Les Fossoyeurs se retrouvent dans la fosse aux lions. Le livre qui dénonce des pratiques accablantes au sein de maisons de retraite gérées par Orpea met le groupe à genoux, et avec lui ses concurrents. Mission d’audit confiée à des cabinets indépendants, enquête des autorités sanitaires, renvoi du directeur général, convocation par le gouvernement : chaque jour fait franchir à l’exploitant d’Ehpad un palier dans la polémique, en attendant les éventuelles conséquences judiciaires de l’affaire. En une semaine, l’action a perdu plus de la moitié de sa valeur en Bourse. Et pourtant, la plupart des spécialistes de la notation extra-financière n’ont rien vu venir.
Orpea était en effet bien considérée chez les principales agences qui étalonnent les entreprises en fonction de critères sociaux, environnementaux et de gouvernance. Le risque de controverse attaché au groupe était jugé modéré. Des controverses, le secteur en a pourtant connues plus souvent qu’à son tour. Il y est naturellement exposé, traitant d’une matière aussi sensible que le soin des personnes âgées et dépendantes. La situation désespérée de certains Ehpad au printemps 2020, décimés par la première vague du Covid, aurait pu servir de signal d’alarme. Les actionnaires en avaient immédiatement tiré les conséquences, avant de revenir sur la valeur, avec un prisme financier ; pas les agences ESG.
Ce n’est malheureusement pas la première fois que l’on assiste à un tel raté. L’élève Volkswagen présentait lui aussi un bulletin de notes flatteur avant que le scandale du Dieselgate n’éclate. L’affaire Orpea doit conduire le monde de l’extra-financier, aujourd’hui dominé par des acteurs anglo-saxons, à un profond réexamen de ses méthodes. Questionner l’entreprise sur ses pratiques, vérifier qu’elle coche les bonnes cases dans sa documentation de référence, l’étalonner par rapport à ses seules concurrentes ne suffit plus. Les investisseurs finaux, qui utilisent ces notes dans leur processus de décision, ne peuvent pas non plus s’y référer aveuglément pour mieux s’exonérer de leurs responsabilités. Beaucoup d’institutionnels déchantent aujourd’hui en voyant le secteur de la dépendance voué aux gémonies, mais oublient qu’ils ont profité toutes ces années de sa financiarisation.
Si le cas Orpea semble disqualifier les méthodes actuelles de la notation ESG, il en légitime cependant la philosophie. Le récent plongeon boursier montre à quel point un scandale, une crise de gouvernance, une gestion sociale critiquable, peuvent déprécier la valeur d’une entreprise, voire mettre à bas tout un modèle économique. Raison de plus pour rehausser le niveau de l’analyse.
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