La vidéo du jour : Quand les tabous tombent chez Chanel
En ces temps de ruptures historiques tous azimuts, les plus vieux dictons eux-mêmes sont dépassés.
«Pour vivre heureux, vivons cachés» : faux, constate Chanel qui, quoique totalement privée, a décidé pour la première fois de publier ses comptes.
Parce que «sa culture de discrétion ne servait plus l’entreprise».
De la part de la famille Wertheimer, pour laquelle discrétion rime avec secret, ce n’est pas un changement mais une révolution.
Bien sûr, à l’heure où Hermès fait une entrée triomphale au sein du gratin du CAC 40, avec un multiple de capitalisation de près de 30, l’idée que Chanel pourrait vouloir profiter des valorisations stratosphériques dont jouissent à la cote les valeurs du luxe vient tout de suite à l’esprit.
Mais dans un entretien à l’agence Reuters, l’entreprise écarte résolument toute idée de cotation ou de perte d’indépendance «pour les cent ans qui viennent». Et pour qui s’en tient aux chiffres, se coter n’est en effet en rien urgent.
Avec près de 10 milliards de dollars de chiffres d’affaires, 28% de marge opérationnelle, 18,6% de résultat net, pas de dette et un capital détenu à 100% par une famille dont la fortune estimée dépasse 20 milliards d’euros, Chanel peut poursuivre pendant des lustres encore sa vie d’entreprise familiale.
Mais dans la compétition impitoyable qu’elles se livrent entre elles, les marques se doivent non seulement de gagner beaucoup mais aussi de séduire beaucoup.
Les clients d’abord bien sûr : il est probable que la volonté affichée par Gucci, qui vient de dépasser 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, de rattraper Louis Vuitton, le leader des marques du secteur, n’est pas passée inaperçue chez Chanel qui joue dans la catégorie de la marque-phare de LVMH.
Dès lors publier ses chiffres est une autre façon d’affirmer sa suprématie, et aussi de séduire les talents.
Car travailler dans des entreprises cotées, qui alignent comme ses grandes rivales les records de performance et de rentabilité, c’est pour les grands créatifs de demain l’assurance d’une exposition et d’une richesse maximales.
Alors que le grand créateur maison Karl Lagerfeld a largement entamé sa huitième décennie, c’est un enjeu dont Chanel ne peut pas se désintéresser.
Plus d'articles du même thème
-
PARTENARIAT« La santé mentale va devenir un facteur de différenciation entre les entreprises et aussi un critère d’investissement »
Entretien entre Denis Panel, CEO de Sycomore AM, et Christophe André, psychiatre et auteur. -
Olivier Bertin, Caisse d’épargne Île-de-France : « La gestion des risques existait avant Trump »
Olivier Bertin, le responsable du département trésorerie-investissements de la Caisse d’épargne Île-de-France, était l’invité de l’Institutional Day organisé par L’Agefi en juin dernier et a répondu à nos questions sur le thème de la gestion des risques. -
Wim Vermeir (AG Assurances - Ageas) : «Le marché est porteur mais nous restons neutre dans notre allocation stratégique»
Depuis l’élection de Trump, l’instabilité géopolitique et économique semble être devenue la nouvelle norme. Wim Vermeir, le directeur des investissements d’AG Assurance – Ageas, invité lors de l’Institutional Day organisé par L’Agefi le 30 juin dernier, explique comment la gestion des risques s’adapte à ce nouveau contexte. -
Céline Boué (Korege) : « La cartographie des risques nous permet de naviguer comme avec une carte de navigation »
Dans un environnement instable, la gestion des risques consiste à distinguer le bon risque du mauvais risque, avec un point d’attention particulier pour les risques majeurs, explique Céline Boué, la directrice des investissements de Korege (Groupe Matmut) à L'Agefi à l'occasion de l'événement Instit Day. -
PARTENARIAT« Réindustrialiser nécessite de bien orienter les investissements vers les éléments clés des chaînes de valeur »
Interview vidéo avec Eric de Tessières, Group Chief Sustainability Officer d’Edmond de Rothschild
Contenu de nos partenaires
-
MAGAgeddon« America First » mais sans Trump : Tucker Carlson mène la fronde pour 2028
Quatre anciens piliers du mouvement MAGA ont jeté les bases d'un nouveau mouvement visant à désavouer le président et à barrer la route à J.D. Vance -
ConvergencesDroite et centre : un programme (déjà) commun pour 2027
En attaquant Gabriel Attal pour plagiat, David Lisnard montre qu'il existe quelques grands axes politiques autour desquels les candidats de l'ex-majorité présidentielle et Les Républicains peuvent s'entendre -
Présidentielle : la bataille du « socle commun » passe aussi par le Sénat
Les sénatoriales ne devraient pas bouleverser les équilibres de la Chambre haute. Mais l’arrivée probable d’un groupe RN et l’affaiblissement de la droite qu’elle entraînera, pourrait transformer le Palais du Luxembourg en terrain d’expérimentation de la présidentielle