La Société Générale met fin à sa coûteuse aventure en Russie
En acquérant Rosbank en 2007, la banque de la Défense avait parié sur le développement du marché russe. La guerre en Ukraine l’a finalement poussée à se délester de sa filiale.
Publié le
Aurélie Abadie
La Société Générale estime avoir échappé au pire avec cette sortie qu’elle qualifie d’ordonnée.
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Clap de fin pour la Société Générale en Russie. Contrairement à ses concurrents hexagonaux, le groupe avait fait le pari de la banque de détail dans le pays de Vladimir Poutine, en prenant le contrôle de Rosbank en 2007. Une acquisition à 2,7 milliards de dollars qui devait permettre à la Société Générale d’exploiter le potentiel de ce «marché bancaire en forte croissance», croyait à l’époque son PDG Daniel Bouton. La guerre en Ukraine aura finalement eu raison de cette stratégie.
Lundi 11 avril, la Société Générale a annoncé avoir cédé Rosbank ainsi que ses activités d’assurance en Russie à Interros Capital, le fonds de l’oligarche Vladimir Potanine, réputé proche de Vladimir Poutine. Un retour à l’envoyeur puisque c’est auprès de ce même fonds que la banque de la Défense avait fait l’acquisition de Rosbank. Le montant de la transaction n’a pas été divulgué par les deux parties. La Société Générale précise avoir obtenu le remboursement de la dette subordonnée accordée à sa filiale.
Eviter le scénario noir
L’opération devrait tout de même lui coûter 3,1 milliards d’euros, dont 2 milliards dus à la dépréciation de la valeur nette comptable des activités cédées. L’impact sur son ratio de capital est limité à 20 points de base, tandis que le scénario «extrême» d’une nationalisation de Rosbank aurait pu lui coûter 50 points de base, avait-elle averti le 3 mars.
La banque de la Défense estime donc avoir échappé au pire. Cette sortie qu’elle qualifie d’«ordonnée» ne viendra perturber ni sa politique de distribution, avec un dividende confirmé de 1,65 euro par action, ni son programme de rachat d’actions annoncé pour un montant de 915 millions d’euros. Les actionnaires devraient accueillir cette cession «avec soulagement», jugent les analystes, tant sa présence en Russie était considérée comme une épine dans le pied du groupe bancaire. Au plus fort de l’agitation sur les marchés suite à l’annonce de la guerre en Ukraine, son titre avait dévissé en Bourse de plus de 50%.
Une filiale difficilement rentable
Depuis une décennie déjà, les actionnaires de la Société Générale se montraient sceptiques sur l’intérêt de conserver ses activités russes, étant donné l’ampleur du risque géopolitique. En 2014, l’annexion de la Crimée par Vladimir Poutine avait constitué un premier signal d’alarme. La Société Générale avait été contrainte de passer une dépréciation d’écart d’acquisition (goodwill) de 525 millions d’euros dans ses comptes du premier trimestre, alors même qu’elle venait d’augmenter sa part au capital de Rosbank. Elle avait pourtant choisi de réaffirmer sa stratégie en Russie, avec un plan à trois ans qui devait lui permettre d’«atteindre en 2016 une rentabilité satisfaisante dans un scénario d’apaisement progressif des tensions».
A force d’efforts de restructuration, la banque de la Défense avait, en effet, fini par redresser les comptes de sa filiale. Cette dernière avait dégagé son premier bénéfice en 2016, à 8 millions d’euros. En 2021, Rosbank a dégagé un produit net bancaire (PNB) de 643 millions d’euros. Le résultat net part du groupe des activités russes a atteint 152 millions d’euros, soit 2,7% du résultat net de la Société Générale.
La Société Générale n’est pas encore totalement sortie du bourbier russe. Elle conserve une exposition de 3,2 milliards d’euros dans le pays via les activités «offshore» de sa banque de financement et d’investissement (CIB), dont 2,6 milliards pèsent directement sur son bilan. Devant les analystes de Morgan Stanley, son PDG Frédéric Oudéa s’est toutefois voulu rassurant : moins d’un milliard d’euros serait réellement à risque.
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