L’assuré licencié peut percevoir sa rente invalidité
En décembre 2002, un salarié est placé en arrêt de travail à la suite d’une maladie dont le caractère professionnel est reconnu un mois plus tard en janvier 2003. Il est par la suite licencié pour inaptitude en juillet de la même année. Son employeur ayant adhéré au régime de prévoyance complémentaire géré par une institution de prévoyance, le salarié perçoit des indemnités journalières jusqu’en 9 novembre 2005, en complément de celles servies par la Sécurité sociale. La caisse primaire d’assurance maladie lui ayant attribué fin 2007 une pension d’invalidité, l’ex-salarié demande alors à l’organisme assureur complémentaire de lui verser les prestations prévues par le régime de prévoyance d’entreprise notamment en cas d’invalidité. Celui-ci lui oppose un refus de garantie.
L’assureur est débouté en appel. En cassation, il fait grief de sa condamnation en invoquant une mauvaise interprétation de l’article 7 de la loi Evin (n° n°89-1009 du 31 décembre 1989) conduisant à de permettre à l’ancien salarié de revendiquer, à compter de la fin de l’année 2007, des prestations liées à une adhésion à un régime auquel il avait cessé d’appartenir depuis juillet 2003, date de son licenciement. L’assureur reproche aussi à la cour d’appel d’avoir violé l’application du règlement général de prévoyance de la société qui prévoit que le droit aux prestations, ouvert au jour de l’affiliation, « prend fin le jour où le participant ne fait plus partie de la catégorie du personnel de l’entreprise mais que la rupture du contrat de travail n’entraîne pas la suppression des prestations d’incapacité de travail, de longue maladie ou d’invalidité en cours de versement à la date d’effet ainsi que des allocations de revalorisation éventuellement acquises à cette date, sous réserve, en cas de rupture du contrat de travail, que l’intéressé ne reprenne aucune activité rémunératrice ».
L’assureur soutient aussi qu’à la date de rupture du contrat de travail en juillet 2003, l’assuré ne pouvait prétendre qu’aux prestations « en cours de versement » c’est-à-dire aux indemnités journalières et qu’en décidant qu’il pouvait prétendre, endécembre 2007, au bénéfice d’une pension d’invalidité au motif que son incapacité était le résultat d’une affection contractée alors qu’il se trouvait dans les liens du contrat de travail, la cour d’appel a déduit un motif inopérant et violé par refus d’application le règlement général de prévoyance.
Reconnaissance d’une prestation différée. La Cour de cassation confirme la décision d’appel et rejette le pourvoi de l’assureur en précisant que lorsque des salariés sont garantis collectivement contre les risques portant atteinte à l’intégrité physique de la personne ou liés à la maternité, le risque décès ou les risques d’incapacité ou d’invalidité, la cessation de la relation de travail est sans effet sur le versement des prestations immédiates ou différées, acquises ou nées durant cette relation. La cour rappelle qu’il ne peut être dérogé à ce principe par une disposition contractuelle. Ainsi, ayant constaté que l’ex-salarié avait été placé en arrêt maladie avant la rupture de son contrat de travail, qu’il avait perçu des indemnités journalières servies par l’institution de prévoyance et que l’invalidité reconnue par la sécurité sociale en septembre 2007 résultait de cette maladie professionnelle, la Haute juridiction affirme que la cour d’appel en a exactement déduit, abstraction faite de la référence erronée à l’article 7 de la loi Evin, que la prestation d’invalidité qui s’était substituée aux indemnités journalières constituait une prestation différée dont l’organisme assureur devait assurer la prise en charge, nonobstant toute clause contraire.
Cass.civ 2, 5 mars 2015, n° 13-26892
Plus d'articles du même thème
-
Face au risque climatique, la tutelle des assureurs les appelle à se mobiliser sur la prévention
L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution a conduit une revue des actions du secteur dans la gestion des risques liés au changement climatique. De bonnes pratiques ont été relevées, mais les actions de prévention restent à déployer. -
Donald Trump prolonge sa guerre commerciale
L’administration américaine a instauré de nouveaux droits de douane de 10% ou 12,5% au nom de l’article 301 du Trade Act contre le travail forcé. Un cadre juridique qui inscrit la guerre tarifaire dans la durée. -
Le gendarme américain de la Bourse ouvre le dossier des coffres-forts crypto
Le régulateur des marchés financiers américains débute son travail sur les actifs de la finance décentralisée. Tout en adoptant une posture ouverte au dialogue, il rappelle aux acteurs que certains coffres-forts ou protocoles rentrent dans le giron législatif des valeurs mobilières.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Amundi met en place deux ETF sur les puces mémoire et les centres de données
- L'Autorité des marchés financiers inflige 210.000 euros d'amende à Financière Fonds Privés et ses dirigeants
- Hakim Souanef (Lumnis Gestion Privée) : « Les cabinets qui nous rejoignent ont choisi de privilégier la qualité du conseil, quitte à accepter une valorisation plus modérée »
- L'AMF pointe la mauvaise influence des réseaux sociaux sur les jeunes investisseurs en Bourse
- Crystal s'attache les services d'un diplomate
- Les entreprises du SBF 120 reversent 7% de leurs bénéfices à leurs collaborateurs
Contenu de nos partenaires
-
Think againLe réchauffement climatique est plus brutal que prévu par le Giec. Donc...
Maintenant, il faut faciliter les recherches de géo-ingénierie, ces techniques de manipulation à grande échelle de l'environnement et du climat terrestre, pour « améliorer l’effet miroir » et tenter de rétablir la balance thermique -
Operation Epic HurryPourquoi Donald Trump hésite à intensifier la guerre contre l'Iran
Deux jours après avoir évoqué une « attaque massive », le président a finalement renoncé à de nouvelles frappes contre l'Iran. Un signe que la Maison Blanche semble reconsidérer sa stratégie militaire face à Téhéran -
Règlement de comptesFibre Excellence : pourquoi le sauvetage d’une usine de papier vire à la guerre ouverte entre Matthieu Pigasse et Bercy
Le bras de fer autour de cette entreprise gagne chaque jour en intensité, transformant peu à peu son avenir en affaire politique