Les femmes, les jeunes et les financiers semblent les plus exposés à l’IA
Une révolution est par nature imprévisible. Celle de l’intelligence artificielle, si elle a bien lieu, ne fera pas exception et il est impossible de prédire avec précisions ses conséquences sur le marché du travail. Mais un point fait consensus : elles s’annoncent significatives.
Dans ces conditions, mieux vaut les anticiper pour tenter d’en réduire les effets sur les populations les plus vulnérables. C’est ce qu’ont tenté de faire de nombreuses études publiées depuis 2022. Si la plupart mettent en avant les métiers qui apparaissent les plus exposés à une automatisation par l’IA générative type ChatGPT, d’autres insistent sur la dimension genrée de ces professions. Leurs conclusions méritent qu’on s’y attarde car elles sont particulièrement discriminantes.
Dans une recherche de juillet 2023, le cabinet de conseil McKinsey estime ainsi que les femmes ont 1,5 fois plus de risques de devoir changer de postes à cause de l’intelligence artificielle que les hommes. Selon Pew Research, 21% des travailleuses sont menacées contre «seulement» 17% des travailleurs. Une autre étude de la société Revelio Labs spécialisée dans l’analyse de données dans les ressources humaines estime que les 15 métiers les plus exposés à l’IA aux Etats-Unis sont en moyenne occupés à 71% par des femmes.
A lire aussi : L’intelligence artificielle va-t-elle sauver la productivité ?
Des métiers très féminins
En France, la situation semble similaire. En utilisant des données d’une étude réalisée par Antonin Bergeaud, enseignant chercheur à HEC, croisées avec des chiffres de la Sécurité sociale sur la parité en fonction des métiers, il ressort que les dix métiers les plus exposés à l’intelligence artificielle générative sont occupés à environ 64% par des femmes. Ces professions, telles que «technicien de la banque», «agent d’accueil», «télévendeur» ou «comptable», sont celles où la part des tâches est jugée automatisable grâce à l’IA est la plus importante (voir graphique ci-dessous). «Cela ne veut pas dire que ces métiers vont disparaître, car certaines tâches centrales peuvent ne pas être automatisables», précise Antonin Bergeaud. Ils n’en demeurent pas moins exposés et on peut anticiper que si une large part de leurs tâches sont automatisées, le nombre de personnes à les occuper risque de diminuer.
A l’inverse, la part des femmes dans les métiers les moins automatisables, généralement des métiers manuels, tombe à 25%, toujours selon les données d’Antonin Bergeaud, avec des proportions parfois inférieures à 5%, chez les conducteurs routiers ou les ouvriers du BTP par exemple.
La finance exposée
De la liste des professions les plus exposées à l’IA, une autre évidence saute aux yeux. Le secteur de la finance apparaît comme particulièrement concerné. Sur les dix métiers potentiellement très automatisables, six appartiennent à cette industrie. Et toutes les strates hiérarchiques sont affectées, des employés de la banque et des assurances aux cadres en passant par les techniciens. Un constat qui rejoint d’ailleurs d’autres études sur le sujet.
Dans un livre blanc de septembre dernier, le World Economic Forum estime ainsi que les deux secteurs les plus exposés à l’IA sont «les services financiers et marchés de capitaux» et «l’assurance et la gestion de l’épargne retraite». Entre 32% et 37% des tâches seraient automatisables dans ces domaines et de l’ordre de 35% seraient «augmentables», c’est-à-dire améliorables grâce à l’intelligence artificielle, pour un total proche de 70%.
Les jeunes diplômés pas épargnés
Pour finir, Antonin Bergeaud pointe une autre catégorie nettement moins mise en avant par les différentes études sur le sujet et qui pourrait pourtant être particulièrement pénalisée par la montée en puissance de l’IA générative : les jeunes diplômés. La prédiction peut paraître contre-intuitive, car les nouvelles générations sont généralement celles qui sont les plus à l’aise avec les nouvelles technologies.
Malgré cet avantage, le professeur à HEC estime que l’IA pourrait compliquer l’accès des jeunes au marché du travail. Pour une raison simple : avant de monter en compétence, les stagiaires, alternants ou autres débutants commencent généralement par des tâches simples et répétitives. Des tâches qui, demain, seront peut-être effectuées par ChatGPT ou un de ses avatars du futur.
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