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Accalmie géopolitique : pourquoi les métaux stratégiques restent sous pression

J. Safra Sarasin
Ormuz rouvre, mais le déficit d’aluminium et les goulets d’extraction persistent. Quel impact sur les portefeuilles
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Les métaux sont au cœur de notre économie et reflètent les enjeux cruciaux de sécurité et de souveraineté nationale. Leur offre, actuellement sous contrainte, se heurte à une demande structurelle poussée par la diversification du mix énergétique, les progrès technologiques et les besoins croissants du secteur de la défense.

L’effort de guerre sature les ressources

L’impact des conflits modernes illustre parfaitement cette pression. Lors des 96 premières heures du conflit avec l’Iran, 5 197 munitions ont été déployées, pour un coût de remplacement total estimé entre 10 et 16 milliards de dollars. De plus, 943 intercepteurs Patriot PAC-3 ont été tirés. Ces missiles nécessitent du cuivre et autres minerais, créant une vulnérabilité matérielle illustrée par le gallium : un seul radar AN/FPS-132 détruit au Qatar renferme 75 kg de ce métal dans ses modules. Cette contrainte survient dans un contexte géostratégique bouleversé par un réarmement massif. L’Europe vise désormais une production d’un million d’obus d’artillerie par an, contre 300 000 précédemment, tandis que le Japon reconstruit sa capacité offensive pour la première fois depuis 1945.

Chocs d’offre et ruptures logistiques

Sur les marchés de matières premières, les perturbations s’accumulent. Le marché mondial de l’aluminium risque de subir cette année un déficit d’approvisionnement pouvant atteindre 4 millions de tonnes. Cette situation est aggravée par l’arrêt de la production au sein des sites de QatarEnergy suite à des frappes sur ses sites industriels, suivi d’une récente explosion accidentelle sur le complexe de Ras Laffan. Cette disruption a propulsé les cours de l’aluminium à de nouveaux sommets et accru les craintes de pénuries physiques régionales face aux incertitudes persistantes, poussant les industriels à sécuriser d’urgence leurs inventaires.

En outre, une autre pénurie sévère se dessine sur le soufre et son dérivé, l’acide sulfurique. La fermeture du détroit d’Ormuz a bloqué 40 % des exportations mondiales de produits soufrés. La Chine, deuxième exportateur mondial, a décidé de restreindre ses exportations afin de protéger son marché domestique.

Cette double rupture d’approvisionnement menace directement les grands producteurs de métaux comme le Chili, l’Indonésie et le Congo. Ces pays dépendent de ces flux pour leurs procédés de raffinage de cuivre, de nickel ou de cobalt. Sans accès à cet acide, la chaîne d’approvisionnement mondiale risque de se rompre, non par manque de minerai, mais par l’impossibilité technique et économique de le traiter.

Les limites physiques de l’extraction minière

L’extraction de l’ensemble des minerais se heurte à des réalités matérielles et à des contraintes minières. Plusieurs événements majeurs ont perturbé la production de cuivre en 2025. La mine de Cobre Panama a été fermée en raison de préoccupations politiques, environnementales et de l’opposition des communautés autochtones. La mine indonésienne de Grasberg a été temporairement mise à l’arrêt à la suite d’une coulée de boue qui a fait une cinquantaine de morts en octobre 2025.

Le lancement de nouveaux projets s’avère extrêmement long. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), il faut aujourd’hui en moyenne 17 ans pour ouvrir une mine dans le monde, et 29 ans aux États-Unis. L’AIE estime également que l’offre actuelle ne permettra de satisfaire que 70% de la demande de cuivre d’ici 2035.

Le monopole de la métallurgie : l’atout de Pékin

Le véritable goulet d’étranglement ne se situe pas au niveau de l’exploitation minière, mais de la métallurgie. La stratégie de la Chine vise à verrouiller l’ensemble de la chaîne de valeur des minerais, de l’extraction aux produits finis. Le pays contrôle actuellement 70% de la métallurgie au niveau mondial, produit 60% des minerais de terres rares, 85% des oxydes et 90% des métaux et des aimants permanents. Si la Chine n’extrait pas de cobalt, elle raffine 70% du cobalt mondial.

Cette domination résulte d’une stratégie industrielle cohérente amorcée dans les années 2000 avec une intégration verticale de la chaîne de valeur. Il en résulte une concentration de l’offre qui confère à Pékin un puissant levier stratégique, comme le montre son recours à des restrictions à l’exportation de minerais et de technologies d’extraction lors de phases de tensions commerciales. En 2022, les États-Unis ont restreint les exportations de GPU vers la Chine, invoquant des raisons de sécurité nationale, Pékin a riposté en limitant les exportations de gallium et de germanium.

Une demande structurelle insatiable

Du côté de la demande, la transition énergétique, reposant sur le photovoltaïque, l’éolien et le véhicule électrique, augmente le besoin en métaux notamment pour le raccordement des réseaux électriques.

En parallèle, l’IA repose sur des centres de données qui abritent des serveurs afin de collecter, stocker et traiter d’immenses volumes de données. Ces infrastructures géantes nécessitent une infrastructure étendue et une puissance électrique de haute capacité.

Selon l’AIE, chaque mégawatt de puissance installée requiert en moyenne 27 à 33 tonnes de cuivre. À titre d’exemple, la construction du centre de données de Microsoft à Chicago a nécessité 2 177 tonnes de cuivre. Dans ce sillage, certains métaux, tels que l’étain, utilisé dans les soudures des semi-conducteurs, connaissent également une forte accélération de leur demande.

Perspectives pour les investisseurs

En conclusion, les prix des métaux devraient rester sur une trajectoire haussière, portés par une offre limitée et une augmentation structurelle de la demande. À court terme, cependant, leurs cours peuvent fluctuer de manière significative ce qui profite aux stratégies offrant une exposition diversifiée aux matières premières.

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