L’euphorie engendrée par la politique japonaise se dissipe
Les annonces de la Banque du Japon commencent à montrer leurs limites. Saluées dans un premier temps par les investisseurs qui ont conjointement porté l’indice Nikkei à un plus haut depuis fin 2007 atteint le 22 mai, ainsi que le rendement des obligations d’Etat (JGB) à 10 ans à un plus bas historique de 0,315% le 5 avril, jour du lancement du programme de rachats d’actifs de la BoJ, elles ont cependant fait long feu. Depuis le 22 mai, le Nikkei a chuté de 14% pour tomber à 13.475 points ce matin. Il reste cependant en hausse de 29,5% depuis le début de l’année et de 56% depuis mi-novembre 2012.
De son côté, le taux à 10 ans atteignait 0,85% ce matin, soit près de trois fois son point bas. La BoJ a confirmé vendredi que les établissements bancaires du pays avaient réduit leurs détentions d’obligations d’Etat de 6,3% en avril, «ce qui explique certainement d’où vient la pression subie sur les rendements», estime Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ. Le taux à 10 ans a néanmoins légèrement reculé après avoir atteint le seuil de 1% le 23 mai. Reuters fait état que les fonds de retraite japonais pourraient revoir leur exposition au marché des JGB, actuellement de 67%, au profit du marché actions, de 11%. Ce qui mettrait une pression supplémentaire sur les rendements.
Dans ce contexte, la BoJ adopte un discours confus «qui entretient la volatilité des marchés», selon Nomura. Son gouverneur, Haruhiko Kuroda, a indiqué la semaine dernière que les autorités paraissaient prêtes à tolérer une hausse des taux obligataires. Des propos qui semblent en contradiction avec son but initial de faire baisser les rendements à long terme. D’autant que le gouverneur adjoint a confirmé l’action de l’autorité pour limiter la hausse des taux.
«Si cette hausse est causée par une amélioration de l’économie, elle entraînera une augmentation des prêts et des marges d’intérêts, deux facteurs positifs pour les banques», a expliqué Haruhiko Kuroda. Or, si la production industrielle a agréablement surpris avec une hausse de 1,7% en avril, l’inflation sous-jacente est restée en territoire négatif, à -0,4% sur un an en avril. Signe plus inquiétant : les investissements en capitaux des sociétés japonaises ont poursuivi leur chute à un rythme de 5,2% au premier trimestre. Et Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ de rappeler que le succès de la politique mise en place par le gouvernement de Shinzo Abe («Abenomics») passe par «une stratégie crédible de croissance qui engage des réformes structurelles et consolide la situation fiscale» du pays.
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