Les gérants d’actifs voient fondre leurs encours au deuxième trimestre
Après des pertes plutôt contenues au premier trimestre 2022, l’industrie de la gestion d’actifs a souffert au cours du deuxième trimestre 2022. Si la saison des résultats trimestriels n’est pas encore terminée, le secteur a perdu l'équivalent de 2.852 milliards d’euros entre fin mars et fin juin 2022 selon les calculs de L’Agefi sur la base des résultats de 26 sociétés de gestion et filiales de gestion d’actifs cotées en Bourse. Ce groupe de 26 sociétés* gérait quelque 31.733 milliards d’euros à fin mars, mais seulement 28.881 milliards à fin juin 2022, suggérant une baisse générale d’encours de 9% pour le deuxième trimestre 2022. Cette baisse est principalement liée à un effet défavorable des marchés, plus ou moins fort selon les groupes, conjugué à des décollectes parfois massives. Les effets de change de devises ont été variables selon les firmes.
Le géant de la gestion d’actifs, BlackRock, représente plus d’un tiers des pertes d’encours (37%) de ces 26 gestionnaires d’actifs analysés, avec sa chute de 1.062 milliards d’euros d’encours sur le trimestre. Soit 11% d’actifs sous gestion en moins entre fin mars et fin juin 2022. Sur le périmètre, les pertes d’encours en pourcentage se sont étalées de -4% à -18%. Le métier asset management de BNP Paribas et de HSBC, ainsi que Pimco et Amundi limitent la casse avec des chutes d’encours comprises entre -4% et -6% sur le trimestre. A l’inverse, les américains Artisan Partners, T.Rowe Price et Columbia Threadneedle ont vu leurs actifs sous gestion chuter respectivement de 18%, 15,6% et 14%. Allianz Global Investors, qui a été confronté aux conséquences de l’affaire des fonds Alpha, ainsi que State Street ont perdu 11% d’encours.
Sur le périmètre analysé par L’Agefi, seuls quatre gérants affichent une hausse d’encours. En l’occurrence trois gestionnaires d’actifs alternatifs américains – Blackstone (+25 milliards d’euros), KKR (+12 milliards) et Apollo (+2 milliards) – et le britannique Schroders (+25 milliards). Pour Apollo comme pour Schroders, cependant, les acquisitions pour le premier de Griffin Capital et pour le second du pôle solutions de River and Mercantile, ont contribué à cette progression.
Les actifs alternatifs et l’Asie sauvent les flux
Côté flux, les résultats ont également été contrastés, affectés en majeure partie par la réallocation des investisseurs institutionnels face à la conjoncture macroéconomique explosive (tensions géopolitiques, inflation, hausse de taux, crise de l’énergie, etc.). Pris dans leur ensemble, les 26 gérants affichent une collecte nette cumulée de 73,3 milliards d’euros pour le deuxième trimestre 2022 selon les calculs de L’Agefi. En retirant les gestionnaires alternatifs KKR, Blackstone et Apollo, qui représentent à eux trois 146,1 milliards d’euros de collecte nette, la décollecte nette cumulée des 23 gérants restants atteint 72,8 milliards d’euros.
BlackRock et Blackstone ont continué à collecter de manière significative sur le deuxième trimestre à hauteur de 87,9 et 86,3 milliards d’euros respectivement. Le segment des actifs alternatifs a été particulièrement porteur puisque Apollo et KKR ont respectivement collecté 35,3 et 24,5 milliards d’euros. D’autres gérants comme les britanniques Schroders et Man Group ont vu leur flux portés par l’alternatif. Janus Henderson, qui a enchaîné un 19e trimestre de décollecte, a lui aussi collecté sur les actifs alternatifs. Ces flux nets sont un peu paradoxaux dans la mesure où la plupart des actifs privés, en particulier les actifs sur le private equity, ont fait l’objet de décotes, parfois substantielles, dans leur valorisation au cours du premier semestre 2022. Aussi Jefferies estime-t-il dans un récent rapport que les investisseurs se sont délestés de leurs parts de fonds de capital investissement à un niveau record de 33 milliards de dollars au premier semestre 2022, contre 19 milliards au premier semestre 2021.
Les sorties se sont manifestées sur la gestion traditionnelle. Parmi les grosses décollectes, celles des produits de State Street (-61 milliards d’euros), des fonds obligataires de Pimco (-28,7 milliards d’euros) et de DWS (-25 milliards d’euros, l’essentiel en fonds monétaires) sont à noter.
Les joint-ventures en Asie et partenariats ont aussi permis à certains gestionnaires d’actifs de s’en tirer avec une collecte positive sur le trimestre. C’est le cas notamment d’Amundi (+1,8 milliard d’euros) qui a pu s’appuyer sur les flux entrants de ses joint-ventures en Chine et en Inde et d’Axa Investment Managers dont la collecte du deuxième trimestre a été portée par ses coentreprises en Asie.
Marges stables ou en baisse contenue
Autre tendance de ces résultats trimestriels : pour la plupart des gestionnaires d’actifs publiant le montant des commissions de gestion perçues, celui-ci a reculé d’un trimestre à l’autre. Une petite disparité s’observe dans l'évolution des marges opérationnelles sur le trimestre. Parmi les gérants publiant leur marge, plusieurs l’ont vue se contracter de manière relativement limitée (Invesco, AllianzGI, Franklin Resources, Janus Henderson notamment) ou rester presque stable (BlackRock, Pimco) quand d’autres l’ont améliorée dont Amundi et Man Group.
Sur la première moitié de 2022 en revanche, certains gérants ont vu leur marge opérationnelle dégringoler de manière significative comme le britannique Jupiter Asset Management et le suisse GAM Holding. Le premier, qui a acté le départ de son futur-ex directeur général Andrew Formica, a perdu 10 points de marge opérationnelle sur la période tandis que GAM, qui a perdu environ 17% de ses encours sur le semestre et serait de nouveau à vendre, affiche une marge opérationnelle négative de 17,6 points sur le semestre.
Il faudra également suivre l’évolution de l’asset management chez Credit Suisse qui traverse une passe difficile, puisque son désormais ex-patron Ulrich Körner a pris les rênes du groupe à la place de Thomas Gottstein.
*Amundi, Axa IM, Rothschild & Co, Natixis, Artisan Partners, Franklin Resources, Invesco, Credit Suisse, DWS, UBS, BlackRock, Man Group, Columbia Threadneedle, BNP Paribas, Allianz Global Investors, Pimco, Apollo Global Management, Blackstone, KKR, T.Rowe Price, State Street, Schroders, Jupiter, GAM, HSBC, Janus Henderson.
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