Les réseaux des banques françaises demeurent sous la pression des taux bas
Le peu d’empressement de la Banque centrale européenne à relever ses taux ne fait pas les affaires des banques françaises. Leurs résultats du deuxième trimestre, publiés la semaine dernière, portent toujours les stigmates de la faiblesse des taux d’intérêt au sein de la zone euro. Une faiblesse qui pèse sur la marge nette d’intérêt (écart entre le taux auquel la banque prête et celui auquel elle se refinance) du secteur.
La marge nette d’intérêt de la Société Générale a ainsi chuté de 9,4% d’avril à juin, d’où un fléchissement de 2,1% du produit net bancaire (PNB) de sa banque de détail en France. Et ce, malgré une progression de 2,5% des commissions, qui pèsent désormais 42% dans les revenus de cette division. Dans ce contexte de taux bas, les établissements bancaires s’efforcent en effet d’accroître la part des commissions dans leur PNB.
Les banques tentent également de limiter la pression des taux bas sur leurs marges nettes d’intérêt via la hausse des volumes de crédit. La croissance économique en Europe leur permet en théorie de caresser cet espoir, mais, sur le terrain, les situations sont contrastées. Outre «des taux un peu plus bas qu’anticipé», Frédéric Oudéa, directeur général de la Société Générale, a observé «un démarrage un peu plus faible que prévu depuis le début de l’année (dans le crédit), notamment sur la partie des entreprises».
Une demande de crédit dynamique
Le groupe, dont les encours moyens de crédit ont crû de 3% au deuxième trimestre, table désormais sur un recul de 1% à 2% du PNB de sa banque de détail en France, alors qu’il visait auparavant une stabilisation. Ce nouvel objectif est certes supérieur à la baisse de 2,9% enregistrée en 2017, mais cette révision explique en partie le fléchissement de 2,25% du cours de Bourse jeudi dernier, à l’annonce des résultats, écrivent les analystes de Credit Suisse.
A l’opposé, BNP Paribas a maintenu son objectif d’une stabilisation des revenus de ses réseaux en France, cette année. Ceux-ci ont encore diminué au deuxième trimestre, mais de seulement 0,8%, grâce, notamment au bond de 5,8% des encours de crédit.
Cette dynamique sur le front du crédit a également profité à La Banque Postale. La progression de 2,5% des encours de crédits aux particuliers et le bond de 33,8% des crédits aux personnes morales ont débouché sur une hausse de 149 millions d’euros de la marge nette d’intérêt, au premier semestre. Ce qui a provoqué une hausse de 3,5% du PNB de la banque de détail de La Banque Postale. Hors provision épargne logement et défalquée de la hausse de 65 millions d’euros de la compensation accordée par l’Etat au titre de la mission d’accessibilité bancaire de la Banque Postale, la progression du PNB est toutefois ramenée à 2,3%.
L’effet de base lié aux remboursements anticipés va s’estomper
La hausse de la demande de crédit a également profité à LCL. Les revenus de la filiale de Crédit Agricole SA (CASA) ont augmenté de 2% au deuxième trimestre, sous l’effet d’une envolée de l’ordre de 10% des encours de crédit aux entreprises. Une tendance «positive pour les marges», soulignent les analystes d’Oddo BHF. CASA a donc réitéré son ambition d’une stabilisation des revenus de LCL, en 2018. Au sein des caisses régionales du Crédit Agricole, en revanche, le PNB a crû de seulement 0,5%. Là encore, la faiblesse des taux a continué à peser sur la marge nette d’intérêt. Un effet négatif qui n’a été que partiellement contrebalancé par l’augmentation de 1% des commissions, lesquelles représentent plus de la moitié du PNB commercial des caisses.
De la même façon, malgré une hausse de 4,5% des commissions, le PNB de la banque de proximité de BPCE a baissé de 1,1% au premier semestre, dans le sillage de la marge d’intérêt, et celui des seuls réseaux Banque Populaire et Caisse d’Epargne a rétrogradé de 1,8%. Le groupe prévoit ainsi une diminution de 3% à 4% des revenus des réseaux Banque Populaire et Caisse d’Epargne, cette année.
L’effet de base défavorable lié aux indemnités de remboursement anticipé et autres frais de renégociation de crédits immobiliers, qui avaient été très importants au deuxième trimestre 2017, a également pesé chez BPCE. Mais ce phénomène, observé par l’ensemble du secteur, est appelé à s’estomper au cours des prochains mois. Autre consolation pour les banques, la faiblesse des taux améliore la solvabilité de leurs clients, ce qui permet à la plupart d’entre elles d’afficher un coût du risque (provision pour risque de crédits impayés) en baisse.
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