L’AMF s’inquiète de l’attrition de la cote parisienne
A l’occasion de ses vœux à la presse, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a dévoilé hier ses cinq priorités pour 2020. Avec en tête, le renforcement de l’attractivité des marchés financiers. Un défi, alors que l’an dernier a été marqué par une hausse remarquable de la Bourse (+30% pour le CAC 40 en dividende réinvesti), mais avec un flux net annuel négatif d’actions cotées en zone euro. Du jamais vu en trente ans.
Le régulateur s’inquiète ainsi de l’attrition de la cote parisienne et assure qu’il poursuivra ses actions pour faciliter l’accès des PME/ETI aux marchés de capitaux, en les aidant à faire face à leurs obligations réglementaires. La qualité du dialogue actionnarial constitue un objectif prioritaire de l’AMF pour 2020. L’autorité publiera avant la fin mars ses propositions dans le cadre de l’actuel débat de Place sur l’activisme actionnarial. Certaines propositions émises par les rapports Woerth, du Club des juristes et de l’Afep «seront sans doute reprises par le Collège de l’AMF», anticipe Robert Ophèle, le président de l’AMF, constatant une agressivité croissante des moyens de communication des activistes.
Vers une meilleure supervision de la gestion d’actifs
Autre priorité de l’AMF : améliorer la régulation et la supervision de la gestion d’actifs au niveau européen. Notamment en renforçant les dispositifs de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
2020 est aussi l’année de préparation de l’après-Brexit. L’AMF a déjà accordé 22 agréments à des entreprises d’investissement et 20 agréments à des sociétés de gestion de portefeuille, sans compter le renforcement de succursales françaises de groupes européens. Au total, plus de 1.500 personnes arriveront cette année dans le cadre du Brexit. Cette sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne «doit nous conduire à revisiter notre propre régulation financière pour rendre notre système financier plus efficace », précise Robert Ophèle.
Le régulateur veut également accompagner de près la transition vers la finance durable. «Il ne faut pas la rater […] et il faut une approche européenne», explique le président de l’AMF. En particulier, en définissant un cadre plus robuste pour la qualité et la comparabilité de l’information extra-financière des sociétés cotées ; et en proposant – par exemple – des standards minimums au niveau européen pour les approches ESG dans la gestion d’actifs. L’AMF veillera notamment à encourager les bonnes pratiques en faveur d’une finance durable tout en prévenant les risques de greenwashing.
Un budget toujours insuffisant
Enfin, l’AMF promeut la compétitivité des places européennes dans le numérique, en soutenant la construction d’un cadre européen favorable à l’innovation financière, tout en intensifiant la lutte contre les escroqueries financières.
Tous ces objectifs seront mis en œuvre dans un contexte d’accélération de la transformation de l’AMF, avec notamment davantage de digitalisation. L’autorité promet d’accélérer le traitement des sanctions et de réduire les délais moyens – sans donner d’objectifs – actuellement de 44 mois entre l’ouverture de l’enquête et le prononcé de la sanction, et de 30 mois pour les contrôles. Robert Ophèle en profite pour se féliciter d’une année 2019 riche en répression, avec 19 décisions de sanctions pour un total de 32,3 millions d’euros d’amende, six avertissements, quatre blâmes et une interdiction d’exercice pendant cinq ans ; et avec sept compositions administratives (accords de transaction) pour un montant global de 1,4 million d’euros.
Si le budget de l’AMF a été augmenté de 6 millions d’euros en 2018, puis de 2,5 millions en 2019 et en 2020, «cela reste très insuffisant» pour Robert Ophèle, rappelant que le régulateur français, doté de moyens «très inférieurs» à ceux de ses pairs européens, n’est pas à l’équilibre. Ce qui devra être corrigé dans la prochaine loi de finances, prévient le président de l’AMF.
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