Jamais sans les hommes
Avant de lancer Ambitions, notre newsletter dédiée aux femmes, nous nous sommes longtemps interrogé(e)s : le projet ne devait pas être perçu comme excluant ou stigmatisant pour les hommes. Il devait, au contraire, être rassembleur. Et nous comptons d’ailleurs, après trois mois d’existence, une bonne proportion d’hommes parmi nos abonnés.
Lorsqu’on aborde la question de la féminisation de la finance, il arrive, en effet, que les hommes se crispent. C’est la fameuse «gender fatigue» dont ma collègue Laurence Marchal a parlé dans un précédent billet. «Maintenant, il faut être une femme pour avoir une promotion», ai-je déjà entendu de la part de trentenaires travaillant dans un grand groupe bancaire. Un sentiment de favoritisme qui peut être encore plus prononcé dans certains métiers où recruter des femmes est devenu non seulement une nécessité, mais une injonction. « Bon courage aux jeunes hommes qui veulent être recrutés aujourd’hui en private equity !», soulignait la semaine dernière le chasseur de têtes Pierre Nicolle.
Tout à gagner
Comment faire comprendre aux hommes qu’ils ont tout à gagner à la féminisation de leurs équipes ? J’ai eu la chance d’assister au printemps dernier au grand oral des candidats à l’inspection générale de la Société Générale, ce corps d’élite dont est issu le patron Slawomir Krupa ainsi qu’Aurore Gaspar Colson, que nous avons invitée à s’exprimer au lancement de cette newsletter. Les futurs leaders de la banque ont été testés sur des sujets ayant trait aux valeurs. L’un d’eux a dû réagir à un cartoon illustrant la très faible mixité au sein de ce qui s’apparentait à un comex. Il s’en est sorti brillamment faisant le lien entre diversité, ambiance de travail et performance de l’entreprise, ce qui est d’ailleurs gage d’espoir pour les nouvelles générations.
Féminiser, et plus encore, diversifier ses équipes est un gage de performance, rappelle aussi Géraldine Trippner, qui co-sponsorise, avec le patron des activités de marché, le réseau «wim (women in mark) for all» de la Société Générale. «Si vous avez tous la même façon de voir les choses, le jour où vous faites une erreur, il y a de grandes chances que vous ayez tous fait la même !», a souligné cette ancienne tradeuse lors de notre salon Talent for finance. Autre axe sur lequel s’appuient les pionnières pour défendre la féminisation, la crédibilité vis-à-vis des clients. «Nous devons être en phase avec nos clients et ce ne sont pas tous des hommes», relève Céline Méchain, la co-responsable du bureau parisien de Goldman Sachs.
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Au-delà des politiques très volontaristes de recrutement, se joue surtout le décrochage des femmes en cours de carrière et le fameux «plafond de verre» qu’elles peinent encore à briser. Pour évoluer, Céline Méchain confie avoir compris en début de carrière qu’elle devait «faire un minimum de campagne» au sein de la banque et «chercher de l’appui auprès des personnes clés». Ceux qui ont contribué à l’ascension de la star du private equity n’ont jamais dû le regretter ! Loin de nier le formidable moteur que peuvent représenter les rôles modèles et les réseaux d’entraide féminins, le rôle des hommes, encore majoritaires aux postes de décision, reste incontournable. A condition qu’ils aient compris que le schéma était gagnant-gagnant.
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