La vidéo du jour : l’errance de la gouvernance de Nissan fait des ravages
Couper la tête du roi Carlos Ghosn n’aura donc pas suffi à rétablir l’ordre chez Nissan. Dix mois après l’arrestation du tout-puissant PDG du constructeur automobile japonais et de son allié français Renault, le groupe change de nouveau de directeur général.
Hiroto Saikawa, le dirigeant qui avait largement contribué à la chute de Carlos Ghosn, a démissionné hier pour avoir perçu lui aussi des rémunérations indues.
La somme, quelque 450.000 dollars, n’a rien à voir avec les millions évoqués dans le cas de Carlos Ghosn. Mais elle démontre une nouvelle fois les failles béantes dans la gouvernance de Nissan.
Comment le conseil d’administration a-t-il pu soutenir la nomination de Hiroto Saikawa à la direction de Nissan au début de l’été sans être sûr de sa blancheur totale ? Pourquoi les informations sur cette rémunération indue ne sortent-elles que maintenant, alors que Nissan a passé ces dix derniers mois à fouiller dans ses archives pour mettre à nu le système Ghosn ?
Les partisans de la théorie d’un complot mené par les Japonais pour débarquer Carlos Ghosn, devenu trop pressant pour marier Renault et Nissan, ne manqueront pas d’y trouver un nouvel argument pour démontrer leur théorie.
En attendant, c’est une nouvelle fois la réputation de Nissan qui prend un sérieux coup. Toutes les agences de conseil en vote avaient recommandé aux actionnaires de voter contre l’élection de Hiroto Saikawa au conseil lors de l’AG de juin, convaincues qu’une opération mains propres ne pouvait pas être menée par un dirigeant venant de l’interne.
Les faits leur donnent aujourd’hui terriblement raison. Le cours de Bourse de Nissan se traîne dans les profondeurs de la Bourse. Le groupe a perdu un tiers de sa valeur depuis novembre 2018, quand Renault ne cède que 5% et que l’indice sectoriel européen grappille 2%.
Cette nouvelle affaire tombe au plus mauvais moment pour le constructeur japonais, qui traverse une crise opérationnelle profonde, marquée par l’annonce cet été de 12.500 suppressions d’emplois dans le monde. Les salariés concernés paient aussi des années d’errance de gouvernance.
Enfin, cette sempiternelle instabilité va, une nouvelle fois, mettre sous tension les relations entre Nissan et son partenaire français. L’affaire Carlos Ghosn avait inévitablement laissé des traces. Le dossier Hiroto Saikawa ne fait que les raviver.
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