Les caisses régionales resserrent leur emprise sur Crédit Agricole SA
Transfert massif de risques vers les caisses régionales, en attendant peut-être celui des compétences de l’organe central… 2013 n’a pas seulement marqué un début de retour à la normale pour Crédit Agricole SA (CASA). Il a aussi confirmé le mouvement de bascule du pouvoir au sein de la banque verte, du véhicule coté vers ses actionnaires majoritaires.
Le mécanisme Switch 2 en est l’illustration. Après avoir transféré aux caisses régionales les encours pondérés correspondant aux certificats coopératifs qui lui permettent de remonter 25% des profits du réseau, CASA en a fait de même avec le risque attaché à ses participations dans l’assurance. Le véhicule coté a allégé son bilan de 34 milliards d’euros, tandis que les caisses régionales lui ont consenti un dépôt en cash censé le prémunir contre une baisse de la valeur de ses parts dans Predica et Pacifica. Au 2 janvier, ce mécanisme permettait à CASA d’afficher un ratio common equity tier one sous Bâle 3 de 8,3%.
Le soutien des caisses régionales a un prix: 9,34%, la rémunération qu’elles touchent sur leur dépôt de garantie. C’est plus, par exemple, que le coupon de 7,875% servi en janvier par le véhicule coté sur son émission de capital contingent AT1. En comptant le premier Switch, le dépôt de garantie des caisses se monte à 8,1 milliards d’euros. Pour CASA, cela représente une charge brute de 750 millions d’euros, fiscalement déductible, qui s’impute sur le produit net bancaire.
«C’est un coût assumé par l’actionnaire minoritaire. Au 1er janvier, Crédit Agricole SA part avec un déficit de 750 millions de revenus à combler», relève un bon connaisseur du groupe. L’option a été préférée à une nouvelle augmentation de capital dilutive, moins favorable aux caisses régionales. D’autant que celles-ci ont été privées de dividendes en 2013, et toucheront leur part pour 2014 (492 millions d’euros) en titres.
Ces mécanismes compliquent au passage la lecture des performances de CASA. Ce qui a encore valu en début d’année au Crédit Agricole une polémique sur sa solidité financière, alimentée par une étude de l’OCDE qui confondait la solvabilité du groupe et celle du véhicule coté. Cette structure complexe est de surcroît redevenue unique en Europe, depuis que BPCE et Natixis ont décidé début 2013 de simplifier leurs liens capitalistiques. Les réflexions en cours sur la gouvernance de la banque verte tiennent aussi compte de ce contexte.
Plus d'articles du même thème
-
Boeing n’a pas surmonté tous ses obstacles dans l’aviation civile
S’il a réduit son endettement net à fin septembre, le groupe aéronautique peine toujours à augmenter le rythme de production de ses appareils monocouloirs 737 Max. -
Les salariés des caisses régionales du Crédit Agricole obtiennent près de 2,2% d’augmentation
Dans le sillage de la hausse collective accordée par BNP Paribas à la plupart de ses salariés, les banques régionales de la banque verte se montrent nettement plus généreuses que l’an dernier. -
Dans la tech, la dette ne s'envole pas chez tout le monde
Alors que la course à l’intelligence artificielle fait rage, la plupart des géants de la tech empruntent comme jamais dans leur histoire pour financer des investissements mirobolants. Par choix ou grâce à leur modèle, certains se montrent toutefois moins dispendieux.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Le taux souverain français dépasse 5%
- Les banques françaises restent très dépendantes de leur marché domestique
- Les autorités françaises publient leurs propositions sur le règlement européen MiCA
- La croissance d'Hermès ralentit et son titre plonge
Contenu de nos partenaires
-
Tout est pardonnéIran : les puissances régionales se débrouillent sans Donald Trump
De hauts représentants de l'Arabie saoudite, du Pakistan et de la Turquie se sont rendus ensemble à Téhéran pour dialoguer directement et ouvertement avec le régime iranien -
MitigéFrance 2030 : trop de subventions, pas assez de stratégie d'après la Cour des comptes
Les magistrats de la rue Cambon saluent la rapidité d'exécution du plan massif d'investissement en cours de déploiement, mais soulignent aussi ses défauts stratégiques -
Mauvais endroit, mauvais momentLoi casseurs-payeurs : la fin de l'impunité ?
Responsabilité collective, sanctions sur les prestations sociales, contrôle des contenus en ligne : la loi, examinée au Sénat, promet fermeté et autorité. Mais elle bouscule aussi la liberté de manifester