Thierry Léger et Citi met en avant sa «crédibilité significative», rapporte Bloomberg.
Agé de 56 ans, Thierry Léger dispose de la double nationalité franco-suisse. Il a rejoint Swiss Re en 1997, qu’il n’a pas quitté depuis, en provenance du secteur de la construction civile. Il a travaillé sur la réassurance vie et non-vie et, entre 2003 et 2005, a été membre de l’équipe dirigeante en France en tant que responsable de l’équipe de vente. Il devient membre du directoire du groupe en 2010, prend la responsabilité de la réassurance vie et santé du groupe en 2013, et intègre le comité exécutif en 2016 en étant promu directeur général de l’unité commerciale Life Capital (CEO Life Capital). Depuis 2020, il est responsable de la souscription du groupe Swiss Re.
Perte d’un profil légitime
Deux éléments pèsent toutefois sur le cours du titre. D’abord, la démission de Laurent Rousseau, présentée comme un départ «pour poursuivre d’autres opportunités professionnelles», mais qui cache en réalité une mise à l'écart voulu par le président Denis Kessler. Outre la crédibilité dont il jouissait en interne, l’ancien directeur général convainquait aussi les analystes. La démission de Laurent Rousseau est jugée «décevante» par Jefferies. Les analystes d’UBS estiment que le plus dur était derrière le groupe qui entrait dans une nouvelle phase. Après être passé sous14 euros fin octobre 2022, le titre avait rebondi pour clôturer à 23,8 euros jeudi soir.
Scor fait en outre face à une montagne de défis, à commencer par restaurer la profitabilité d’un groupe qui a perdu plus de 500 millions d’euros depuis le début de l’année 2022. Après avoir été dégradé par les agences de notation, le groupe a engagé un plan d’urgence et Thierry Léger devra bâtir un plan stratégique dont il dévoilera les premières lignes lors de l’assemblée générale 2023. «La nomination d’un nouveau directeur général suggère que les efforts pour redresser la performance de Scor ne sont pas suffisants», estiment les analystes de Bloomberg. «Nous pensons que cela prolongera probablement la période de transition pour Scor au-delà de 2023. Mais si les investisseurs reçoivent une orientation claire pour l’entreprise, ils pourraient être disposés à passer outre», préviennent les analystes de JPMorgan. Encore une fois, l’assemblée générale de Scor sera scrutée de près.
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