SpaceX défie les limites des cotations en Bourse
La bataille entre les titans de l’intelligence artificielle s’accélère, cette fois sur le terrain boursier. SpaceX a déposé, mercredi 1er avril, sa demande d’introduction en Bourse (IPO) de manière confidentielle auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), selon l’agence Bloomberg. En présentant maintenant son dossier, la firme créée par le milliardaire Elon Musk pourrait réaliser son IPO dès le mois de juin, avance l’agence de presse. Elle devancerait alors ses concurrentes, OpenAI (ChatGPT) et Anthropic (Claude), qui se préparent elles aussi activement à une entrée en Bourse plus tard dans l’année.
SpaceX a pour particularité de regrouper un ensemble hétéroclite d’activités : outre ses activités spatiales historiques autour de la fusée et du satellite, elle englobe aussi l’IA depuis qu’elle a acquis la start-up d’IA d’Elon Musk, xAI, en février.
Effet Artemis II
L’annonce de SpaceX arrive à point nommé : l’intérêt des investisseurs pour l’espace devrait être renforcé par le décollage réussi de la fusée Artemis II dans la nuit de mercredi à jeudi. Pour la première fois depuis plus de 50 ans, la Nasa a propulsé des astronautes autour de la Lune, ce qui marque une étape clé pour les projets américains de conquête de l’espace.
Bien que ni SpaceX ni Blue Origin de Jeff Bezos n’aient participé au lancement d’Artemis II, les deux firmes devraient jouer « un rôle majeur dans les futures missions de la Nasa visant à renvoyer des humains sur la surface lunaire, dont la prochaine est prévue pour 2027 », souligne The Information.
Dans l’immédiat, pour son IPO, SpaceX aurait sélectionné les banques Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan et Morgan Stanley, selon Bloomberg. D’autres banques vont couvrir des régions spécifiques, avec Citigroup comme coordinatrice : Barclays pour le Royaume-Uni, Deutsche Bank et UBS sur le marché européen, la Banque Royale du Canada pour le Canada, Mizuho Financial sur le marché asiatique, et Macquarie en Australie, toujours selon l’agence de presse
Selon certains experts, l’introduction pourrait adopter une structure à double classe d’actions, permettant à Elon Musk de conserver un contrôle fort de la société même après la vente d’actions au public.
Valorisation hypothétique
Les informations clés, notamment le nombre d’actions proposées et la fourchette de prix envisagée, devraient être révélées dans un dépôt ultérieur auprès de la SEC.
Mais lors de son entrée en Bourse, SpaceX pourrait viser une valorisation de plus de 1.750 milliards de dollars (1.518 milliards d’euros), selon plusieurs médias américains. Si cette somme était atteinte, cela marquerait un changement majeur dans la façon dont les investisseurs perçoivent le secteur spatial.
Lorsque SpaceX a acquis en février xAI, éditeur du controversé chatbot Grok et du réseau social X, en unifiant avec audace des activités disparates, Elon Musk commençait déjà à préparer l’entrée en Bourse de la société. Cette opération lui avait déjà permis de valoriser l’entité ainsi constituée à 1.250 milliards de dollars.
La cotation de l’ensemble pourrait lui permettre de lever de 50 à 75 milliards de dollars, selon plusieurs agences de presse. SpaceX réaliserait alors l’IPO la plus importante de l’histoire en fonds levés, dépassant de loin celle de Saudi Aramco, qui avait levé 29 milliards de dollars lors de ses débuts boursiers en 2019.
Le Nasdaq en est bien conscient et a aménagé ses règles pour que les géants comme SpaceX puissent rapidement intégrer son indice après leur cotation.
A lire aussi: La complexité des flux financiers liés à OpenAI donne le tournis
Outre SpaceX, OpenAI – valorisée 852 milliards de dollars avec sa dernière levée de fonds, annoncée cette semaine – et Anthropic (380 milliards de dollars) ont aussi de grandes ambitions sur le marché boursier. Or, dans un contexte géopolitique instable, y aura-t-il suffisamment de liquidités disponibles sur le marché pour permettre à ces trois entreprises de réaliser ces opérations pharaoniques dans les douze prochains mois ?
La « muskonomy » à l’épreuve
Pour l’instant, SpaceX, le lanceur de fusées le plus prolifique au monde, domine l’industrie spatiale avec sa fusée Falcon 9 qui place des satellites et des astronautes en orbite. L’entreprise ambitionne ensuite de construire une base lunaire avant de poursuivre son projet d’envoyer des humains sur Mars, a déclaré Elon Musk.
SpaceX aurait généré environ 16 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025 selon Reuters, et devrait en générer 20 milliards cette année. Sa principale source de revenus réside dans son service internet par satellite Starlink, qui s’est imposé comme le leader de ce jeune secteur, fort de sa constellation actuelle de près de 10.000 satellites. A côté de cela, xAI devrait plus modestement générer moins d’un milliard de dollars, selon Bloomberg Intelligence.
