Les assureurs doivent repenser leur gouvernance
Le petit monde des mutuelles s’agite depuis quelques semaines pour en savoir plus sur la nouvelle configuration de Sferen, la société de groupe d’assurance mutuelle (Sgam) constituée en 2009 par Maif, Macif et Matmut : la première pourrait en sortir. Or il s’agit d’une alliance de poids : 25.400 salariés, 10,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 11,2 millions d’assurés. En comparaison, Covéa, la Sgam constituée par Maaf, MMA et GMF, rassemble plus de 26.000 salariés (en France et à l’étranger), pour 14,7 milliards de chiffre d’affaires en 2012 (les résultats 2013 paraîtront en juin) et plus de 11 millions de sociétaires en France.
Le verdict tombera en même temps que les prochaines assemblées générales (AG) des fondateurs de Sferen. Mais aussi dans une phase de succession à la tête de ces groupes. Si Daniel Havis, 58 ans, PDG de Matmut depuis 1994, a indiqué qu’il pourrait se retirer en 2020 lorsqu’il a pris la présidence de Sferen en 2012, ses alter ego, Roger Belot, PDG de Maif depuis 1996, et Gérard Andreck, président de Macif depuis 2006 après en avoir été directeur général pendant neuf ans, devraient quitter leurs fonctions. « Ma succession sera effectivement à l’ordre du jour de notre AG au mois de juin, a confirmé Gérard Andreck, lors de la présentation de ses derniers résultats annuels. Le nom de mon successeur a été ébruité [Alain Montarant, vice-président du conseil d’administration depuis 2011, devrait lui succéder, NDLR]. Sa candidature a été validée par le comité de sélection des dirigeants de la Macif. Nous travaillons depuis plus de deux ans à ce passage de flambeau. » Pas question donc de guerre fratricide au sein du groupe. Au niveau de la famille élargie, en revanche, il en va autrement.
« L’assemblée générale de la Maif doit se tenir environ deux semaines avant la nôtre, souligne Gérard Andreck. L’évolution de Sferen sera certainement à l’ordre du jour. Nous ne subissons pas l’événement. Depuis que l’ACPR [Autorité de contrôle prudentiel et de résolution] a validé sa doctrine sur Solvabilité 2 [normes de solvabilité applicables en 2016] et les Sgam reconnues comme des groupes d’assurance, nous l’avons anticipée à trois. Nous pourrons la finaliser à deux. » En somme, les dés sont jetés. Toutefois, en AG le 30 mai à Niort, si Roger Belot, 67 ans, devait passer la main à Dominique Mahé, administrateur délégué de Maif, comme prévu, il reviendra sans doute à ce dernier de prendre la décision finale.
Leviers d’avenir. Si la reconfiguration de Sferen peut laisser espérer une convergence plus poussée entre les compagnies Macif et Matmut, la première ne peut, dans un avenir proche, compter que sur ses propres leviers, notamment la baisse de ses charges, pour améliorer sa rentabilité. Elle pousse aussi la diversification de ses revenus par le biais de partenariats : outre Matmut Entreprises, qui devient Inter Mutuelles Entreprises, AG2R-LM ou… BPCE Assurances. Car, dans le secteur dommages qui représente 53 % du chiffre d’affaires, le ratio combiné s’établit à 104,2 % en 2013, un niveau jugé insatisfaisant au regard de ses objectifs stratégiques à horizon 2015.
S’il se dit « serein », le groupe Macif se trouve de fait en retard dans ses travaux de consolidation, comparé à chacun des membres de Covéa. Il y a un an, cette Sgam a mis en place une nouvelle organisation visant la recherche de synergies sur les cœurs d’activités et de métiers en s’appuyant sur une direction générale assurances confiée à Christian Baudon. En son sein, toutes les directions assurances des enseignes sont représentées. Celles-ci constituent trois pôles dirigés chacun par : Joaquim Pinheiro, qui a pris le 1er janvier 2014, à 46 ans, la direction générale de Maaf à la suite du départ à la retraite d’Etienne Couturier ; Hervé Frapsauce, 60 ans, directeur général de MMA depuis juillet 2013 ; et Laurent Tollié, 49 ans, nommé le même mois au même poste chez GMF. Egalement pourvue de toutes les fonctions supports ad hoc, la Sgam Covéa a ainsi tous les attributs d’une holding classique. Pour des acteurs tels qu’Axa France ou Allianz France, il s’agit d’un concurrent à part entière, avec un patron : Thierry Derez.
Ainsi, les « sociétés de personnes » peuvent avoir la même efficacité que les « sociétés de capitaux », même si la préparation des successions de leurs dirigeants ou plus largement de gouvernance n’est pas de même teneur et n’a pas le même impact sur leur stratégie (lire l’entretien page 19). On l’a vu chez BNP Paribas Cardif, lors du départ d’Eric Lombard pour la direction générale de Generali France fin octobre 2013 : son directeur général délégué, Pierre de Villeneuve, un des premiers salariés de la société, a pu tenir le rôle qui lui revenait naturellement. Numéro deux depuis 2005, il n’avait toutefois pas été programmé en tant que successeur. La compagnie devrait maintenant former le suivant ou le recruter à l’extérieur. De la même manière, Henri de Castries, PDG d’Axa, a été renouvelé dans ses fonctions en AG le 23 avril, pour quatre ans, mais devrait ensuite passer le relais. « Dans un groupe qui analyse ses risques, le sujet de la succession des dirigeants est primordial et doit être préparé », a-t-il déclaré dans un entretien aux Echos.
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