La colère de la rue en Turquie met les marchés financiers locaux en émoi
Lundi noir à la Bourse d’Istanbul. Après un week-end de manifestations dans les rues contre le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, l’indice boursier phare de la place stambouliote, le Borsa Istanbul Stock Exchange National 100 Index, a plongé de 10,47% à 76.983 points. Le secteur bancaire a été particulièrement malmené ; l’action de Turkye Garanti Bankasi a cédé 13,2%, son repli le plus important depuis neuf ans, tandis que celle d’Akbank a reculé de 9,4%.
Sur le marché obligataire, le rendement de l’obligation à deux ans a grimpé de 71 points de base à 6,78%, du jamais vu depuis au moins avril 2005. Sur le marché des devises, la livre turque s’est affaiblie pour le cinquième jour. Dans la soirée, la devise cédait 0,36% face au dollar, à 1,8825. Les spécialistes de Turkish Bank s’attendent à ce qu’elle s’affaiblise jusqu'à 1,92 pour un dollar à court terme. Quant au CDS à cinq ans, le coût de l’assurance contre le risque de défaut sur la dette souveraine, il a grimpé de 12 points de base à 143, son niveau intraday le plus élevé depuis le 4 avril et la hausse la plus forte depuis septembre 2011, selon Bloomberg.
«Je m’attends à ce que la banque centrale pèse avec une intervention à la fois verbale et directe pour soutenir la livre, et les marchés turcs plus généralement», estime Tim Ash, responsable de la recherche sur les marchés émergents chez Standard Bank. Le gouverneur de la banque centrale turque, Erdem Basci, a déjà envoyé des signaux dans cette direction en fin de semaine dernière.
C’est un coup dur pour l'économie turque peu de temps après son retour dans la catégorie investissement. Moody’s a relevé la note du pays le mois dernier à Baa3, assortie d’une perspective stable, suivant ainsi Fitch qui l’avait fait dès novembre 2012. A l'époque, l’agence de notation avait indiqué que la dimension du risque politique était intégrée à sa notation en catégorie investissement. Tim Ash recommande aux investisseurs de diminuer leur exposition, la Turquie dépendant fortement de la dette à court terme, avec environ 155 milliards de dollars de tombées attendues cette année. Une dépréciation de la livre rendrait cette dette difficile à piloter.
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