La Russie a coûté plus de 8 milliards d’euros aux banques européennes
Cesser toute activité en Russie peut s’avérer très coûteux… tout comme y rester. L’invasion de l’Ukraine lancée le 24 février par Vladimir Poutine a placé les banques européennes face à un choix cornélien. Elle les a également contraintes à payer les pots cassés des conséquences économiques de la crise sur le financement et le crédit. D’après un décompte réalisé par L’Agefi sur 13 établissements, le conflit dans l’est du continent a déjà coûté 8,66 milliards d’euros aux banques européennes.
Un chiffre qui inclut les provisions passées dans les comptes du premier trimestre en vue de couvrir les pertes de crédits, mais aussi les dépréciations d’actifs sur les activités russes et ukrainiennes.
Dans le détail, c’est la Société Générale qui a payé le plus lourd tribut en ce début d’année. La banque de la Défense, qui avait fait le pari historique de l’Europe de l’Est, a passé une provision de 364 millions d’euros au premier trimestre : 228 millions d’euros liés à son exposition offshore à des contreparties russes et une charge nette de 136 millions d’euros sur sa filiale Rosbank, qu’elle s’apprête à céder à Interros Capital, le groupe détenu par l’oligarque Vladimir Potanine.
Cette cession, a-t-elle prévenu, lui coûtera 3,1 milliards d’euros – 2 milliards de dépréciation sur la valeur nette comptable de l’actif et 1,1 milliard d’euros d’élément exceptionnel non cash. Un impact qui se traduira dans les comptes du deuxième trimestre et qui pourrait «légèrement fluctuer», a prévenu la directrice financière du groupe, Claire Dumas, lors de l’annonce des résultats, le montant ayant été calculé sur le bilan de Rosbank à fin décembre 2021. Au total, c’est donc près de 3,5 milliards d’euros que la crise russe va coûter à la Société Générale en ce début d’année.
La banque de la Défense est exposée à hauteur de 18,6 milliards d’euros à la Russie, avait-elle indiqué en début d’année, dont 3,2 milliards d’euros provenant d’expositions offshore dans le cadre des activités de financement de la banque de grande clientèle et solutions investisseurs (CIB). Les 15 milliards restants sont dus à ses actifs en Russie et seront déconsolidés après leur cession.
Vient ensuite la deuxième banque italienne, UniCredit, qui a passé une provision de 1,28 milliard d’euros. Ce bilan provisoire à mi mai-n’inclut pas de futures dépréciations d’actifs. Le groupe, qui cherche toujours un repreneur pour sa filiale russe, qui emploie près de 4.000 personnes et compte 1.500 clients corporate, a prévenu que le scénario extrême pourrait lui coûter jusqu’à 7,5 milliards d’euros. Il aurait, selon le Financial Times, décliné l’offre de l’oligarque Vladimir Potanine et réfléchirait à un échange d’actifs avec des institutions financières russes. Au total, son exposition s’élève à 12,6 milliards d’euros.
ING n’est pas en reste, avec une provision de 834 millions d’euros. La néerlandaise reste exposée à hauteur de 6,7 milliards d’euros, dont 5,3 milliards de prêts accordés à des clients russes ou basés en Russie, le reste étant dû à des effets de change.
Onéreux ancrages à l’Est
Autre groupe italien exposé via ses filiales Banca Intesa Russia et Pravex Bank en Ukraine, Intesa Sanpaolo a pris une provision de 800 millions d’euros. Son exposition s’élevait au total à 5 milliards d’euros avant l’arrêté des comptes du premier trimestre.
Pour le Crédit Agricole, la facture s’est élevée ce trimestre à 600 millions d’euros : 195 millions portant sur le capital de sa filiale ukrainienne, 20 millions sur des créances dans ce pays et 389 millions sur ses créances en Russie. La banque mutualiste conserve, à ce jour, une exposition résiduelle de 4,4 milliards d’euros – 700 millions d’euros «onshore», c’est-à-dire au bilan de sa structure russe, et 3,6 milliards d’euros «offshore».
Le conflit a coûté 464 millions d’euros (incluant les provisions et les dépréciations d’actifs) à l’allemande Commerzbank. Cette dernière affirme toutefois qu’elle n’a pas l’intention de céder sa filiale russe Eurasija, qui emploie près de 140 personnes. Son exposition totale au pays de Vladimir Poutine se chiffre à 1,9 milliard d’euros.
Banque européenne la plus exposée au conflit russo-ukrainien, à hauteur de 22,9 milliards d’euros d’après S&P Global Rating Intelligence, Raiffeisen n’a passé qu’une provision de 316 millions d’euros liée à la guerre au premier trimestre. La facture pourrait toutefois s’alourdir pour l’autrichienne, qui étudie ses options quant à une sortie de Russie.
D’après les données disponibles à ce jour, l’exposition de Credit Suisse serait limitée à 850 millions de francs suisses. Le fleuron de la banque privée a davantage payé ses nombreux litiges judiciaires au premier trimestre que les conséquences de la guerre en Ukraine : sa provision s’est bornée à 200 millions de francs. HSBC a passé une provision de 250 millions d’euros ce trimestre. Quant à BNP Paribas, elle traverse ce début d’année presque indemne. La banque française a enregistré une dépréciation de 159 millions d’euros sur sa filiale ukrainienne, mais n’a passé aucune provision liée à son exposition aux deux pays de l’Est. Cette dernière est limitée, à 1,3 milliard d’euros en Russie (bilan et hors bilan) et 559 millions pour l’Ukraine.
Le conflit s’est également avéré moins coûteux pour Deutsche Bank, qui a passé une provision de 100 millions d’euros au premier trimestre. Son exposition brute totale s’élève à 1,4 milliard d’euros, soit 0,3% de son portefeuille de crédits.
UBS a passé, de son côté, une provision de 100 millions d’euros et réduit à 400 millions à la fin mars ses expositions. BPCE ferme la marche, avec une provision de 69 millions d’euros passée par sa banque de grande clientèle Natixis, liée à ses contreparties russes et ukrainiennes. L’exposition du groupe français à l’Est de l’Europe est limitée à 808 millions d’euros au 31 mars 2022, dont 770 millions d’euros pour la Russie.
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