La transition numérique mobilise les experts-comptables
Lire ici l’article du n°662 sur «une transition obligée vers le numérique».
L’Agefi Actifs – Vous avez mentionné, lors de votre discours au congrès, le fait que 64 % des experts-comptables voient dans la transformation numérique une obligation pour le développement de leur structure. Qu’auriez-vous envie de dire aux 36 % restant?
Philippe Arraou - Ce n’est pas parce que 36% des experts-comptables ne considèrent pas qu’il s’agisse d’une «obligation» qu’ils ne se sentent pas concernés par le phénomène. Au contraire, je retiens de ce sondage que 1% seulement de la profession estime que la transformation numérique ne la concerne pas.
Ce qui caractérise bien notre profession, notamment par rapport à d’autres professions libérales ou de conseil, c’est la conscience généralisée que la transition numérique est une réalité inéluctable qui affecte les experts-comptables dans leur organisation, dans leur métier, dans leur relation-client… bref, dans toutes les dimensions de leur activité.
D’ailleurs une très grande partie des experts-comptables sont déjà entrés de plain pied dans cette ère numérique. Il faut dire que la profession a été à bonne école. Comme j’ai eu l’occasion de le rappeler à la Secrétaire d’Etat chargée du Numérique, Axelle Lemaire, les logiciels de comptabilité sont nés à une époque où très peu de foyers français étaient équipés en ordinateurs; le premier portail télédéclaratif fiscal de France - qui a déjà quinze ans- est une création de la profession ; l’identité électronique de l’expert-comptable est aujourd’hui une réalité dont les applications concrètes sont multiples; désormais, c’est le big data qui va mobiliser la profession dans les prochaines années.
J’imagine qu’il y a parmi les 36 % de sondés que vous mentionnez des professionnels qui estiment avoir déjà fait leur mutation numérique. Je leur dirais simplement que nous ne sommes qu’au début de l’un des cycles technologique, économique et sociétal les plus extraordinaires de l’histoire de l’humanité. Nous n’avons pas d’autre choix que d’en être acteurs.
Quels outils digitaux sont d’ores et déjà mis à disposition de ses membres par la profession comptable ? Et quels sont les nouveaux instruments que vous souhaiteriez mettre en place dans les prochaines années?
Il y a de très nombreux outils numériques développés par la profession, directement ou indirectement. Je rencontre toutes les semaines des professionnels qui développent leurs propres produits numériques. Ils sont très nombreux.
J’insisterai simplement sur les dernières initiatives numériques de l’Ordre qui démontrent que l’institution de la profession est totalement mobilisée sur le sujet.
Depuis le lancement de jedeclare.com, il y a quinze ans, le Conseil supérieur n’a cessé de tirer sur le fil de la pelote numérique. La signature électronique est venue ensuite, sans doute trop tôt par rapport au développement des besoins concrets des cabinets. Mais je lui prédis un bel avenir quand je vois le développement fulgurant de la fonction de tiers de confiance que remplit notre profession et qui est incontestablement appelée à se développer dans un monde numérique où la confiance est un paramètre crucial à prendre en compte.
Le lancement de la signature électronique nous a conduits à concevoir plus largement la problématique de l’identité professionnelle numérique de l’expert-comptable. C’est pourquoi nous avons lancé l’année dernière Expertpass, la carte d’identité numérique de l’expert-comptable qui se télécharge gratuitement sur smartphone et dont les applications sont nombreuses et en développement constant. Nous devrions franchir la barre des 5000 professionnels équipés avant la fin de l’année, soit moins d’un an et demi après son lancement. C’est un véritable succès.
La commission innovation du CSOEC travaille beaucoup sur les problématiques de Cloud, ou plutôt des «clouds» (sécurité, interopérabilité, réversibilité) et sur la facture électronique qui va très prochainement faire irruption dans nos économies.
Aujourd’hui, c’est sur le big data que nous nous engageons ! En télédéclarant depuis plusieurs années les données fiscales et sociales de leurs clients, les experts-comptables contribuent à alimenter une des plus grandes bases de données existantes sur les TPE/PME. L’Ordre des experts-comptables donne aujourd’hui une seconde vie à ces déclarations, en « faisant parler » les données anonymisées qu’elles contiennent, de la même manière que les experts-comptables « font parler » les chiffres de leurs clients. Dans cette approche mutualisée, l’Ordre contribue à améliorer l’analyse économique de notre pays et l’impact des mesures législatives sur l’activité des TPE/PME françaises
Cette démarche légitime la capacité du CSOEC à proposer au Gouvernement un véritable service «avant loi» et «après loi» que j’ai évoqué devant le Premier Ministre. La profession a d’ailleurs fait cinq propositions à Emmanuel Macron, le 29 juin dernier. La première portait sur le développement du concept d’identité numérique de l’entreprise; elle est aujourd’hui dans la loi Macron. Notre proposition devrait aboutir, selon nous, à un véritable compte unique de l’entreprise qui simplifierait considérablement ses rapports avec les administrations.
Comment s’y retrouver parmi les outils digitaux mis à la disposition des experts-comptables par des fournisseurs privés pour les accompagner dans cette transition numérique?
Les fournisseurs de la profession accompagnent naturellement les experts-comptables, mais c’est à chacun de se prendre en main. Les experts-comptables sont les plus à même d’identifier leurs besoins et de conduire leur mutation en matière d’organisation, de métier ou de relation-client.
Il convient toutefois de ne jamais perdre de vue que ce sont nos valeurs fondamentales (formation pluridisciplinaire de haut niveau, déontologie, indépendance) ainsi que l’exceptionnelle confiance que placent en nous nos clients qui ont fait le succès de la profession. Si elle nous pousse à nous remettre en question pour évoluer, la transition numérique ne remet pas en cause ces fondamentaux. Aux experts-comptables, donc, de ne pas les abandonner sur l’autel de l’évolution technologique. Si la tenue de la comptabilité est robotisable, les experts-comptables, eux, ne le seront pas tant qu’ils préserveront la relation de confiance qu’ils entretiennent avec leurs clients, solidement campés sur leur science, leur conscience et leur indépendance.
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