Une ligne de plus sur la fiche de paye…
«Le prélèvement à la source, c’est un peu comme l’Himalaya. Nous atteignons des camps de base petit à petit, mais il reste encore quelques lignes en suspens», a déclaré le secrétaire d’Etat au Budget Christian Eckert, à l’occasion du point d’étape du 16 mars dernier sur la mise en place de cette importante réforme. Il est vrai que, pour être l’un des engagements de campagne du président de la République, elle atteint des altitudes telles que l’on n’osait plus l’atteindre à l’instar de tant d’autres révolutions fiscales promises puis déchues.
Songeons qu’en 1973, un jeune ministre des Finances, Valéry Giscard d’Estaing, l’avait sortie du chapeau sans aucune réussite, comme plusieurs autres responsables après lui. Or donc, partant du fait que la plupart des pays de l’OCDE l’ont adoptée depuis belle lurette –en premier le Canada... en 1917 et l’Allemagne en... 1925–, la France demeure à la traîne.
Promise désormais pour le 1er janvier 2018, constitue-t-elle réellement une cime pour les contribuables que nous sommes ? «Faire coïncider le moment où l’on perçoit son revenu et celui où l’on acquitte ses impôts est un réel progrès», a souligné Michel Sapin, le ministre des Finances. Non sans raison puisque, actuellement, le paiement en année n+1 ne tient pas compte des changements de situation individuelle liés au chômage, à une baisse d’activité ou à la naissance d’un enfant... Tout en conservant les caractéristiques du système –progressivité, quotient familial, réductions et crédits d’impôt...–, il ne représentera finalement qu’une ligne de plus sur la fiche de paye.
La vraie bonne nouvelle est qu’au moment de la bascule, il n’y aura pas pour l’Etat d’année double car si l’impôt de 2017 sera perçu sur les revenus de 2016 et celui de 2018 sur les revenus de 2018, les revenus de 2017 seront bel et bien non imposés, soit un gain patrimonial de 60milliards pour les fourmis que nous sommes. Attention néanmoins aux pièges anti-abus qui ne manqueront pas d’être posés.
Reste les lignes en suspens. Par exemple, ce sont désormais les entreprises elles-mêmes, dites «tiers payeurs», qui collecteront à la source selon un taux de prélèvement transmis par le fisc. Et si la confidentialité de la manœuvre paraît préservée pour l’essentiel, au travers d’un lien direct entre ce dernier et le contribuable via les déclarations et les modifications de situations, cela aura «un coût de gestion peut-être plus élevé pour la société si l’on ajoute la charge nouvelle pour les tiers payeurs». C’est le rapport de 2012 du Conseil des prélèvements obligatoires qui le relève, tout comme une «dégradation possible de la lisibilité de l’impôt et donc du consentement à le payer pour le citoyen».
L’histoire est en train de s’écrire mais peut encore réserver plus d’un soubresaut.
Plus d'articles du même thème
-
PARTENARIATLa titrisation a sa place dans les portefeuilles des investisseurs privés
Entretien avec Andrew Jackson, Responsable des investissements en titrisation, HSBC Asset Management -
PARTENARIATPourquoi les investisseurs institutionnels redécouvrent la titrisation
Rendements supérieurs au crédit corporate, faible duration et un profil de risque amélioré par le rehaussement de crédit, la titrisation revient dans les allocations obligataires. Les réformes en cours de la réglementation européenne pourraient accélérer le mouvement. -
KKR se voit accusé d’avoir induit en erreur l’antitrust européen lors du rachat de Netco
A ce stade de son enquête, la Commission européenne estime que KKR a fourni des informations inexactes et/ou dénaturées sur sa faculté à relever les prix de gros sur le marché de la fibre italien. La société d’investissement conteste vigoureusement ces griefs.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
VanEck a collecté plus de 13 milliards de dollars depuis le début de l’année pour sa gamme d’ETF Ucits
- La grande illusion du conseil indépendant
- Benoît Renaud (Unofi) « Les clients des notaires n’ont jamais été autant demandeurs d’analyses patrimoniales »
- Les SCPI décotées pourraient mieux absorber la crise de l'immobilier
- Les investisseurs anticipent une nouvelle saison de résultats exceptionnelle
- AllianzGI domine la collecte des fonds français au troisième trimestre
Contenu de nos partenaires
-
« Stopper l’effet de meute » : peut-on vraiment bloquer les réseaux sociaux face aux violences urbaines ?
L’ex-Premier ministre Gabriel Attal remet sur la table l’idée d’une suspension des réseaux sociaux après les émeutes du 17 octobre. Une usine à gaz juridique. -
Circuit courtViolences du 17 octobre : Vinted, plateforme favorite des pilleurs pour revendre leur butin
Depuis dimanche matin, des casseurs fanfaronnent sur les réseaux sociaux et mettent en vente leurs articles volés sur les plateformes de vente en ligne. Initialement dédiée à la seconde main, Vinted est devenue leur lieu de recel favori -
Mère patrieEn Italie, la jeunesse, angle mort du gouvernement Meloni
Aux aspirations et frustrations d’une génération pesant de moins en moins dans les urnes à cause du vieillissement de la population, l’exécutif transalpin répond par une politique essentiellement sécuritaire