Les valorisations boursières des gérants d’actifs ont dégringolé sur un an
Après une année 2021 euphorique, l’année 2022 aura été particulièrement éprouvante pour les sociétés de gestion cotées. Guerre, inflation, chute des marchés… cette conjonction d’événements a eu une forte répercussion sur leurs cours de Bourse, que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, chez les généralistes ou les spécialistes du private equity.
Chez les grands asset managers, aucun modèle économique ne s’est montré résilient. En Europe, Schroders (-38,8%) et Gam Holdings (-36,2%) ont été les plus touchés par la baisse, pour des raisons variées. Le premier a certes enregistré un début d’année solide grâce à sa diversification vers l’Asie, le non-coté et l’alternatif, mais a été pris dans la crise des fonds LDI à la rentrée au Royaume-Uni. Le second vit depuis plusieurs années une décollecte chronique, mais ce chemin de croix pourrait bientôt se terminer puisque la direction chercherait un repreneur pour céder son activité. Amundi, qui possède pourtant une base d’actifs et de clients diversifiée, a lui tout de même rendu 26,8%. Le gérant alternatif britannique Man Group limite les dégâts, avec seulement 5,7% de baisse. Aux Etats-Unis, BlackRock et Invesco ont perdu plus de 20% de leur valeur, tandis que la baisse de T. Rowe Price atteint 44,5%.
Double effet
L'évolution de la rentabilité des gérants d’actifs, qui dépend en grande partie de la fluctuation de leur masse d’encours sous gestion, a subi coup sur coup une baisse de la collecte nette et une chute des valorisations sur les marchés actions et obligations. Les gérants européens, notamment, ont vécu la fin d’une décennie de collecte nette positive (hors fonds monétaires), avec une baisse de 2% selon les données de Morningstar. BlackRock, dont la majorité des produits est constituée de fonds indiciels, a ressenti ces effets encore plus fort, avec une chute de 20% de ses encours sur les trois premiers trimestres, passant de plus de 10.000 milliards de dollars en début d’année à moins de 8.000 milliards en septembre.
Les acteurs du private equity ont aussi particulièrement souffert. En Europe, Bridgepoint a perdu 61,1% de sa valeur boursière, Partners Group 45,1% et Antin 41,4%. Outre-Atlantique, Blackstone a fondu de 43%, KKR de 38,5% et Apollo de 12,6%. Seule exception, les Suédois d’EQT qui, avec un triplement de leurs encours en trois ans, ont vu leur titre s’apprécier de 53,5% rien que sur 2022.
Les levées de fonds sont pourtant restées à des niveaux élevés en Europe durant l’année, notent les analystes actions spécialistes du secteur de la gestion d’actifs chez JPMorgan dans leur lettre de décembre. Mais le niveau de transactions a lui fortement ralenti, et certains commencent à douter des valorisations affichées des portefeuilles. «Nous craignons que les données financières sous-jacentes des sociétés en portefeuille ne reflètent pas encore une récession. Nous pensons que nous pourrions voir une croissance beaucoup plus lente de l’Ebitda en 2023 compte tenu des pressions inflationnistes sur les coûts et d’un ralentissement potentiel du chiffre d’affaires en raison d’une récession économique», expliquent-ils. Nul doute que les investisseurs scruteront les prochains résultats avec une attention accrue.
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