La vidéo du jour : fusions, l’Europe ne doit pas se tromper de combat
Alstom et Siemens ne fusionneront donc pas. Disons d’emblée que ce rapprochement n’a jamais soulevé l’enthousiasme à L’Agefi, dans la mesure où sa logique industrielle a semblé bien mineure par rapport à son opportunité politique, vue de Bercy et de l’Elysée, et actionnariale.
Dès le départ, le discours a d’ailleurs été biaisé, centré sur la fable d’un prétendu mariage entre égaux ; mais survenant après le désastre de la fusion Lafarge-Holcim, elle n’a pas tenu longtemps devant la réalité des rapports de forces au sein de la future gouvernance et leur traduction concrète en termes de répartition géographique des activités les plus prometteuses.
La réalité de cette fusion était tout simplement une absorption d’Alstom par Siemens, son adversaire, pour ne pas dire son ennemi, de toujours, que ne justifiait aucunement le rapport de tailles entre eux.
L’évolution de leurs carnets de commandes respectifs depuis lors le démontre d’ailleurs amplement. Si la fusion doit être regrettée, c’est à Berlin, non à Paris où l’on déplore sans cesse la désindustrialisation.
Plus choquant : sa logique reposant, aux yeux de ses promoteurs, sur la menace que ferait peser la concurrence chinoise sur les deux mariés, ceux qui ne la voient pas si pressante sont catalogués technocrates ignorants des réalités industrielles.
C’est faire évidemment peu de cas du bilan de la DG4 en matière de concentrations, très solide et fort éloigné de la caricature qui en est faite. Les cas de blocages par Bruxelles sont rares et industriellement fondés, comme le montre le magnifique développement de Schneider et Legrand depuis leur mariage avorté.
C’est faire peu de cas encore de l’opposition résolue à la fusion de nombre de régulateurs nationaux de la concurrence en Europe, peu de cas enfin de la modeste part de marché de la concurrence chinoise sur le Vieux Continent.
L’argument des deux promis aurait été plus recevable s’ils n’avaient pas crié au loup du haut d’un carnet de commandes si épais qu’il rend l’imminence d’un quelconque péril chinois bien peu visible.
En acceptant la fusion, le voyageur européen risquait de devoir sans délai payer cher une parade supposée à un péril lointain. Le jeu n’en valait pas la chandelle.
La conséquence du veto bruxellois est que l’Europe disposera de deux champions et non d’un seul pour résister au péril chinois. Et ce n’est pas en changeant les règles de la concurrence, comme on y songe à tort à Paris et à Berlin, qu’on le cantonnera sur le fond.
C’est en exigeant une réciprocité sans faille dans l’accès aux marchés chinois que l’Europe protégera les siens. Elle ne doit pas se tromper de combat : c’est par le droit des investissements et des appels d’offres et non des concentrations que passe la vraie réponse à la menace chinoise.
Plus d'articles du même thème
-
PARTENARIAT« La santé mentale va devenir un facteur de différenciation entre les entreprises et aussi un critère d’investissement »
Entretien entre Denis Panel, CEO de Sycomore AM, et Christophe André, psychiatre et auteur. -
Olivier Bertin, Caisse d’épargne Île-de-France : « La gestion des risques existait avant Trump »
Olivier Bertin, le responsable du département trésorerie-investissements de la Caisse d’épargne Île-de-France, était l’invité de l’Institutional Day organisé par L’Agefi en juin dernier et a répondu à nos questions sur le thème de la gestion des risques. -
Wim Vermeir (AG Assurances - Ageas) : «Le marché est porteur mais nous restons neutre dans notre allocation stratégique»
Depuis l’élection de Trump, l’instabilité géopolitique et économique semble être devenue la nouvelle norme. Wim Vermeir, le directeur des investissements d’AG Assurance – Ageas, invité lors de l’Institutional Day organisé par L’Agefi le 30 juin dernier, explique comment la gestion des risques s’adapte à ce nouveau contexte. -
Céline Boué (Korege) : « La cartographie des risques nous permet de naviguer comme avec une carte de navigation »
Dans un environnement instable, la gestion des risques consiste à distinguer le bon risque du mauvais risque, avec un point d’attention particulier pour les risques majeurs, explique Céline Boué, la directrice des investissements de Korege (Groupe Matmut) à L'Agefi à l'occasion de l'événement Instit Day. -
PARTENARIAT« Réindustrialiser nécessite de bien orienter les investissements vers les éléments clés des chaînes de valeur »
Interview vidéo avec Eric de Tessières, Group Chief Sustainability Officer d’Edmond de Rothschild
Contenu de nos partenaires
-
ConvergencesDroite et centre : un programme (déjà) commun pour 2027
En attaquant Gabriel Attal pour plagiat, David Lisnard montre qu'il existe quelques grands axes politiques autour desquels les candidats de l'ex-majorité présidentielle et Les Républicains peuvent s'entendre -
Présidentielle : la bataille du « socle commun » passe aussi par le Sénat
Les sénatoriales ne devraient pas bouleverser les équilibres de la Chambre haute. Mais l’arrivée probable d’un groupe RN et l’affaiblissement de la droite qu’elle entraînera, pourrait transformer le Palais du Luxembourg en terrain d’expérimentation de la présidentielle -
Spiritisme« En maintenant caché le Guide suprême, le régime iranien veut semer la confusion »
Le président iranien a évoqué une communication « difficile » avec Mojtaba Khamenei, qui n'est toujours pas apparu en public