La «bad bank» espagnole risque d’accélérer la correction immobilière
Elle s’appellera la Sareb (société de gestion des actifs provenant de la restructuration bancaire), et naîtra lors du conseil des ministres du 16 novembre. La «bad bank» espagnole devra être opérationnelle en décembre et possédera jusqu’à 90 milliards d’euros d’actifs.
Mais selon Jorge Soley, professeur de finance à l’IESE Business School, il manque encore des détails clés, tels que «le prix de transfert des actifs», qui ne devrait être révélé que fin novembre sur la base du rapport d’Oliver Wyman, et «le nom des actionnaires de la société puisque plus de 50% de son capital doit être dans les mains du secteur privé». Prochain épisode le 16 novembre, date à laquelle on saura si la bad bank étend son champ d’action au crédit à la consommation.
Dans un débat organisé sur les opportunités d’affaires de la bad bank au salon immobilier de Barcelone, Antonio Carrascosa, le directeur général du Fonds de restructuration bancaire (Frob) a révélé que la valeur finale nette de ces actifs se situera entre 60 et 70 milliards d’euros, pour 150 milliards de valeur nominale. En d’autres termes, les banques céderaient leurs actifs toxiques à la Sareb avec des remises allant jusqu’à plus de 50%.
La présidente de Bankinter, Maria Dolores Dancausa, a alerté du danger de transférer les actifs à des prix trop faibles qui pourraient «tirer vers le bas» la valeur des logements vendus par les banques saines et les agences immobilières.
Un avis partagé par les analystes de Natixis qui tablent sur une chute encore plus accusée des prix des logements en Espagne: environ 8,8% en 2012 (-2,5% au troisième trimestre) et 6,3% en 2013. Depuis début 2008, l’immobilier espagnol a perdu 25,5%. Le taux de créances douteuses, tous actifs confondus, est monté à 10,5% en août.
«Plus les prix des actifs baissent, mieux c’est pour la bad bank qui pourra revendre en faisant des bénéfices», souligne Jorge Soley qui s’inquiète cependant des provisions que devront faire les banques.
Il estime qu’une remise de 50% est encore supportable pour les établissements obligés de provisionner entre 65% et 85% des actifs toxiques qu’ils possédaient dans leurs bilans. «Au delà, les banques ne pourront pas tenir: seules celles qui seront actionnaires de la bad bank pourront peut-être récupérer leurs pertes grâce aux résultats de la société».
Mais selon le ministère de l’Economie, il faudra attendre au moins dix ans avant que la Sareb ne fasse des bénéfices.
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