La Société Générale poursuit son opération rédemption
Si un banquier peut incarner la notion de résilience, c’est bien Frédéric Oudéa. Peu de patrons peuvent se targuer d’une telle longévité à leur poste dans le secteur bancaire. Depuis qu’il a pris la barre de la Société Générale en mai 2008, en pleine affaire Kerviel, le dirigeant a essuyé bien des tempêtes, mais a toujours su manœuvrer pour parvenir à bon port.
Il y a un an, la banque rouge et noir annonçait une perte pour 2020, au terme d’une année terrible qui avait vu les investisseurs fuir l’action Société Générale, et son directeur général remanier pour la énième fois sa garde rapprochée. Ce 10 février, le groupe a publié un résultat net de plus de 5,6 milliards d’euros au titre de l’exercice écoulé, le meilleur de son histoire. L’action a gagné 3,2% à 36,8 euros. Près d’un tiers des profits ont été engrangés au quatrième trimestre, qui a largement dépassé les attentes du consensus des analystes.
Entre-temps, la Société Générale a annoncé la plus grande acquisition de son histoire, celle du néerlandais LeasePlan au travers sa filiale de location de flottes automobiles, ALD, pour 4,9 milliards d’euros. Elle a aussi mené de fronts deux importants chantiers : le rééquilibrage de ses activités de banque d’investissement (GBIS) pour rendre ses résultats moins volatils, et le rapprochement, en cours, des réseaux Société Générale et Crédit du Nord en France. « Le retournement de la banque d’investissement est en bonne voie et les revenus de la banque de détail en France ont aussi surpris positivement avec une hausse de 5% sur un an » apprécie Delphine Lee, chez JPMorgan.
Puissance retrouvée dans les marchés actions
Sur les marchés, en particulier, la Société Générale a regagné l’an dernier son sceptre dans les métiers actions. Elle a engrangé 3,15 milliards d’euros de revenus en 2021 dans cette activité, soit 2,5 fois plus qu’en 2020, lorsque le krach boursier et les suppressions de dividendes liées au Covid avaient fait de sa force historique dans les produits structurés une source de pertes. La progression atteint 26% par rapport à 2019. Reste à distinguer ce qui relève des efforts entrepris depuis dix-huit mois et d’un contexte de marché euphorique. Slawomir Krupa, directeur général adjoint en charge du pôle GBIS, a admis jeudi lors d’une conférence avec les analystes que le niveau d’activité devrait revenir à la normale en 2022.
Dans la banque de détail en France, dont le résultat net a été multiplié par 2,2 à 1,5 milliard, le meilleur reste en théorie à venir. La fusion des réseaux Crédit du Nord et Société Générale doit procurer 350 millions d’euros d’économies en 2024, et 450 millions à partir de 2025, moyennant des coûts de restructuration de 500 à 600 millions à comptabiliser cette année et l’an prochain. Au terme d’une longue négociation, la banque vient de soumettre aux syndicats un projet d’accord sur l’accompagnement des départs volontaires, alors que 3.700 suppressions nettes de postes sont prévues d’ici à 2025. Ce big bang industriel, qui passera par une migration informatique au premier semestre 2023, ne va cependant pas sans risques.
Boursorama, des pertes aux profits
Le groupe espère aussi tirer un jour les dividendes du développement de Boursorama. Sa banque en ligne a franchi le cap des 3,3 millions de clients l’an dernier, et entend récupérer ceux d’ING en France pour l’aider à atteindre les 4 millions en 2022. Cette croissance se fait pour le moment à perte, en raison de frais de marketing élevés. Sans Boursorama, la rentabilité sous-jacente de la banque de détail en France atteint 14,4% en 2021 ; avec Boursorama, elle tombe à 13,1%. Une simple règle de trois fait apparaître une perte nette supérieure à 140 millions d’euros pour la banque en ligne, un montant que la Société Générale ne communique pas mais ne dément pas.
Il faudra donc confirmer en 2022 les promesses des derniers mois. Si le cours de l’action Société Générale a plus que triplé depuis le plancher de 10,90 euros touché fin septembre 2020, le chemin de la rédemption boursière est encore escarpé. La banque se paie 0,6 fois son actif net tangible en Bourse, moins que BNP Paribas et Crédit Agricole SA. Jeudi, Frédéric Oudéa a promis de dévoiler de nouveaux objectifs financiers à moyen terme le 5 mai, lors de la publication des résultats du premier trimestre. Pour le dirigeant âgé de 58 ans, ce sera aussi l’occasion de se projeter au-delà de l’échéance de son mandat, qui court jusqu’à l’assemblée générale de 2023.
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