Le dangereux cadeau de l’administration Trump à ses banques
Si l’administration Trump fait preuve de la même clairvoyance en matière financière qu’en attaquant l’Iran, alors on peut s’inquiéter de l’effet des réformes annoncées à Washington. Les autorités américaines ont présenté le 19 mars leur nouveau cadre prudentiel pour le secteur bancaire, qui transpose les règles internationales de Bâle 3 adoptées en 2017. Un seul responsable a voté contre : Michael Barr. L’ancien vice-président de la Réserve fédérale a jugé cette réforme « ni nécessaire, ni sage ». Difficile de lui donner tort.
La première mouture du texte, dévoilée lors du mandat de Joe Biden, avait suscité une levée de boucliers de l’industrie. Cette version de près de 2.000 pages (!), revue et corrigée sous la pression des lobbies, allégera les exigences en capital des géants de Wall Street, et plus encore, celles des banques de taille moyenne. L’objectif affiché est de favoriser le financement de l’économie des Etats-Unis, qui ne semble pourtant pas sevrée de crédit. La réduction des contraintes en capital des banques encouragera plus sûrement ces dernières à accroître leur détention de Treasuries, sujet essentiel pour les finances publiques du pays, et à rémunérer davantage leurs actionnaires.
En termes de calendrier, le signal envoyé est lamentable. D’abord parce que nous commémorons, à quelques jours près, les trois ans de la faillite de Silicon Valley Bank. L’effondrement de SVB, qui avait entraîné un début de panique parmi les banques régionales américaines, résultait directement de l’approche permissive du premier mandat de Donald Trump.
A contre-courant
Ensuite, parce qu’un nuage est apparu depuis quelques mois à l’horizon, l’essor de la dette privée et son degré d’interconnexion, encore opaque, avec les banques traditionnelles. On pourrait arguer que les réglementations adoptées après la chute de Lehman Brothers ont encouragé le développement de la finance de l’ombre, ou que les superviseurs sont toujours en retard d’une crise. Mais certainement pas en conclure qu’il faut abaisser les garde-fous, au moment même où la qualité des actifs et le niveau de levier du système financier suscitent des doutes croissants.
L’Amérique n’a pas seulement décidé de favoriser ses banques, elle dévie aussi d’un cadre international qu’elle avait largement contribué à façonner. Le cas de l’output floor est édifiant. Les Etats-Unis ont poussé à intégrer ce plancher dans le calcul des risques, d’où un besoin accru en fonds propres pour les établissements de crédit européens et notamment français ; ils l’abandonnent désormais pour eux-mêmes, au mépris de l’équité concurrentielle.
L’Europe devra en tirer les conséquences. Déjà reportée à l’an prochain, la mise en œuvre du dispositif FRTB dans les activités de trading n’a plus lieu d’être si Wall Street s’en exonère. Il ne s’agit pas d’engager une course au moins-disant réglementaire, passage assuré vers la prochaine crise financière, mais de gommer les excès de zèle dont le Vieux continent est coutumier.
A lire aussi : L'exposition des banques au crédit privé reste une boîte noire
Plus d'articles du même thème
-
Les données personnelles des actionnaires ne doivent pas être rendues publiques
Saisie par la Lettonie, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) vient de préciser les limites de la transparence que peut exiger un Etat de l’Union. -
Les gérants redoutent un changement d'allocation du fonds de pension japonais
Le GPIF, fonds de pension public des Japonais, se décidera-t-il à changer l'allocation de son portefeuille de 2.000 milliards de dollars ? Le gouvernement nippon, dont l’ingérence dans la stratégie d’investissement de l’institution indépendante pose question, le souhaite. Une telle modification pourrait bien rebattre les cartes pour les gestionnaires de fonds internationaux. -
Hugging Face et Pasqal ravivent les regrets de la French Tech
Le rachat par Nvidia de la plateforme open source d'IA, officialisé le 3 septembre, et l'introduction en Bourse de Pasqal, aux Etats-Unis, illustrent à nouveau le retard de l'Europe vis-à-vis des Etats-Unis en matière de financement de l'innovation.
ETF à la Une
Les ETF mondiaux continuent de faire le plein, l’or et le bitcoin accélèrent en août
- Generali France rejoint le club des assurbanques
- Qonto fait le ménage dans ses comptes clients en pleine demande de licence bancaire
- Swift accorde un répit aux banques sur les adresses structurées
- Le pétrole bondit de plus de 3% après l’attaque américaine contre l’île de Larak
- La trajectoire de la dette française finira par peser lourd
Contenu de nos partenaires
-
Frontières linguistiquesRetailleau charge l'Etat de droit, Attal et Philippe temporisent
Malgré leur opposition nette aux propositions de leur concurrent de droite, les deux ex-Premiers ministres se sont abstenus de dénoncer la radicalité du projet du président de LR. Ce dernier a redit qu'il n'entendait pas s'effacer derrière ceux qu'il considère comme les héritiers du macronisme -
Budget, « loi intégrale », police… L’Assemblée ne siègera pas en septembre : ce que ça change
Le gouvernement a renoncé à convoquer une session extraordinaire fin septembre, ce qui réduit le nombre de textes pouvant être présentés en plein débat budgétaire. -
C'est du lourd !Quand les banques centrales mettent leur or à l’abri
Achat d'or ou rapatriement de stocks de lingots logés dans des pays étrangers, le précieux métal est devenu un outil d'autonomie stratégique