Au passage, SpaceX n’est que très peu dépendant de la prestigieuse Nasa : le budget total de l’agence, de près de 25 milliards de dollars selon ses données, est proche des revenus générés par SpaceX. Et ses commandes représentent seulement 5% du chiffre d’affaires de SpaceX cette année, indiquait en février Elon Musk, dans un post sur X.
Dans le sillage de l’avancement de la deuxième génération de satellites Starlink, les investisseurs scruteront un autre lancement à venir : le prochain test de Starship, la fusée de nouvelle génération de SpaceX. Elon Musk et la présidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, ont tous deux indiqué qu’un test devrait avoir lieu début avril, après avoir été reporté depuis début mars. Or Starship est central dans la plupart des projets d’Elon Musk pour SpaceX. Et donc, dans un sens, pour l’avenir boursier de la firme.
A lire aussi: Le Nasdaq se plie en quatre pour SpaceX et OpenAI
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Israël poursuit ses frappes au Liban, qui ont fait au moins 380 morts depuis la trêve
Beyrouth - L’armée israélienne a poursuivi mardi ses frappes au Liban, tuant dans le sud 13 personnes, qui viennent s’ajouter aux 380 morts depuis l’instauration du cessez-le-feu le 17 avril, selon les autorités. Alors que le Liban se prépare à de nouvelles négociations avec Israël jeudi à Washington, le chef du Hezbollah pro-iranien, qui s’y oppose fermement, a affirmé que le désarmement de sa formation ne faisait pas partie des discussions et a promis de transformer «en enfer» la bataille avec l’armée israélienne. Celle-ci a indiqué avoir conduit une opération dans la zone du fleuve Litani et a mené mardi une frappe ayant tué deux secouristes à Nabatiyé (sud), où ils effectuaient une intervention, a annoncé la Défense civile. Le ministère de la Santé a confirmé la mort des deux secouristes qu’il a inclus dans un bilan de 13 morts, dont un soldat et un enfant, dans des frappes israéliennes ayant visé trois localités dans le sud du pays. «Une frappe sur la ville de Nabatiyé a fait cinq (morts) dont deux secouristes de la Défense civile et deux blessés», une autre dans la localité de Jebchit a fait quatre morts «dont un soldat et un ressortissant syrien», et douze blessés, et une troisième à Bint Jbeil a tué «quatre citoyens dont un enfant et une femme», et blessé deux autres, a indiqué le ministère. «Depuis le cessez-le-feu, 380 personnes ont été tuées et 1.122 blessées», a annoncé plus tôt le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, faisant état de 108 personnels de santé et secouristes tués depuis le début de la guerre. Plus de quatre enfants ont été tués ou blessés chaque jour en moyenne durant les 25 premiers jours de la trêve, a indiqué l’ONG Save The Children. Au total, les frappes israéliennes ont tué 2.882 personnes depuis le début de la guerre, dont 200 enfants, selon le ministère de la Santé. D’après le Hezbollah, ce bilan inclut ses membres tués. Le mouvement chiite a entraîné le Liban dans la guerre régionale en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de l’offensive israélo-américaine contre Téhéran, le 28 février. Israël a répondu en menant des frappes massives et une opération terrestre dans le sud. «Nous ne nous rendrons pas» Beyrouth a demandé aux Etats-Unis de faire pression sur leur allié israélien pour qu’il mette fin à ses frappes. Le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre des positions militaires israéliennes, y compris en Israël, aux frontières avec le Liban. «Nous ne nous rendrons pas», a affirmé le chef de l’organisation, Naïm Qassem. «Les armes et la résistance ne concernent personne hors du Liban (...) C’est une question libanaise intérieure qui ne fait pas partie des négociations avec l’ennemi», a-t-il ajouté. Dans un communiqué annonçant la reprise des négociations jeudi, le département d’Etat américain avait affirmé que la paix entre le Liban et Israël «dépendait du rétablissement complet de l’autorité de l’Etat libanais (sur son territoire) et du désarmement total du Hezbollah». Washington fait pression pour que les discussions aboutissent à un accord de paix, alors que Beyrouth veut d’abord consolider le cessez-le-feu et obtenir le retrait d’Israël du Liban. Après l’entrée en vigueur de la trêve, l’armée israélienne a établi en territoire libanais une «ligne jaune» à une dizaine de km de la frontière. Elle a indiqué mardi qu’au cours de la semaine écoulée, ses soldats avaient mené une «opération spéciale visant à retirer des infrastructures terroristes dans la zone du Litani». Interrogée par le bureau de l’AFP à Jérusalem, l’armée israélienne a indiqué ne pas pouvoir confirmer si les soldats avaient franchi le fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière, mais a publié des photos montrant des soldats marchant sur un pont le traversant. © Agence France-Presse -
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