Pourquoi il faut encore croire à l’alpha
L’alpha est-il condamné ? Pour qui considère le comportement des Bourses, il est permis de croire que cette notion, apanage de la gestion active (lire notre Dossier page 22) qui caractérise la surperformance par rapport à un indice de référence, appartiendra bientôt au passé. Cette conclusion s’applique bien s’agissant des marchés américains, où trois facteurs principaux se conjuguent pour la justifier : l’assouplissement quantitatif (QE) qui a permis aux banques centrales de piloter la hausse des marchés dans une mesure jamais vue par le passé ; les rachats d’actions, qui en découlent largement et ont atteint ces dernières années des proportions là encore sans rapport, même lointain, avec les volumes qui prévalaient autrefois ; enfin la montée corrélative de la gestion passive, qui résulte du souhait des investissements d’acheter une tendance, par le biais d’un indice, plutôt qu’une valeur en particulier.
Dans un contexte aussi révolutionnaire, qui tend à raréfier la proportion de titres activement gérables sur le marché, générer de l’alpha est-il encore possible ? Sans doute pour un nombre très réduit de fonds. Mais globalement, un coup d’œil à l’évolution de l’alpha pour l’ensemble des fonds actions USA par exemple (lire page 23) relève bien une série de performances négatives depuis 2013. Il est vrai que le paysage change peu à peu : le QE est en phase d’extinction aux Etats-Unis, promettant en principe une normalisation des taux d’intérêt et donc une moindre incitation à s’endetter pour racheter ses propres titres ; les effets de la réforme fiscale de Donald Trump finiront par s’estomper d’ici 18 mois, privant les rachats d’actions d’un autre moteur essentiel ; enfin la part de marché prise par la gestion passive, qui tend vers la moitié des fonds actions gérés aux Etats-Unis, est sans doute proche de sa limite. Dès lors que la détention d’un titre finit par ne plus dépendre que des indices auxquels il appartient et non de ses fondamentaux, la sous-performance et la désillusion des investisseurs ne sont pas loin. Plusieurs indices en ce sens ont pu être notés cette année qui laissent penser que cette méthode d’allocation forcée du capital pourrait bien devenir inefficiente, car incompatible avec la logique même du marché, faite d’arbitrages et de prises de risques.
Or il est une conséquence que ces trois phénomènes, même conjugués, ne sauraient assurer pour l’éternité : la hausse de Wall Street, qui dure depuis presque 10 ans ! En cas de retournement durable, quel sera le comportement des épargnants face à une gestion passive victime de la baisse des indices ? Dans ce cas, les meilleurs gérants actifs retrouveront leurs chances. La gestion passive aura sans doute encore de beaux jours devant elle en Europe et en Asie où ses parts de marché sont bien moindres. Mais à mesure que les facteurs exceptionnels de surliquidité s’atténueront, les meilleurs gérants actifs retrouveront leur utilité et la confiance de leurs clients prêts à leur payer au bon prix un service de qualité dont l’alpha sera le principal critère.
Plus d'articles du même thème
-
SpaceX révèle d'importantes pertes avant sa méga introduction en Bourse
Le groupe d'Elon Musk a publié le document précisant son projet de cotation à Wall Street qui pourrait être le plus gros de l'histoire. -
Nvidia relève ses objectifs mais n'emballe pas les investisseurs
Le géant des puces pour l'IA a révélé des résultats trimestriels supérieurs aux attentes et annoncé un plan de rachat d'actions de 80 milliards de dollars. -
IVO Capital Partners s’adjoint un commercial pour l’Europe du Nord
Mounji Boulahdour arrive en provenance d’Allspring Global Investments. -
Citadel Securities renforce ses équipes en Asie
Citadel Securities a recruté plus de 60 personnes cette année sur six marchés asiatiques, dont près de la moitié à Hong Kong, alors que Ken Griffin son fondateur, renforce la présence de son activité de «teneur de marché» dans la région, rapporte l’agence Bloomberg. -
La rémunération de Larry Fink reçoit un accueil mitigé de la part des actionnaires de BlackRock
Les actionnaires de BlackRock ont manifesté leur manque d’enthousiasme face aux importantes augmentations de rémunération accordées au directeur général Larry Fink et à ses principaux collaborateurs pour l’année dernière, rapporte le Wall Street Journal. -
Apex Group procède à une nouvelle nomination chez FundRock
Apex Group a nommé Kavitha Ramachandran comme directrice générale de FundRock LIS et responsable de ses activités de services aux sociétés de gestion tierces (Third-Party Management Company Services). Cette nomination s’inscrit dans une réorganisation de la gouvernance des activités de ManCo du groupe de services financier dans le Grand-Duché. Kavitha Ramachandran, jusqu’ici directrice des opérations régionales, supervisera désormais les activités de FundRock LIS en coordination avec Etienne Rougier, managing director de FundRock Management Company (FRMC).
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond début mai
- Amundi restructure son organisation autour de cinq pôles
- Jean-Jacques Barbéris va rejoindre la direction de Caceis
- State Street IM et Ninety One s'associent pour lancer des ETF actifs
- Axel Plichon (Eleva) : «Nous voulons renforcer notre maillage européen»
- JP Morgan AM veut faire passer les investisseurs des ETF passifs aux ETF actifs dans l'obligataire
Contenu de nos partenaires
-
Nouveaux résultats records pour Nvidia, la demande d'intelligence artificielle accélère
Le géant américain des semi-conducteurs Nvidia affiche un bénéfice net de 58,3 milliards de dollars pour le premier trimestre de l'exercice décalé du groupe, soit plus de trois fois supérieur à celui de l'an dernier à la même période -
Jouer les prolongations en mode « Bleisure »
Entre voyage d’affaires et vacances, le « Bleisure » est la contraction des mots anglais « Business » et « leisure ». Une tendance qui fait mouche auprès d’une clientèle d’affaires et des globe-trotters dans l’âme, la GenZ en tête. -
Patrimoine« Le choc démographique va devenir un choc des successions »
Modèles familiaux bouleversés, patrimoines complexes, droit de propriété, IA... Le président de la Chambre des notaires du Grand Paris revient pour l'Opinion sur les grandes problématiques qui vont bouleverser la profession