Un fonds anti-benchmark sur le crédit américain
Prévoir les marchés financiers est en théorie impossible, et en pratique très difficile. Or, explique Yves Choueifaty, président et fondateur de Tobam, «toute stratégie ne consistant pas uniquement à diversifier un portefeuille contient un ou plusieurs paris implicites –ou explicites–, et donc une dimension de prévision de la part du gérant. Et ce, quelle que soit la classe d’actifs considérée». C’est une des raisons pour lesquelles, afin d’éviter d’avoir à faire des paris ou se livrer à des prévisions, après avoir développé une gamme de fonds cherchant à maximiser la diversification sur les actions, Tobam vient de lancer l’Anti-Benchmark US Crédit Fund, qui élargit le concept aux obligations d’entreprises.
Biais des indices.
Comme pour ses fonds d’actions, ce nouveau produit de Tobam se définit par opposition aux indices de référence (benchmark). En effet, même si ces indices sont parfois considérés par certains investisseurs ou gérants comme étant des instruments diversifiés, ils comportent de nombreux biais que veut éliminer le gérant. «Par construction, les indices pondérés par la capitalisation surpondèrent les titres qui sont surévalués», explique Yves Choueifaty. Il est vrai que plus le cours d’un titre monte, plus sa capitalisation augmente et plus il est représenté dans l’indice, alors même que les chances pour qu’il progresse encore s’amenuisent.
Adaptation pour le crédit.
Le processus de gestion appliqué par Tobam sur son nouveau produit reste analogue à celui de ses fonds d’actions. Plutôt que de pondérer les titres en portefeuille en fonction de leur capitalisation, comme c’est le cas pour la majorité des indices, il les pondère en fonction du risque qu’ils représentent. «La grande différence entre un marché d’actions et un marché d’obligations d’entreprises est l’organisation du marché lui-même», précise Yves Choueifaty. Les obligations sont en effet soumises, encore bien plus que les actions, au problème de la liquidité. «Celle-ci peut devenir centrale dans la conception du portefeuille», continue le gérant.
Ensuite, le marché des obligations étant un marché de gré à gré, les prix disponibles des titres ne sont pas forcément représentatifs du prix auquel il est possible de les acheter ou de les vendre. «Nous avons dû adapter notre modèle au marché du crédit mais, malgré cela, les risques qu’il comporte se rapprochent, sur beaucoup de points, de ceux d’un marché d’actions», explique Yves Choueifaty.
Concentration des valeurs, diversification des risques.
L’indice auquel se réfère le fonds, le Merrill Lynch US Corporate, contient environ 8.000 valeurs tandis que le fonds n’en contient qu’une centaine, toutes faisant partie de l’indice. Mais, selon le gérant, la diversification n’est pas forcément liée au nombre de titres détenus en portefeuille. «Un indice peut contenir des milliers de titres mais rester concentré sur un nombre réduit de sources de risque et, au contraire, un portefeuille peut ne contenir que quelques dizaines de titres et se révéler extrêmement diversifié», note Yves Choueifaty. En revanche, le fonds se contraint à conserver une duration et un écart de rendement moyen avec les emprunts d’Etat (spread) identiques à ceux de l’indice. «Nous voulons, avec ce fonds, capturer uniquement la prime de risque de crédit», explique Yves Choueifaty.
Plus d'articles du même thème
-
L’Europe a rattrapé son retard de croissance sur Wall Street
Alors que l’attention des investisseurs se focalisait sur le résultat des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, les entreprises européennes affichent, pour l’heure, une croissance bénéficiaire proche de 30% sur un an au troisième trimestre, équivalente à celle de leurs homologues américaines. Cela n’était pas arrivé depuis trois ans mais doit encore se concrétiser dans les cours. -
Les gestionnaires d'actifs affrontent le défi de la réversibilité technologique
Face à leur dépendance croissante aux prestataires externes, les sociétés de gestion cherchent à préserver leur autonomie de gouvernance. Lors de l'AM Tech Day organisé par L'Agefi, elles ont montré que maîtrise des compétences, réversibilité et anticipation des risques sont devenues des enjeux de résilience opérationnelle. -
Tokyo compte bien séduire les investisseurs avec ses obligations résilience
Après le succès de sa première émission réalisée en 2025, le gouvernement de Tokyo souhaite développer le concept et créer un marché de la résilience afin de financer d’importantes infrastructures capables de protéger la population et l’économie du pays.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
- Dette immobilière, le plus difficile reste à venir
- Apport-cession : arrêtons l’hypocrisie d’une mesure anti-abus
- Benoît Jauvert et David Kalfon (Flornoy Ferri et Sanso Longchamp AM) : «La combinaison de nos offres va donner naissance à une proposition de valeur plus globale»
- La BCE s’achemine vers une hausse de taux en décembre
- Le géant des cryptos Binance se fait voler 6,3 milliards de dollars dans une cyberattaque
Contenu de nos partenaires
-
Tic tacPrimaire: Gérard Larcher lance le compte à rebours
Si aucun candidat de la droite et du centre ne s'impose d'ici fin décembre, « il faudra un sursaut en début d'année », prévient le président du Sénat -
Visé par de nouvelles hausses de taxes, le secteur aérien en pleine zone de turbulences
Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit de multiples dispositions qui relèvent la fiscalité sur différents acteurs du secteur aérien, et qui pourraient répercuter ces taxes sur les prix des billets d’avion -
EditorialCNews, LFI : le piège démocratique
Pluralisme : pourquoi vouloir interdire CNews ou dissoudre LFI est un piège démocratique