Parité : survivre au pink washing et à la gender fatigue
Alors qu’approchait le 8 mars, la journée internationale des droits des femmes, ma boîte aux lettres électronique s’est retrouvée inondée de courriels sur la place des femmes au travail. Cela m’a rappelé les grandes fêtes commerciales comme la Saint-Valentin où les marques rivalisent d’offres exceptionnelles pour me vendre (ou me faire offrir) des chocolats ou aspirateurs. Chacun y allait de son étude ou de ses bonnes pratiques en la matière, voire de son événement spécialisé.
Face à ce déferlement, on peut parfois s’interroger sur la sincérité de ces communications. Dans certains cas, le woman washing n’est pas loin.
Mais que signifie cette expression ? Cela n’a rien à voir avec le cliché de la femme qui lave le linge. C’est comme le greenwashing (écoblanchiment en français) appliqué à la cause de l’égalité entre les hommes et les femmes. On parle aussi d’ailleurs de pink washing car, comme chacun sait, les femmes aiment s’habiller en rose. Autrement dit, certaines entreprises utilisent l’argument féministe pour se donner une bonne image, souvent éloignée de la réalité.
A lire aussi: Une pour toutes et vive les maths !
46% de femmes
Au cours d’une conférence organisée par Vives à la Banque de France, le 8 mars, Nathalie Collin, directrice générale de La Poste Grand Public et Numérique, dénonçait ce woman washing. «Beaucoup d’hommes se trouvent super féministes, mais ils sont contre les quotas». Et d’ajouter «Je rappelle que la loi Copé-Zimmerman de 2011, c’est 30% de femmes dans les conseils d’administration. Dix ans après, il y a 46 % de femmes dans les conseils d’administration. Il n’y a pas eu de faillite en cascade de boîtes du CAC 40 ! Ça se passe très bien», a-t-elle ironisé !
Le woman washing n’est pas le seul phénomène susceptible de nuire à la cause de l’égalité entre les hommes et les femmes. La gender fatigue en est un autre. Cette expression fait référence à la lassitude, voire l’exaspération, qui saisit certaines personnes lorsqu’on évoque le sujet de l’égalité entre les hommes et les femmes. Et ce, sous prétexte que l’égalité serait déjà atteinte ou qu’il y a quand même des problèmes plus graves que cela dans la vie.
Récemment, lors d’un dîner privé, j’expliquais à deux hommes travaillant dans le private equity que je donnais davantage la parole aux femmes dans le podcast Haute Fréquence, parce qu’elles sont généralement sous-représentées dans la finance. La réaction a été cinglante : «C’est fini ça, les femmes ne sont plus sous-représentées dans la finance». Et d’ajouter : «Aujourd’hui, c’est même l’inverse».
Un guide à venir
Si elle illustre une certaine méconnaissance du sujet, la seconde partie de leur réponse explique bien leur agacement. Au sujet de la gender fatigue, Michel Ferrary, professeur à l’Université de Genève et auteur de l’observatoire Skema de la féminisation des entreprises, reconnaissait, toujours au cours de la conférence de Vives, que certains hommes peuvent ressentir une certaine frustration dans un environnement où les femmes sont encouragées. «Il y a des entreprises où il existe un plafond de verre, mais contre les hommes. Car il est plus facile d’augmenter la part de femmes aux comex que de l’augmenter dans la population ingénierie-cadre», expliquait-il. Ces entreprises restent toutefois minoritaires.
De plus, Michel Ferrary estimait que l’on peut embarquer les hommes sur le sujet, si on leur parle des avantages que la mixité peut offrir en termes de performance.
Enfin, Marie-Christine Maheas, responsable du Mazars centre for Diversity & Inclusion, a annoncé la publication prochaine d’un guide pour contrer les objections à la mixité. «Pour bien y répondre, la solution est de bien identifier les différents types d’objections», détaillait-elle. «On ne répond pas de la même manière à un homme qui estime que les femmes n’ont pas leur place au bureau qu’à quelqu’un qui pense que l’égalité est déjà là». Un document pratique qui pourra s’avérer bien utile !
A lire aussi: Dans la finance aussi, osez être ambitieuses !
Plus d'articles du même thème
-
Alstom verdit son financement avec une nouvelle obligation hybride
L’émission de 700 millions d’euros conforte, pour l’heure, la notation prisée de l’émetteur en catégorie investisseurs. -
Il faut passer à un ISR plus pratique, selon le directeur général de DNCA
A l'occasion d'un événement baptisé "Beyond Day", Eric Franc a expliqué comment l'investissement responsable devait se réformer. -
Reclaim Finance et sept ONG pointent une transition encore à crédit
Si les banques françaises amorcent un recul, le système bancaire mondial reste massivement engagé dans les énergies fossiles. À mesure que s’accumule le risque de transition, la question d’une sortie ordonnée des actifs bruns devient centrale pour la stabilité financière.
ETF à la Une
BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale change de directeur général
- Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
- Le commissariat aux comptes séduit plus que jamais les jeunes générations
- Des manquements déclaratifs pourraient coûter 1,8 million d’euros à Bourse Direct
- L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
Contenu de nos partenaires
-
Voix basseAffaire Lyhanna : pourquoi le RN choisit la retenue
D'ordinaire prompt à s'emparer des faits divers pour imposer ses thèmes de prédilection, le RN réagit avec davantage de retenue à l'affaire Lyhanna. Et mise moins sur la surenchère que sur la dénonciation d'une faillite globale de l'Etat -
« Une célébrité surcotée » : Anthropic publie une version sécurisée de Mythos, son IA surpuissante
Anthropic dévoile une version bridée de son IA ultra puissante. Une annonce retentissante qui sert une stratégie de communication bien huilée : l’accès au public est en fait bordé par des tarifs dissuasifs et des garde-fous stricts -
Game changerComment l'Ukraine a fait basculer la guerre
Privée d’accès à Starlink, distancée sur le plan technologique, la Russie multiplie les déconvenues sur le front et subit de plus en plus de frappes en profondeur