Le véhicule autonome, un nouvel enjeu pour les intermédiaires en assurances
Par Stéphane Fantuz, président de la CNCIF
Equipé d’un système de pilotage automatique qui lui permet de circuler sans intervention humaine dans des conditions de circulation réelles, le véhicule autonome va bientôt faire son apparition sur les routes de France. Qu’il soit à usage individuel ou collectif, ce nouveau mode de transport a dépassé le stade de projet pour devenir réalité. Gartner, entreprise américaine de conseil et de recherche dans le domaine des techniques avancées estime, au regard des investissements massifs déployés dans ce secteur, que plus de 250 millions véhicules autonomes auront envahi le marché mondial à l’horizon de 2020.
En France, le Ministère des Transports a annoncé en avril dernier, la mise en place de 16 expérimentations sur différents points du territoire. L’objectif est de permettre à notre pays d’évaluer à grande échelle des navettes autonomes et de leur faire parcourir un million de kilomètres d’ici 2022, dans une grande diversité de cas d’usages. Promesse d’un quotidien moins contraignant pour eux, 43% des Français utiliseraient un véhicule capable de se déplacer sans intervention humaine (1).
Les Français plébiscitent la sécurité
Pourquoi les voitures dites « intelligentes » suscitent-elles un tel intérêt chez nous ? Une plus grande sécurité et la volonté d’avoir des primes d’assurances réduites motivent les potentiels consommateurs. Mais l’absence de maîtrise opérationnelle sur le véhicule en fonctionnement refroidit tout autant ces derniers. Des freins psychologiques sont encore solidement ancrés. La crainte se mesure diversement : un manque de confiance envers un véhicule autonome pour prendre la bonne décision (59%), le manque de contrôle sur le véhicule (46%), la peur d’avoir un accident (45%) (2).
Pour développer la fiabilité de la délégation de conduire, plusieurs consortiums travaillent actuellement à la question de la sécurité. Notamment par le développement de la chaîne d’informations du datacenter où les données fondamentales des véhicules autonomes seront stockées, jusqu’au véhicule lui-même. L’objectif est de rendre la technologie aussi infaillible que possible et rassurer sur un nouvel univers où voitures autonomes et voitures pilotées pourront coexister harmonieusement.
Comment évaluer le risque ?
A l’instar des robo advisors et des blockchains qui ont bousculé le monde de la finance, la mise en service du transport autonome questionne les professionnels de l’assurance que nous sommes. En effet, comment vont cohabiter les modes de déplacements actuels en présence de véhicule « intelligent » ? Quel recul aurons-nous en matière de sécurité ? Le réseau sera-il adapté ? De quelles statistiques disposerons-nous et qui couvrira les risques ? Plus encore, quelle sera la nouvelle définition de la responsabilité ? Le gouvernement français a lui, bien saisi ces enjeux. L’un des objectifs majeurs de la stratégie nationale est en effet, d’assurer un haut niveau de sécurité lors du déploiement des véhicules autonomes (3). Les premiers travaux techniques ont été engagés pour faire évoluer le cadre de validation de ces véhicules intelligents.
Quelle réglementation ?
Les professionnels vont aussi devoir se former quasi certainement à une nouvelle réglementation et l’expliquer ensuite à leurs clients. Pour se préparer à cette révolution de la matière assurable, les intermédiaires en assurance vont devenir de véritables “conseillers augmentés”. L’automatisation des offres comparatives sera complétée de nouveaux produits à couvrir mais la notion de conseil va garder toute sa dimension. Plus encore du fait que les Français sont attachés à leur agence de proximité lorsqu’ils sont confrontés à un sinistre.. Jusqu’ici les conventions de Vienne et de Genève posaient le principe du conducteur responsable. Si cette base réglementaire a fait ses preuves pour les modes de transports dit semi-autonomes où le conducteur peut intervenir, l’autonomie totale va redéfinir les règles. Devront-elles seulement assurer le véhicule qui sera le seul à agir, son fabricant également et/ou son conducteur avec ? Le véhicule qui causera un sinistre bénéficiera t-il d’une responsabilité sans faute ? Le débat n’a pas fini d’animer, notamment les experts en charge de déterminer celle de chacun en cas d’accidents matériels ou corporels.
En conclusion, cette mutation technologique que représente le véhicule autonome va renouveler les fondamentaux réglementaires en direction du consommateur final et inciter le professionnel à se former à une nouvelle matière assurable. D’ici là, les pouvoirs publics français vont devoir redéfinir la notion de responsabilité d’un point de vue du droit et par extension, des contrats. Le métier va vivre une véritable révolution dont l’apogée est estimée pour 2050, période où l’on estime que nos véhicules contemporains auront définitivement disparu.
(1) sondage OpinionWay réalisé en 2017
, (2) sondage OpinionWay réalisé en 2017
, (3 )Site du Ministère des Transports - Le véhicule autonome - Avril 2019
,
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