Le dangereux cadeau de l’administration Trump à ses banques
En relâchant les contraintes en capital des banques américaines et en déviant du cadre international de Bâle 3, les Etats-Unis choisissent le laxisme au pire moment. L’Europe devra en tenir compte.
Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L'Agefi
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Si l’administration Trump fait preuve de la même clairvoyance en matière financière qu’en attaquant l’Iran, alors on peut s’inquiéter de l’effet des réformes annoncées à Washington. Les autorités américaines ont présenté le 19 mars leur nouveau cadre prudentiel pour le secteur bancaire, qui transpose les règles internationales de Bâle 3 adoptées en 2017. Un seul responsable a voté contre : Michael Barr. L’ancien vice-président de la Réserve fédérale a jugé cette réforme « ni nécessaire, ni sage ». Difficile de lui donner tort.
La première mouture du texte, dévoilée lors du mandat de Joe Biden, avait suscité une levée de boucliers de l’industrie. Cette version de près de 2.000 pages (!), revue et corrigée sous la pression des lobbies, allégera les exigences en capital des géants de Wall Street, et plus encore, celles des banques de taille moyenne. L’objectif affiché est de favoriser le financement de l’économie des Etats-Unis, qui ne semble pourtant pas sevrée de crédit. La réduction des contraintes en capital des banques encouragera plus sûrement ces dernières à accroître leur détention de Treasuries, sujet essentiel pour les finances publiques du pays, et à rémunérer davantage leurs actionnaires.
En termes de calendrier, le signal envoyé est lamentable. D’abord parce que nous commémorons, à quelques jours près, les trois ans de la faillite de Silicon Valley Bank. L’effondrement de SVB, qui avait entraîné un début de panique parmi les banques régionales américaines, résultait directement de l’approche permissive du premier mandat de Donald Trump.
A contre-courant
Ensuite, parce qu’un nuage est apparu depuis quelques mois à l’horizon, l’essor de la dette privée et son degré d’interconnexion, encore opaque, avec les banques traditionnelles. On pourrait arguer que les réglementations adoptées après la chute de Lehman Brothers ont encouragé le développement de la finance de l’ombre, ou que les superviseurs sont toujours en retard d’une crise. Mais certainement pas en conclure qu’il faut abaisser les garde-fous, au moment même où la qualité des actifs et le niveau de levier du système financier suscitent des doutes croissants.
L’Amérique n’a pas seulement décidé de favoriser ses banques, elle dévie aussi d’un cadre international qu’elle avait largement contribué à façonner. Le cas de l’output floor est édifiant. Les Etats-Unis ont poussé à intégrer ce plancher dans le calcul des risques, d’où un besoin accru en fonds propres pour les établissements de crédit européens et notamment français ; ils l’abandonnent désormais pour eux-mêmes, au mépris de l’équité concurrentielle.
L’Europe devra en tirer les conséquences. Déjà reportée à l’an prochain, la mise en œuvre du dispositif FRTB dans les activités de trading n’a plus lieu d’être si Wall Street s’en exonère. Il ne s’agit pas d’engager une course au moins-disant réglementaire, passage assuré vers la prochaine crise financière, mais de gommer les excès de zèle dont le Vieux continent est coutumier.
Alors que le marché américain a connu une libéralisation précoce, l’Union européenne a mis en place un arsenal réglementaire destiné à mieux protéger les voyageurs.
Les décisions politiques augmentent les risques sur l’inflation et les taux courts. La croissance de l’IA et la défiance générale, synonyme de prime de terme, se retrouvent dans les anticipations sur les taux longs. Résultat, l’administration Trump paraît loin de pouvoir tenir ses promesses sur le niveau des taux.
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