Franchir le mur maternel
Cernées de toutes parts ! Les femmes devaient déjà briser le plafond de verre. Voici maintenant qu’elles doivent aussi escalader le «mur maternel» !
Mais qu’est donc ce «maternal wall» ? Mentionnée dans un article récent des chercheuses Amy Diehl et de Leanne M Dzubinski, publié cet été dans la Harvard Business Review, cette expression fait référence au fait que la maternité pénalise les femmes dans le monde du travail. Le plus surprenant est que ce phénomène concerne toutes les femmes, y compris celles qui n’ont pas d’enfant ou n’en veulent pas !
«Le simple fait d’être une femme signifie que l’on est vu comme une mère en puissance – ou quelqu’un qui devrait être une mère – ce qui suffit pour créer un mur au travail», peut-on lire dans l’article.
En s’appuyant sur des données recueillies auprès de 913 femmes leaders ainsi que sur des posts publiés sur les réseaux sociaux, les chercheuses ont observé que les femmes sans enfant pouvaient être discriminées au travail de quatre manières différentes en raison de leur capacité à porter un enfant.
Maybe baby
Ainsi, de nombreuses femmes ont déclaré ne pas avoir été recrutées, ou promues, en raison d’une suspicion qu’elles allaient devenir mère. Cette pratique est surnommée la discrimination «maybe baby» par les chercheurs Jamie Gloor, Tyle Okimoto et Eden King.
Si d’un côté on leur refuse une promotion en raison d’un éventuel enfant, on s’attend de l’autre à ce que les femmes sans enfant travaillent deux fois plus que les mères… Sans compter qu’elles sont encouragées à prendre leurs congés en dehors de la période des vacances scolaires, qui serait réservée aux parents. Il s’agit du biais «do more».
Mais ce n’est pas fini. Car en plus d’être corvéables à merci, on considère qu’elles doivent le faire au rabais ! De nombreuses femmes se sont plaintes d’avoir été considérées comme méritant une rémunération moins importante car elles ne travaillaient pas pour nourrir une famille.
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Cerise sur le gâteau, les femmes qui n’ont pas d’enfant ou n’en veulent pas sont considérées avec méfiance.
L’article ne mentionne pas l’autre aspect du mur maternel, celui qui touche les femmes qui ont des enfants. A cet égard, je recommande la lecture de l’ouvrage #MeFirst ! Manifeste pour un égoïsme au féminin, de Corinne Maier, qui décrit sans filtre la difficulté pour ces femmes de concilier la vie familiale avec le travail. « Famille, mari et enfants sont évidemment autant d’obstacles qui entravent l’évolution professionnelle des femmes. La mère de famille, arrimée à une vie quotidienne structurée par les mercredis et les vacances scolaires, sans oublier les devoirs à encadrer le soir, mène une vie sédentaire incompatible avec la désinvolture de l’élite mondialisée, qui voyage léger et se doit d’être tout le temps en mouvement », assène-t-elle.
Bien évidemment, ces biais touchent beaucoup moins les hommes. Ces derniers sont même souvent plutôt bien vus lorsqu’ils ont des enfants et admirés lorsqu’ils s’en occupent (quand ils ne s’auto-congratulent pas)… Et quand ils n’en veulent pas, on trouve cela complètement normal. Il reste encore du chemin pour déconstruire le mur.
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